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Oliv Transpyr dans les Pyrénées 29/29


Lundi 11 Septembre

Ça fait cinq jours que j’ai chopé ces fucking puces. J’ai de nouvelles piqûres, alors qu’il me semblait avoir bousillé tous les parasites adultes. Mais il suffit d’un seul sujet qui échappe au génocide, planqué dans un repli de tissus du duvet ou d’un vêtement pour relancer le cycle. Les œufs des premiers jours se sont transformés en larves qui se baladent sur mon corps.

Dans les conditions spartiates d’une traversée au long cours, les mesures d’hygiène ne sont pas suffisantes pour venir à bout du fléau. Je n’arrive pas à éradiquer l’invasion…

Alors je crois qu’il est temps de mettre fin à l’aventhure avant de devenir complètement fou et de contaminer le reste de la chaîne pyrénéenne.

J’avais envisagé des incidents qui auraient pu mettre un terme à cette traversée, mais ça, fallait l’inventer ! Je tire mon chapeau au Grand Argentier de l’Univers, celui qui, en coulisse, tire les ficelles, il a fait preuve de beaucoup de créativité…

Cette nuit, j’ai gardé mes vêtements dans mon duvet pour lutter contre le froid car, même à l’intérieur de la cabane, avec des braises dans la cheminée, j’ai bien caillé…

Marc, mon coloc’ descend de la mezzanine à 7 heures. Il n’a pas été piqué. C’est déjà ça. Je n’en fais pas profiter tout le monde…

Une heure plus tard, nous quittons Santa Ana et marchons ensemble une demi-heure avant que nos chemins se séparent, à une bifurcation.

Je continue seul de mon côté. Le temps est mauvais, il pleut, le vent est très fort par moments sur les versants les plus exposés.

Dans un passage enneigé, je croise un Américain qui parle bien Français et me recommande d’aller visiter, en passant, l’exposition sur la résistance au Franquisme, au musée de Bielsa. Comment lui expliquer, qu’en ce moment, j’ai d’autres priorités ?

Plus loin, dans un col, je tombe sur cinq Français parcourant un tronçon de la HRP. Ils font une pause. Une des femmes est frigorifiée. Ils me questionnent sur mon parcours. J’invoque un mal au genou insupportable pour justifier mon abandon. Limite, le leader du groupe, il me traiterait de fiotte ! J’aimerais bien qu’une puce lui saute dessus et vienne lui pondre dans le slip…

J’arrive à la mi-journée au refuge de Viados. C’est ici que j’arrête. Il me faut maintenant trouver une voiture qui me rapproche d’un grand axe, pour rentrer en France.

Afin de ne pas favoriser une dispersion des insectes, je confine mon matériel au maximum dans des sacs étanches et reste habillé en long. Puis j’attends à proximité des voitures stationnées en bord de piste. Le trafic est quasiment nul. Le temps passe… Un râteau… Puis le calme plat…

Deux jeunes femmes descendent à ma rencontre. Je leur baragouine un truc à base de « coche ? ». L’une des deux parle très bien Français, ça me permet d’arrêter de me ridiculiser. J’explique mon cas. Après une petite hésitation, elle envoie un SMS à son père qui doit venir les récupérer au camping fermé, plus bas sur la piste. Marché conclu ! Ils me déposeront sur le parking d’un restau, au bord de la grande route au Sud du tunnel de Bielsa.

Nous descendons tous les trois en papotant. Elles ont 26 ans et sont originaires d’un petit village près de Huesca. Sarah bosse à Barcelone. Avec sa copine Sylvia, elles viennent d’achever une rando de quatre jours, en boucle à partir du refuge de Viados.

Au camping, nous devons patienter une bonne heure, avant que la voiture arrive. Pendant que les filles font du stretching, je gère un thé en mettant à jour mon journal de bord.

Les parents débarquent et nous entamons la longue descente vers San Juan de Plan, sur la piste défoncée. Plus tard, nous arrivons à Salinas, sur le grand axe qui relie l’Espagne à la France. Au moment de prendre congé, la mère de Sarah puis les deux filles me claquent la bise, je n’ose penser qu’un insecte pourrait profiter de ce moment pour changer d’hébergement…

Je me poste au bord de la route, à l’entrée du parking. Il ne faut pas longtemps pour qu’une voiture s’arrête. Il s’agit d’un couple de trentenaires Français, Flora et Michel. Ils passent leurs vacances à Saint-Lary et traversent quasiment chaque jour la frontière pour trouver du soleil. Effectivement, lorsqu’on débouche de l’autre côté, en France, un épais brouillard nous accueille.

