Cols Hauts scopie


Cols Hauts scopie

Récit d’une traversée des Pyrénées en mode assistant

Suite à l’exploit d’Erik Clavery sur la traversée record des Pyrénées par le GR10, j’ai été interpellé par de nombreuses personnes sur ma participation – ou pas – à l’équipe d’assistance.

Bah, j’y étais ! Pas sur le devant de la scène à la lumière des projecteurs comme Céline et Marion, mais en retrait, dans l’ombre, au sein d’une petite équipe de quatre personnes en compagnie de Philippe et Sylvie les parents d’Erik ainsi que Kro, mon binôme. Nous ont ponctuellement aidé dans cette tâche Hélène et Honoré, de l’association Running Yogis, pacers relayeurs sur la presque totalité de la traversée, ainsi qu’un groupe de traileurs bretons sur la deuxième moitié.

Le gros du travail d’assistance a été fait avec le confort du camping-car par Céline qui connait bien l’athlète, devance ses désidératas, gère son alimentation, son sommeil, son matériel. Si le projet avait eu lieu comme prévu en juin, sans elle, nous n’aurions pu égaler son professionnalisme. Pour les soins spécifiques ce sont une kiné, Marion, ainsi qu’un osthéopathe, Victor, qui officiaient. A distance, un météorologue tenait l’équipe quotidiennement au courant de l’évolution de la météo.

Tous ces acteurs ont donné leur maximum pour la réussite du projet d’Erik. Le fait que notre quatuor ait été rapidement ostracisé et blacklisté de la part de Céline et Marion qui relayaient infos et photos en direct sur le réseau social m’a fait beaucoup de peine pour les parents d’Erik qui ne méritaient pas un tel manque de considération.

Certes, notre assistance n’a pas eu la qualité de celle du camping-car, comparable à celle d’une écurie de formule 1 réglant au paddock la machine au dixième de tour de tournevis près. C’était plutôt ambiance 4×4 et démonte pneu, à l’arrache en pleine pampa. Connaissant la rusticité d’Erik pour l’avoir côtoyé dans des aventures roots, on ne se souciait pas trop de la longueur du morceau de pain ni de la couleur du bonbon.

Mais bon, on a été présents tout au long de la traversée, réalisant tout un tas de petites tâches sans lesquelles l’histoire se serait écrite différemment. Pour ma part, voilà quelques moments clé, des flash-back, qui me reviennent :

Dimanche à la tombée de la nuit, entre le Pic Neulos et Saint-Martin d’Albère (km 23)

Une toute cht’ite ola

Au bout d’une petite heure de montée, avec Philippe et Kro, nous attendons Erik et ses pacers, en pleine brousse, chargés de quelques victuailles et boissons. Sylvie est restée plus bas, près des voitures, pour un ravito plus consistant au cas où Erik ne pourrait pas attendre de rejoindre Marcel, le camping-car, au Col du Perthus. On ne voudrait pas se louper pour cette première intervention…

Pour occuper le temps, je filme mes compagnons en répétition dans une toute cht’ite ola à deux, au soleil couchant.

La nuit est tombée quand ça déboule, z’ont besoin de rien, nous passent à donf et disparaissent dans l’obscurité de la pente… Bon, bein on remballe…

Lundi 4h du mat’, Montalba (km 65)

Des étoiles plein les yeux

Avec Kro, nous attendons Erik pour le ravitailler sur cette section où il chemine seul. Depuis notre arrivée sur le spot, nous prenons des tours de garde au coude du chemin, abourdé dans la pente, au pied d’un poteau indicateur, afin de ne pas rater le coureur et le conduire au véhicule, une trentaine de mètres plus bas.

Lorsqu’il arrive, il nous raconte, des étoiles plein les yeux, cette immersion dans la nature entouré d’animaux sauvages, prend le temps de se restaurer, et repart requinqué pour la suite de son périple.

Lundi matin, Amélie-les-Bains

L’air innocent du curiste lambda

J’ai vendu du rêve à Kro en lui parlant du lavoir à eau chaude de la station thermale que j’avais appréciée au cours de mes deux HRP. On projette de s’y laver correctement sachant que pour la suite ça sera dans l’eau froide des torrents et des lacs.

