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Oliv Transpyr dans les Pyrénées 27/29


Samedi 9 Septembre

Petite nuit, nouvelles démangeaisons. Je n’ai pas tout éradiqué, les œufs pondus la première nuit se sont sûrement déjà transformés en larves à la faveur de la chaleur de mon corps. Ô m’fatigue chô bestiasses !

Les prévisions météo de la journée ne sont pas terribles :

– Les Aveyronnais qui m’ont pris en stop pour la navette ravitaillement, hier, parlaient d’un isotherme 0 vers 2400 mètres. Et je dois passer plus haut, au-delà de 2800 m…

– Le pêcheur de truites de Luchon, jeudi, m’avait fortement conseillé de rester sur le versant Espagnol le plus longtemps possible. Et mon itinéraire prévoit de me faire repasser en France…

– Le topo mentionne, pour cette section « temps correct recommandé ».

Sur l’autre plateau de la balance, je dispose des données suivantes :

– Le couple de HRPistes Français, croisés dans la montée à Mulleres, m’avait vendu la section Portillon-Gourgs Blancs comme incontournable.

– Les prévisions météo ne se vérifient pas toujours…

– Et « temps correct recommandé » est une recommandation, pas une obligation…

Il me faut prendre une décision. Soit je pars plein Sud, sur le goudron, pour commencer. Soit je pars O/NO dans la montagne. Soit je ne bouge pas et j’attends que la météo s’améliore.

Comme je ne suis pas venu là pour vendre des cravates, je compte sur ma baraka et tente le passage en force. Direction la montagne !

J’ai à peine le temps de plier ma tente que la pluie se met à tomber. J’attaque donc la montée du Vall de Remuñe en mode « couvert à toc ». Ça commence par un gourage d’iti’. J’ai paumé les deux traits rouges et merdouille une demi-heure dans la forêt, en bordure de torrent. Branchage du cerveau, demi-tour, et je recolle au balisage.

J’ai longtemps en point de mire un poncho qui marche à peine moins vite que moi. Je mets du temps à le rattraper. Il s’agit d’un Gallois d’une cinquantaine d’années qui fait une boucle à la journée. Nous cheminons une petite heure à portée de voix, échangeant quelques mots de-ci de-là. Lorsque nos chemins se séparent, à l’entrée du cirque de Remuñe, il me lance « All the Best ! »

J’attaque, dans un épais brouillard, la montée d’une pente de roches posées sur un sol instable de graviers détrempés par les précipitations. Je ne vois pas le sommet caractéristique de la Forca de Remuñe qui devrait guider mes pas, et progresse à l’aveugle, d’autant que les rares cairns sont très difficiles à distinguer dans cette purée de poix, petits tas de cailloux posés parmi un gigantesque tas de cailloux… Je vais me perdre un moment dans l’ascension sur des blocs, par le torrent, mais c’est pas pire…

J’émerge en haut du cirque pour me prendre un gros blizzard en plein dans la face. Vent fort, grésil. J’ai du mal à garder les yeux ouverts.  Je galère de droite et de gauche à la recherche de cairns introuvables… C’est dans ces conditions qu’un GPS pourrait être utile pour me faire coller à l’itinéraire théorique, mais j’ai pô.

Je suis bien couvert, pourtant le froid se fait cruellement sentir. L’extrémité de mes doigts devient insensible, le sang n’y arrive plus. J’insiste encore, retrouve du cairn, gagne du déniv’, reperds les cairns…

Je dois maintenant être tout près du Portal de Remuñe (2831 m) mais je ne sais pas par où finaliser l’ascension. Le topo ne m’aide pas suffisemment. Le doute finit par m’envahir. Si j’arrive à passer, j’ai encore 3 h 30 de navigation minimum, en ne faisant pas d’erreur, avec un point haut à 2983 m. Vu les conditions ici, je prends conscience que je ne pourrai pas encaisser pire, une température plus basse et un blizzard plus violent. J’ai un zeste de lucidité et décide, à contre cœur, de rebrousser chemin.

La descente est devenue hyper dangereuse. Les petites flaques d’eau entre les blocs sont gelées, tout est devenu hyper glissant. Ça craint !

Je me réfugie dans une petite cavité, sous la paroi, à l’aplomb du torrent, que j’avais repérée à la montée. Je dois prendre le temps de recharger la chaudière et retrouver des sensations dans mes mains pour poursuivre la descente dans la meilleures conditions de sécurité. Thé, thon, café, banane, thé, pain, café, orange, chocolat…

Je repars dans la tempête en sécurisant chaque pas, ce qui ne m’empêche pas de m’en prendre une, de temps en temps, mais rien de grave, j’arrive à gérer les atterrissages et le sac me protège le dos.

De retour sur le pla herbeux, en bas du cirque, les conditions deviennent plus clémentes, je suis sorti de la zone de turbulence…

L’espace d’un instant, j’envisage de planter un camp de base ici et d’attendre demain, voire un jour de plus, pour retenter de passer. Mais c’est sans garantie et mes jours de traversée sont maintenant comptés avec ces putains de bestioles qui se reproduisent et me bouffent le sang… Alors, je renonce aux Gourgs Blancs et me résous au plan B : le Sud.

Encore quelques heures de descente et je retrouve la forêt.

En me retournant, je vois que le ciel s’est provisoirement dégagé, laissant apercevoir la Forca de Remuñe qui est effectivement un bon point de repère. Le soleil semble se foutre de ma gueule…

Mais ça ne dure pas. Bientôt, un vent froid me pousse dans le dos, je me retourne et peux voir que, là-haut, c’est de nouveau le dawa…

Plus de dix heures après l’avoir quitté, je repasse à-côté de mon spot à dormage de la dernière nuit : une journée de cramée ! J’ai juste fait prendre l’air à mon sac-à-dos d’une vingtaine de kilos, chargé à toc des récentes courses.

J’ai maintenant plusieurs kilomètres de goudron à me farcir, en boitouillant, sous une pluie froide. Je vise le camping Aneto, point de départ vers le massif des Posets. De nombreuses voitures me doublent sans se poser de questions. Seul un camping-car s’arrêtera pour proposer de me véhiculer. Malgré la fatigue, je décline l’invitation. Même si ces kilomètres sont sans intérêt, je m’oblige à les faire à pied, sinon ma traversée ne serait, à mes yeux, pas valide.

Je constate que mes pompes commencent à être bien détruites. Des morceaux de semelle bringuebalent, que je sectionne à l’Opinel.

Je n’irai pas jusqu’au camping Aneto, j’en ai assez pour aujourd’hui, et fais halte au premier que je rencontre, sur le Plan de Senarta. C’est plus que rustique, mais je vais pouvoir y prendre une douche chaude. J’ai hâte de me débarrasser des saloperies qui me courent sur le corps…

Vu c’qui tombe en ce moment, en bas, dans la vallée, ça doit ramasser grave là-haut. J’ai rudement bien fait de ne pas insister davantage…

La pluie froide tombe sans discontinuer, le vent souffle toute la nuit, pliant les frêles arceaux de la tente.

Une chtite vidéo pour conclure  :

 

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Une Réponse

  1. une recommandation n’est pas une obligation…
    C’est malin ça !!!
    En effet, la vidéo montre bien que c’était une « belle journée de merde »…

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