Ils me déposent à Saint-Lary en me laissant leur numéro de portable car ils se proposent, si je ne suis pas pris par un autre véhicule, de venir me récupérer pour manger et dormir dans leur location. C’est hyper sympa, mais de toutes façons, si je reste bloqué ici, je ne pourrai pas accepter leur invitation, j’irai planter la tente en pleine nature. Je n’ai pas l’intention de leur faire un cadeau empoisonné…

Je me poste en sortie de la petite ville et tend le pouce. Des tas de voitures passent sans s’arrêter. À cette heure-ci, peu de gens redescendent dans la vallée, la plupart des véhicules bouinent dans la ville. J’en profite pour appeler Lydie. En pleine conversation, je percute qu’il y a une pharmacie à côté, qu’il est presque 19 h et qu’elle va fermer, que je pourrai acheter un truc qui calme les démangeaisons avant de poursuivre la route…

C’est à cet instant qu’un véhicule s’arrête. Il s’agit d’un monstrueux 4×4 rustique, avec deux gugusses à l’intérieur. C’est donc en pleine conversation téléphonique que j’embarque, en laissant de côté l’option pharmacie.

Je raccroche et on fait connaissance. Les gars sont des montagnards du cru, un jeune au volant et un papy sur le siège passager, avec un  chien entre les jambes. Ils m’ont clairement pris en stop pour passer un bon moment en se foutant de ma gueule. Mais ils sont mal tombés : j’ai l’habitude des publics difficiles et bientôt c’est moi qui retourne la situation. Papy est à court de ptites provocs’ à deux balles. On deviendrait presque copains…

Le trajet ne dure pas longtemps, ils me déposent à l’entrée d’un petit bled, une dizaine de kilomètres plus bas, devant la maison du vieux. Le 4×4 s’en va et l’autre guignol, au lieu de rentrer chez lui, me saoule pour faire du stop à ma place : il me dit de me planquer le long de la palisse pendant qu’il arrête un véhicule pour moi. Comme il me fait marrer, je lui donne un quart d’heure et après je reprendrai les choses en main. Bien entendu, personne ne s’arrête et les conducteurs se font copieusement insulter. Faut dire qu’avec sa casquette sans âge, ses espadrilles, et son chien dépressif, il n’est pas très glamour…

Au bout de dix minutes, l’ancien en a marre, me dit au revoir, et traverse pour rentrer chez lui.

Je me poste au bord de la route à mon tour et la première voiture s’arrête. C’est un gros van Volkswagen, un peu ancien, conduit par une grande nana souriante d’une petite trentaine d’années. Hélèna habite un tout petit village dans le coin, revient d’un trip en Amérique du Sud, a le projet de construire une cabane dans un cirque isolé de la montagne sur un terrain qui appartient à son petit ami pour y cultiver des légumes, m’invite à manger avec eux ce soir, y’aura des copains, des sportifs, à y dormir si besoin…

La perspective est tentante mais je ne vais pas pourrir leur maison, je lui dis que je préfère gagner du terrain avant que la nuit tombe complètement. Elle pousse donc plus loin sur la route et me dépose à l’entrée de Lannemezan. Avant de partir, elle me laisse, elle aussi, son numéro de portable et propose de venir me rechercher au cas où je galère à trouver une voiture. C’est après une longue accolade que je quitte Hélèna des Bois. Pourvu que…

Il fait noir maintenant, il n’y a quasiment plus de trafic. Une nana qui balade son chien me dit que le stop c’est pas gagné, surtout pour un mec. Des phares à l’horizon. Je tends le pouce puis joins les mains dans un geste de supplique. Bingo ! Je suis embarqué par une quadra, boulangère, qui redescend d’un refuge en montagne où elle a été rendre visite et apporter des fruits à une copine. Elle me fait gagner pas mal de terrain et me dépose, les mains pleines de raisins de son jardin, au péage à l’Est de Tarbes.

Trois minutes plus tard, je saute dans un petit utilitaire conduit par Paolo, chanteur guitariste Brésilien, résidant à Toulouse, marié à une Bretonne avec qui il a deux enfants. Il est actuellement plombier et travaille pour une grosse société. Le lascar doit se rendre à Lescar, dans la banlieue de Pau, où l’attend un chantier.

Paolo me laisse au péage du nœud autoroutier à l’Ouest de Pau. La nuit est maintenant bien installée, le trafic très faible, d’autant que l’autoroute qui monte sur Bordeaux pratique des prix prohibitifs. Quelques camions, deux trois voitures… Une demi-heure passe, je me dis que je vais camper dans l’herbe de l’autre côté du rail de sécurité, quand une trentenaire, dans une poubelle, propose de me déposer vers Mont-de-Marsan. La conversation est riche mais difficile en raison du bruit combiné du moteur en surrégime, des tôles qui vibrent, de la ventilation à toc pour éviter que le pare-brise se couvre de buée…

La conductrice me dépose dans une station-service déserte. Je tente un camping-car qui fait du gazoil mais le type va dormir ici. Alors, je prends un café à la machine et discute avec l’employé de la station. Il me dit que je suis joueur, le stop, sur cette autoroute ça ne prend pas, y’a jamais personne la nuit, je risque d’être là un bon moment…

Effectivement, y’a pas un chat. Je commence à sortir de la bouffe car je n’ai pas eu le temps de manger, ça s’est trop bien enchaîné… Soudain deux personnes entrent, puis quatre, puis une vingtaine… Il s’agit d’un car Macron qui remonte sur Paris. Le chauffeur a accordé à ses passagers une pause de quinze minutes. Je l’approche discrétos et négocie. C’est pas facile, il a peur un moment que je sois un « client fantôme » payé par la compagnie. Finalement, je le convaincs de ma non-dangerosité et il m’embarque à l’arrache.