Caramba, c’est fermé ! On est passé trop tôt et les agents communaux n’ont pas encore ouvert la grille. Ça ne nous arrête pas longtemps et on entreprend une désescalade sauvage du mur. Re-caramba en bas ! Z’ont condamné les arrivées d’eau chaude…

Bon, nous gérons notre frustration, ablutionnons, réescaladons le mur et sortons juste à temps pour déambuler sur le trottoir avec l’air innocent du curiste lambda, tandis qu’une voiture de police arrive sur place, alertée sans doute par un brave citoyen.

Lundi après-midi, entre les Cortalets et Marialles (km 120)

Seul et assez en souffrance

Avec Kro nous avons bike and runé depuis le col de Jou, dépassé un peu le refuge de Marialles pour attendre Erik près d’une fontaine avec de la bouffe et des fringues de rechange. Il devrait être seul sur cette section de contournement du Canigou et assez en souffrance car on sait que ses parents l’ont cueilli en sale état à Batère où il a fait une sieste à l’ombre. Kro prévoit de l’accompagner dans la descente.

En l’attendant nous filmons et interviewons des randonneurs pour avoir leur ressenti sur la tentative extraordinaire en cours. Lorsque Erik arrive, il est accompagné d’un trailer du coin avec un beau palmarès qui l’attendait au bord du chemin et s’est invité à ses côtés. Le compagnonnage a été apprécié.

Erik prend le temps de beaucoup se reposer à nos côtés, joue le jeu de l’interview, et repart finalement sous les encouragements des randonneurs qui ont fait sa connaissance. Céline est venue à sa rencontre et termine l’étape avec lui.

Lundi soir, Py (km 130)

Continuer à bosser pendant le tonneau

Erik a revu sa première section à la baisse : pour sa première nuit il visait Bolquère (km 169), nous l’attendons à Py, 39 kilomètres avant.

Céline organise un FB live en compagnie du coureur et d’une partie de l’assistance. Puis Christian, le père de Mathieu, pacer venu de La Rochelle, convie tout le monde à un sympathique apéro. L’ambiance est bon enfant, la bière coule à flots, les blagues à deux balles fusent…

Je devais initialement faire un court film résumé de chaque journée avec les rushs que notre équipe aurait tournés avec nos caméras basiques, remplacées deux heures avant le départ par du matériel semi-pro qu’Erik avait récupéré la veille.

Les conditions matérielles ont vite rendu ce projet impossible à réaliser : films de très bonne qualité, trop lourds pour être visionnés directement sur l’ordi initialement dévolu à cette tâche, sauts dans l’habitacle quand mon pilote se croyait sur le Dakar, mon index n’arrivant pas à choper le pavé tactile… Le pire, ça a été de continuer à bosser pendant le tonneau, après la sortie de route … Non, j’déconne !

Comme Erik et Céline faisaient des live sur FB, la nécessité de ce résumé quotidien est passée au second plan et je me suis concentré sur la prise d’image pour un éventuel film de 52 minutes si le matériau qu’on ramène se montre exploitable. J’ai donc eu, chaque fin de journée, à récupérer les 5 caméras, décharger les cartes SD, faire une double sauvegarde des films sur disque dur externe, formater les cartes, recharger les batteries, trouver un pacer de la section suivante qui veuille bien s’occuper de la caméra embarquée…

Mardi matin, Planès (km 161)

Un coca, un sandwiche et ça repart

Nous sommes tous les quatre sur un ravitaillement au-dessus de la petite église de Planès. Erik déboule en compagnie d’Honoré et d’autres pacers. Il va bien, a la banane. Un coca, un sandwiche et ça repart, direction Bolquère où attend Marcel. Pour notre part, nous ne reverrons Erik qu’en début d’après-midi car il est très difficile de faire des liaisons bagnole sur ce long tronçon.

Mardi mi journée, Mérens-les-Vals (km 205)

Un moment suspendu

Erik vient de repartir. Je suis aux thermes dans une cuvette d’eau chaude soufrée en compagnie du pacer Honoré qui a passé le relais à Hélène. Au-dessus Kro, Philinox et Sylvinox partagent un autre bassin. Avant de reprendre la route en direction du prochain point d’assistance, nous profitons d’un moment suspendu, l’eau encombrant nos oreilles, coupés du monde, à regarder la cime des arbres à l’écoute des bruits de notre corps.

Mardi soir, Plateau de Beille (km 232)

On boit des coups

Le bivouac est installé sur un vaste espace herbeux, à l’endroit où le GR coupe une petite route goudronnée. Pas de difficulté de repérage. Deuxième apéro regroupant l’assistance. On boit des coups. A la demande d’Eliot, tout le monde se prête au jeu de qu’est-ce que je garde de positif de cette journée. Tout semble rouler, mais le feu couve…

Erik arrive, il va bien, reste concentré sur son objectif, gère les petits bobos. Puis il part se coucher après les soins rituels du soir.

Mercredi 5 heure du mat’, même endroit

Ça cafouille un peu, mais rien de bien méchant

Je filme la préparation du coureur en phase de réveil dans le camping-car. Céline s’affaire et me branche sur le repérage. Je prends ça à la légère, je ne suis pas stressé : aucune difficulté, Christian est allé voir. Céline monte dans les tours parce qu’on n’a pas mis de nom dans les cases. Regard complice d’Erik qui veut dire : c’est pas grave, laisse tomber.

Plus tard, je pars avec Erik et Mathieu, son pacer, pour cette étape. Christian nous guide au départ puis nous laisse. Plus loin ça cafouille un peu, mais rien de bien méchant. Ils ont la caisse, je m’épuise à les doubler dans les lacets pour filmer un max de nuit. Bientôt, je suis cuit et redescends.

Mercredi soir, Saint-Lizier (km 332)

Intermède thérapeutique

Je passe une heure à cajoler, consoler et rebooster Céline terrée au fond du camping-car, en pleurs, qui craque, veut tout planter là et abandonner suite à une accumulation de petites contrariétés et une importante surcharge cognitive. Je ne saurai jamais la part d’efficacité de mon intervention, Céline ne m’en ayant jamais reparlé, mais toujours est-il que le lendemain matin elle est d’attaque, de nouveau à fond.

Après cet intermède thérapeutique, avec mon binôme, nous faisons le long taf de gestion des films du jour dans le gîte de Zouheir dans un premier temps et ensuite dans le bar restau de Christian – un personnage – qui compte de nombreux sommets pyrénéens, alpins, himalayens à son actif. Deux belles rencontres.

Jeudi dans la matinée, Couflens (km 342)

Quelques interviews rocambolesques

J’accompagne Erik et sa caravane de pacers sur le début de l’étape. Bientôt ça monte sec et ça tartine trop pour moi, sans bâtons, qui shunte des lacets pour filmer. Je me retrouve largué, en solo dans un petit village, fais quelques interviews rocambolesques. Puis j’appelle Kro pour savoir s’il peut venir me cueillir en haut.

En fait c’est l’autre voiture, celle des Inox qui monte à ma rencontre, en trimbalant Nico Darmaillacq pour le déposer à quelques encablures du peloton, qu’il n’a aucune difficulté à reprendre.

Je profite du voyage en compagnie du Lémurien dans la bagnole bondissant sur les trous de la piste pour faire une interview quasiment inaudible. Là-haut, nous rejoignons Arnaud, le cameraman freelance qui couvre l’événement de son côté, officiant avec son drone pro.

Jeudi dans la matinée, Estours (km 363)

Changement de programme !

Nous attendons Erik et les Lémuriens au bout d’une piste. Sylvie prépare le stand ravito. tandis que Philippe, avec une caméra, et Kro, avec le drone, sont en embuscade au bout du chemin. Kro m’envoie avec le bicloune en éclaireur au carrefour suivant pour l’avertir de l’arrivée des coureurs, qu’il ait le temps de mettre l’engin volant en service. Il fera une belle prise de vue en sous-bois.

Les deux lémuriens devaient initialement jongler avec la voiture de Nico en faisant les liaisons en vélo. Changement de programme ! Ils sentent qu’Erik a besoin d’être plus longtemps épaulé et envisagent maintenant de faire la quasi-totalité de l’étape avec lui, jusqu’à la maison du Valier. Pour leur permettre d’apporter plus longtemps leur soutien il faut gérer l’acheminement de la caisse. C’est contraire à la charte du pacer édictée avant le départ mais ça sera utile à Erik. Alors je m’y colle.

Jeudi mi-journée, Aunac

Paf la brebis !

Avec Kro nous entamons une course poursuite dans la montée au col de la Core, lui au volant du Traffic, moi pilotant la Skoda de Nico. Nous doublons en bas Honoré et Hélène sur des vélos de route, leur véhicule en panne mécanique étant en réparation dans la vallée. Ils sont contraints de décrocher à regret de la caravane du tour pour une paire de jours.