Il est environ une heure du mat’ quand le car s’arrête à la gare routière de Bordeaux. Un autre chauffeur prend le relais et celui qui a conduit jusqu’ici propose de me rapprocher, dans sa voiture de fonction, soit de la gare, soit de la rocade. J’opte pour la rocade, pour essayer de choper une bagnole jusqu’à Niort.

Nous traversons une zone bien glauque, avec des prostituées blacks qui jalonnent le trottoir, elles ne sont pas de première fraîcheur… Puis il me laisse à un rond-point, près du Rungis local, en me souhaitant « bonne chance » mais je sens bien qu’au fond de lui, il n’y croit pas.

C’est vrai que, en pleine nuit, dans cet endroit sordide, tout de noir vêtu, je dois foutre la trouille aux rares voitures qui déboulent, à fond la caisse, de trois directions pour s’engager sur la rocade. J’envisage un moment de m’installer dans le godet d’une grosse tractopelle voisine pour y attendre le lever du jour, mais c’est pas raisonnable.

Au bout d’une vingtaine de minutes, je change de tactique : repli sur la gare pour chopper un train. Je parcours donc à rebours la longue avenue des putes, en effectuant quelques traversées tactiques afin d’éviter des rencontres qui pourraient dégénérer. Il y a là quelques mecs patibulaires isolés, des groupes un peu énervés. Je la joue profil bas. Ne pas favoriser le contact…

Au terme de ce slalom géant que j’effectuerai sans chuter, j’atteins une zone moins crainteuse pour entrer dans la gare Saint-Jean juste au moment où l’équipe de sécurité vire tout le monde, principalement des zonards alcoolisés. Merde, ça ferme la nuit ! Pas de train avant demain matin. Me voilà en pleine rue avec des gens bien agités autour. Je vais finir par faire une mauvaise rencontre. Je ne voudrais pas me faire dépouiller de ma thune, ma carte bleue, mon téléphone obsolète et surtout des cartes mémoires avec les photos des Pyrénées, tout en me faisant, accessoirement, casser la gueule…

Tant pis, je décide de cramer du fric dans un hôtel. Je tente un Ibis. Complet. Un autre. Pareil. Tout est complet dans le coin. Finalement, je finis par dégotter une chambre à un prix indécent dans un Campanille. Mais si je traîne dehors, statistiquement, je vais avoir une situation compliquée à gérer et je risque de perdre beaucoup plus…

Je me sens plus en danger ici, qu’en pleine montagne, tout seul, il y a quelques heures !

Bienvenue dans le monde civilisé…

Une dernière chtite vidéo pour conclure :

 

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7 Réponses

  1. Effectivement ce devait être « cucchouze » !!!
    Que dire !!!
    Que la vie est belle, sans puces !!!
    Ce n’est sans doute que partie remise ? Si jamais çà te démange de nouveau (dans le bon sens du terme), nous serons nous aussi de nouveau prêts à suivre ta nouvelle Avent’Hure…
    Chapeau Mec !!!

  2. This is the end……d’une belle aventhure,
    This is the end….. de toutes ces morsures,
    This is the end….. of your elaborate plans
    No safety and big surprise …. the end
    ….
    Desperately in need… of some… stranger’s hand
    In a… isolated land

    (vaguement inspiré d’un groupe de Portes américaines)

  3. Un grand bravo !
    Je n’ai vécu cette avent’hure que par procuration, mais c’était super. Les images sont superbes, les textes sont d’une très haute volée. Quant à l’expérience vécue, encore bravo !!! Outre la prouesse physique, ce qui me marque, ce sont les rencontres que tu as faites tout au long de ce périple.
    Il y avait un peu plus de la moitié de fait ? Je lance une pétition pour que tu gardes ton galet et que tu reprennes là où tu t’es arrêté, en août prochain !!!

    • C’est quand même rassurant, qu’à notre époque de « like » sur des photos de chats ou de carottes râpées, il se trouve des humanoïdes encore capables de se farcir la lecture de longs récits…
      Oliv

  4. c’est quand le bouquin bon dieu ?

    ju/van

  5. Moi, je signe aussi la pétition d’Alamo et on en redemande encore et encore de tes bons longs récits, comme tu dis Oliv’, c’est quand même nettement mieux que « Nous Deux » ou « Intimité » !!!

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