Dans une épingle, je fais l’intérieur à Kro, la Skoda part en dérapage, je redresse, regarde dans le rétro son visage dépité et soudain : paf la brebis !

Mais non, j’déconne ! J’ai conduit ce vénérable véhicule en bon père de famille et l’ai amené à bon port en veillant à ne pas faire trop descendre la jauge de carburant selon les recommandation du propriétaire.

Jeudi après-midi, col de la Core (km 379)

L’orage éclate autour

Erik y est accueilli par l’ensemble de la caravane, regroupée là pour l’occasion, à laquelle s’est joint son coach, Pascal.

Sur le parking du col les enfants s’ennuient, commencent à faire n’importe quoi. Pour les canaliser le temps qu’Erik se repose et que tout le monde reparte s’égayer sur différents postes, avec Kro, on improvise une partie de volley/foot. C’est festif, on passe un bon moment.

Mais bientôt l’orage éclate autour et c’est sous un ciel bien noir, qu’après une sieste de 20 minutes, Erik reprend son bâton de pèlerin, bien accompagné, alors que les randonneurs se pressent de descendre des hauteurs sous la pluie battante.

Jeudi soir, ancienne mine de Bentaillou (km 416)

Il tartine le lascar !

L’endroit est sinistre et la pluie n’arrange rien. En plus, l’ambiance s’est plombée entre les filles du camping-car et le reste de l’assistance. Pour caricaturer, elles ont l’impression de tout gérer et que pour nous c’est Club Méd et ramassis de conneries.

Pour nous, l’important c’est qu’Erik soit tenu à l’écart de tout ça pour rester concentré sur son objectif, alors pas de vagues, on fait notre taf dans l’ombre et on les laisse se regarder le nombril.

Notre quatuor prend des relais pour attendre Erik sur le GR et le conduire au Marcel garé plus bas. En effet, arrivant sous la pluie, de nuit et seul, il pourrait zapper la bifurque, pas évidente, et continuer en zappant le spot.

Après une longue veillée d’arme, Erik ayant dû se réfugier dans une cabane d’altitude pour laisser passer l’orage, sa frontale apparaît enfin dans la descente sur le relief en face. Nom de Dieu ! Il tartine le lascar ! Il n’est pas loin de la mi-course et la machine semble tourner à merveille…

Vendredi 5h du mat’, même endroit

Un extraordinaire lever de soleil

Cette nuit, Kro prend le départ avec Erik. Ils ne le savent pas encore mais vont partager un extraordinaire lever de soleil là-haut sur les crêtes.

Pour nous trois, débute une course contre la montre afin de les récupérer à Labach, le Marcel devant se rendre directement à Bagnères-de-Luchon. Je pilote le Traffic à fond les ballons, à la suite de l’InoXmobile, les traversées de village endormis succèdent aux épingles à cheveux sur des routes nimbées de brouillard. Il nous faut deux petites heures pour faire la liaison.

Vendredi 7 h, Labach (km 424)

Les nerfs lâchent

Nous avons à peine sorti la caisse et installé le ravito qu’Erik déboule déjà. Il a largué Kro au début de la descente, qui arrivera un quart d’heure plus tard.

Je fais une rapide interview au cours de laquelle ça part en vrille. Les nerfs lâchent et, sous l’effet de la fatigue accumulée, on rit au larmes de bon cœur suite à une répartie pourave d’Erik.

Vendredi 14 h, Bagnères-de-Luchon (km 464)

Un bug informatique, sûrement

Je profite de la longue attente pour détourner une affiche de cirque et shooter quelques séquences abracadabrantesques. Une équipe de trailers bretons est sur le pied de guerre pour se relayer auprès d’Erik jusqu’à Hendaye.

Notre quatuor a une grosse heure à occuper sur ce début de section où il est de nouveau impossible de faire une assistance sauvage en bagnole. Nous allons donc prendre un café au troquet et je profite du Wi-fi pour charger trois vidéos, deux philosophales ainsi que la comique du matin, Céline n’ayant pas assez de réseau sur son tél.

Je poste également un article où je projette de continuer à partager dans les prochains jours, en fonction de nos dispo car l’assistance c’est généralement tendu du string, d’autres vidéos parmi celles que nous avons dans notre stock impressionnant et qui gonfle chaque jour. Ce post est dégommé dans la foulée. Un bug informatique, sûrement…

Vendredi après-midi, les Granges d’Astau (km 490)

Il est bien entamé

Le cadre est propice à des prises de vue aériennes. Avec Kro nous montons à la recherche du spot le plus adéquat pour réaliser l’opération, tandis que Philippe grimpe avec du ravito au devant des coureurs de l’autre côté de la crête, et que Sylvie profite de l’attente pour avancer les dessins qui illustreront plus tard le récit d’Erik.

Lorsqu’il apparaît il est bien entamé et se tape dedans pour trottiner à notre demande sur une centaine de mètres. Il pioche dans l’eau et les bonbecs que nous lui avons apporté et poursuit en direction de la voiture et SylvinoX, plus bas.

Vendredi soir, Germ (km 502)

Nuit de merde

Il pleut, il est tard, le spot à dormage n’est pas terrible, l’ambiance avec Marcel au plus bas, ce qui fait que je n’ai plus trop la moelle pour shooter des images. Nuit de merde, à cogiter. Demain je dois conduire le camping-car pour permettre à Céline de faire la première section, dans l’espoir de partager un lever de soleil avec Erik.

Samedi, 5 h du mat’, même endroit

La danse du ventre

Ça fait une heure que j’attends sous la pluie que ça bouge. Je vais faire le job mais le cœur n’y est pas. Les coureurs prennent le départ, moi les commandes du mastodonte.

Il fait noir, il pleut, l’engin est lourd, c’est une boîte auto, je ne sais pas comment il va coller à la route dans les multiples virages de la liaison alors moderato cantabile, une sortie de route compromettrait à coup sûr la suite de l’aventure…

Au-dessus, dans la capucine, Enzo et Eliot dorment, pas la peine de les secouer. A mes côtés Marion gère le copilotage. Elle me fait la danse du ventre, se croit obligée d’être aimable, prend des nouvelles du quatuor, nous sommes subitement devenus incontournables…

J’en n’ai rien à foutre, je ne lui adresse pas la parole et la laisse s’enferrer dans son hypocrisie. Elle me prend pour un lapin de trois semaines, ou bien ?

Samedi matin, col du Portet (km 567)

Ça s’affole sur le réseau

A Vieille Aure j’ai laissé les commandes du CC à Céline, un peu déçue par le lever de soleil pas génial, et ai voyagé en mode passager jusqu’au col du Portet. Nous sommes au dessus d’une mer de nuages, parmi les moutons.

Kro vient me rékup, un coup de drone et nous filons vers l’Ouest. Peu de nouvelles possibilités de croiser Erik d’autant plus que nous sommes un peu démotivés par l’attitude incompréhensible des deux filles.

Coup de fil de Thierry, un des patrons du projet de film, qui vient aux nouvelles. Je le rassure tout va bien. Comment lui dire que j’ai raté hier une belle interview live d’Eric, le micro cravate mal branché ayant tout saccagé par des grésillements désagréables, que Kro, qui se débrouille de mieux en mieux avec le drone, a juste oublié d’appuyer sur le bouton enregistrer lors du passage d’Erik au col de Portet, que Philippe dispose d’une impressionnante collection de vidéos de sa cuisse et de ses chaussures, ayant inversé marche/arrêt quand il shootait Erik en altitude ???

Cols d’Aspin, du Tourmalet qui passent plutôt bien en bagnole, Luz, Argelès, nous atterrissons finalement au lac d’Estaing (km 600) où nous nous préparons à accueillir Erik.

Soudain, ça s’affole sur le réseau Watsapp de l’assistance : Marcel est en carafe, Céline en pleurs, Marion en panique. Il faut d’urgence organiser un acheminement des principales affaires vers le devant de la caravane. Les Bretons sont mis à contribution.

Pour notre part, nous préparons au mieux la soirée d’Erik en trouvant un camping pour qu’il puisse prendre une douche chaude, qu’on dispose d’un endroit correct pour le faire dormir et d’électricité pour recharger tous ses appareils, les balises principalement.

Finalement, après bien des péripéties, Marcel rejoint le lac d’Estaing à 20 à l’heure dans les montées.

Dimanche

A plat ventre sur un sentier rocailleux

Cols de Soulor, d’Aubisque. Films, drone, ravito. Grosses pluies orageuses, les coureurs doivent prendre cher… Au lac de Bious Artigues (km 649) nous ravitaillons Erik.

Au ravitaillement suivant à Borce (km 668) il se montre d’un étonnante disponibilité : il y a beaucoup de monde, des accompagnateurs, des touristes… Pendant sa prise en charge par l’équipe du Marcel, je lui glisse que, s’il le sent et en prenant des précautions pour ne pas se péter la gueule en escaladant le muret, on pourrait faire un bout de film sympa avec l’affiche du parc de l’ours.

Il est très sollicité, le temps passe, finalement il se lève pour repartir, marque un temps d’arrêt, semble préoccupé, son cerveau passe en revue la check-list de tout ce qu’il a à faire et soudain il dit : le panneau !

Étonnant de lucidité…

Plus loin, avant Lescun : depuis un quart d’heure, je lutte contre les crampes, les attaques de moustiques, allongé à plat ventre sur un sentier rocailleux, la camera braquée sur le coude du chemin d’où Erik devrait apparaître. Enfin, le voilà ! Olivier Gui, en amont, a demandé aux accompagnateurs de laisser partir un peu le champion pour qu’on puisse avoir quelques images de lui évoluant seul.

Arrivée à proximité de Lescun en fin de journée. Douche au camping, rituel de gestion des films, recharge de l’ordinateur dans le bloc sanitaire. Des vacanciers occupés à faire la vaisselle sont incrédules quant à la prochaine arrivée d’Erik sur le site, au bout de seulement six jours de progression depuis la Méditerranée.

Quand on percute qu’il y aurait moyen de s’acheter une portion de frites pour changer l’ordinaire, bah il est trop tard, ça vient de fermer. Tant pis…

Lundi 4 h du mat’, Camping du Lauzart (km 682)

J’ai pas le niveau

Je fais la trace. Il n’y avait initialement personne pour accompagner Erik sur cette première étape de la journée, alors je m’y suis collé avec plaisir d’autant que le tracé était en montée et que sur ce type de terrain j’arrive à tenir son rythme.

Finalement Hélène a pris le départ avec nous. Elle aura accompagné Erik sur 250 km environ, les pépins mécaniques du véhicule d’Honoré, ainsi que le genou douloureux de celui-ci l’ayant amenée à faire plus que prévu.

Au bout de 45 minutes ça bascule en descente, j’ai pas le niveau, ils me passent, je les laisse en leur souhaitant bonne route. Retour solitaire sous les étoiles jusqu’à Lescun où je tombe sur Philinox qui m’attendait, après avoir filmé le début de l’étape.

Lundi début de matinée, refuge Jeandel à la Pierre Saint-Martin (km 699)

C’était jamais le bon moment

Il fait un temps de chien, le brouillard est très épais. Kro, optimiste, prépare le drone au cas où ça voudrait bien se lever au moment du passage d’Erik. Je monte le ravito jusqu’au refuge et prépare de quoi lui changer chaussures et chaussettes, Hélène nous ayant prévenus qu’ils avaient rencontré des sections abominables avec de la boue jusqu’aux genoux.

Par contre, je manque de salé. Kro avait demandé à plusieurs reprises au Marcel de nous réapprovisionner, mais c’était jamais le bon moment… Heureusement Arnaud est arrivé là également et gère des œufs sur le plat.

Philinox arrive ensuite et s’enfonce dans le brouillard à la rencontre des deux marcheurs. Le soleil réapparaît en même temps que le trio. Erik est bien décalk, c’est dur.

Après une pause réparatrice, ils repartent sous le soleil. Combat de drones dans le ciel.

Lundi 10h, Pont d’Enfer après Saint-Engrâce

Un demi-tour de la mort qui tue

Erik et Hélène déboulent à longues foulées. La caisse est revenue pour notre champion. Ravitaillement, soins et une demi-heure plus tard le voilà reparti, en compagnie de Céline.

Je reprends place dans le cockpit du monstre qui marche maintenant sur trois pattes. Direction l’auberge Logibar, point d’accès à la passerelle d’Holzarte.

Le copilotage merdouille, il y a ambiguïté sur le nom de notre destination, un réseau capricieux. Marion, nous embarque sur une route improbable, défoncée, étroite, au revêtement saccagé, au départ d’une énorme montée.

Je suis contraint d’effectuer un demi-tour de la mort qui tue avec le camping-car. Il faudra bien une dizaine d’avant-arrière en travers de la route du bas afin de repartir dans le bon sens, guidés par Victor l’ostéo qui apparaît fort à propos pour nous indiquer la route.

Des deux côtés la caravane des véhicules à l’arrêt s’est allongée. Les gens sont relativement bienveillants, seul un local irascible me conseille d’aller me faire enculer, proposition que je ne mettrai pas à exécution…

Lundi après-midi, chalets d’Iraty (km 752)

Nous nous mettons en retrait

J’arrive en compagnie d’Erik que j’ai accompagné sur la fin de cette section, filmant sous tous les angles. Le troupeau de pacers s’est épaissi.

La recherche d’image de lui évoluant seul en montagne faisait partie du cahier des charges que nous avions établi ensemble, en réunion de préparation à cette aventure. Il s’y est prêté assez volontiers et la plupart de ses accompagnateurs ont compris et joué le jeu. Mais parfois, sous l’effet de la fatigue, Erik acceptait difficilement avec une grimace ou bien nous envoyait carrément péter.

Au terme de la section, Kro et moi profitons d’une douche chaude dans un chalet loué par Olive et Cécile, deux InoXs en vadrouille dans le coin. Quant à Philippe et Sylvie, plus rustiques, ils restent fidèle à l’eau glacée des ruisseaux.

Liaision jusqu’à Estençuby (km 776) où nous sommes rejoints par Thierry et Gil, les cameramen pros commanditaires de nos rushs. Ils prennent les choses en main pour la fin de l’épopée, nous nous mettons en retrait.

Mardi matin, Col d’Apaloy (km 810)

Me fais pas ça !

A quelques kilomètres de Saint-Etienne de Baïgorry, nous sommes postés avec Kro pour faire un coup de drone sur les crêtes. Je descends à la rencontre de la troupe et demande aux pacers s’ils veulent bien s’arrêter. Erik me dit : « Me fais pas ça, j’ai besoin d’eux ! » Dommage, Kro était chaud bouillant du drone et l’attendait en sortie de bois pour le filmer seul sur un mamelon pelé, mais bon, c’est Erik qui souffre, c’est lui qui voit…

Plus haut il est intercepté par Thierry et Gil, monté par la route. Nous les y rejoignons et pique-niquons en altitude, en compagnie de Sylvie et Philippe.

Mardi soir tard, Olhette (km 865)

C’est pas difficile !

J’accompagne Erik dans l’avant-dernière section, la nuit, du côté de la Rhune. Il y a également Hélène qui lui donne la cadence, des gars du coin devant qui ouvrent la marche.

Erik souffre, laisse passer des gémissements lorsque des impacts réveillent les meurtrissures de son organisme. Tout en filmant sous tous les angles, en veillant à ne pas gêner sa progression, je lui lance régulièrement des encouragements et des réflexions positives.

Lorsque je lui dis, au terme d’un enchaînement particulièrement éprouvant, que ça serait pas drôle si c’était pas difficile, il me rétorque : « C’est pas difficile ! ».

Une quinzaine de kilomètres plus loin, il pouvait enfin libérer sur le sable d’Hendaye le caillou ramassé sur la plage de Banyuls.

CONCLUSION :

Ces quelques situations, les autres membres de l’assistance en ont vécu des similaires. Elles ont contribué a écrire le récit de cette épopée, au même titre que les petits plats de Céline ou les massages de Marion dont les images ont sursaturé le réseau social.

Le fait qu’Erik, juste après la photo de circonstance devant le panneau d’arrivée, se soit spontanément tourné vers un membre de l’assistance de l’ombre – en l’occurrence moi – pour une longue et émouvante accolade montre la reconnaissance de ce grand champion pour les petites mains qui ont modestement contribué à la réalisation de son rêve. Et ça, c’est la classe !

Oliv

Une Réponse

  1. Après avoir suivi les posts de Céline sur le Facebook et maintenant en lisant le récit d’Oliv’ de cette extraordinaire Aventure, on peut très bien imaginer (Quand on a un petit vécu d’assistant derrière soi) tout ce qui se passait dans les coulisses…
    Alors, Bravo à vous tous, vous avez c’est certain, donné le meilleur de vous-même et su mettre en place ce qu’il fallait pour faire avancer tout le monde dans le même sens, afin que toute la caravane soit en permanence au service d’Erik…

    Erik a fait l’exploit sportif, vous, vous avez fait l’exploit des petites et grandes mains indispensables à un tel rêve…

    Merci à vous toutes et tous pour le travail accompli auprès et autour d’Erik, grâce à vous, nous aussi nous avons rêvé et c’était bien plus facile pour nous que pour vous !!!

    Pour conclure, un grand coup de chapeau au Champion, Bravo Erik !!!

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