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Oliv Transpyr dans les Pyrénées 26/29


Vendredi 8 Septembre

Toute la nuit, je rumine  cette histoire de puces, en me grattant le moins possible. Mais il est difficile de résister, ça me rend dingue. Il doit subsister quelques spécimens dans mes vêtements, peut-être des larves ?

Le matin, je sors les couvertures dans lesquelles je m’étais emmitouflé et les inspecte consciencieusement sur l’esplanade rocheuse, à côté du refuge. Pas de parasite visible, je peux les ranger à l’intérieur.

Je suis toujours confronté au dilemme : continuer, en espérant arriver à éradiquer complètement l’invasion sur moi, mes vêtements, mon sac-à-dos, mon duvet, ma tente ? Sachant que je ne peux pas tout traiter en même temps… Ou bien décrocher, provisoirement, ou même définitivement ?

Je discute un moment avec Christophe, qui connaît assez bien le secteur. Il évoque une possibilité d’échappatoire vers la France au niveau de l’Hospital de Benasque, au terme de ma prochaine étape. Cela emporte ma décision : je continue.

Nous partons donc ensemble pour une paire d’heures d’ascension jusqu’au Coret de Mulleres (2928 m), en suivant un cheminement cairné.

J’ai le souvenir de notre passage dans l’autre sens, avec Kikos, en juillet 2013, dans un environnement complètement enneigé nivelant tous les points de repère, où nous avions galéré en orientation, tellement l’itinéraire était peu évident.

Sur le col, nous nous délestons des sacs. C’est très exigu, nous les calons sérieusement. Puis nous attaquons la crête vers le Sud, jusqu’au Tuc de Mulleres (3010 m).

Encore un panorama de fou ! Des crêtes à perte de vue… Les différents plans s’affichent les uns derrière les autres, du plus sombre au plus clair.

Il y a déjà là un couple d’Espagnols. Lorsqu’il avise ma boussole-poignet, le gars me demande si je fais des raids. Ils sont eux même raiders, membre de l’assoce « Adventure Expérience », et ont participé deux fois au « Raid in France ».

L’Aneto semble tout proche et j’étudie avec l’Espagnol la possibilité d’un crochet par ce point culminant des Pyrénées, avant de descendre sur la Renclusa. Sa carte montre un cheminement possible au début, mais ça semble très compliqué ensuite. Je ne retiens donc pas cette option, d’autant que, vu d’ici, l’Aneto n’est pas très glamour, grosse masse sans élégance.

Après les traditionnelles photos sommitales, nous parcourons la crête dans l’autre sens et nous séparons au niveau des sacs. Christophe et les Espagnols basculent côté Français, à destination de leurs véhicules respectifs stationnés au tunnel de Viehla. Quant à moi, je m’engage dans une désescalade compliquée dans les blocs, côté Espagnol.

Il me faudra quatre heures pour atteindre la Besurta, terminus de la navette montant de Benasque. Il y a là un monde fou : beaucoup de randonneurs, certains descendant de l’Aneto, et également les organisateurs qui balisent le terrain, ainsi que des participants venus en repérage, d’un gros trail qui se déroulera le week-end à venir. Au loin, le glacier de l’Aneto brille dans le soleil.

Après une binouze réparatrice, j’attaque la longue piste à destination de l’Hospital de Benasque. Je suis doublé à deux reprise par le bus qui fait la navette, plein comme un œuf. Pour moi, pas question de shunter cette section chiante à l’aide d’un moyen mécanique, c’est pas dans l’esprit…

La navette vient de me doubler une troisième fois, je me dis que c’est peut-être la dernière, alors j’accélère le pas et claudique sur les derniers 500 m afin d’arriver au parking de l’Hospital de Benasque avant que les dernières voitures quittent les lieux. En effet, je n’ai plus de bouffe et dois d’urgence descendre en stop à Benasque pour ravitailler.

Un coffre ouvert, des piolets qui dépassent, je baragouine en Espagnol, ils se concertent en Français ! Des Aveyronnais, qui reviennent de l’Aneto. Ils acceptent de m’embarquer. Nous discutons pendant le trajet. D’après eux, l’Aneto était infaisable sans piolet-crampons, le glacier sommital étant particulièrement en mauvaise condition en ce moment.

Ils me déposent à Benasque, devant un supermercado, dans lequel je fais des grosses courses, pour quatre jours, car j’ai décidé de continuer, malgré les puces. C’est pas possible d’arrêter pour ça…

En sortant, je croise un couple de Hollandais. Le mec fait vraiment crade. Nous échangeons un petit moment. Ils randonnent d’Ouest en Est, ravitaillent ici, avant de monter sur l’Hospital de Benasque.

Je cherche un troquet pour avoir du wifi et conditionner mes volumineux achats au mieux dans mon sac. Un groupe bruyant débarque, genre Festival de Cannes, avec quelques gonzesses sublimes, grandes plantes en représentation, shorty ras la moule.

Un festival de cannes…

Il est temps de chercher à remonter là où les Aveyronnais m’ont chargé. Je me poste en bord de route, planque un peu mon gros sac et le carton de bouffe que je n’ai pas réussi à ranger, et tends le pouce. La troisième voiture, un gros 4×4 Volvo, s’arrête et m’embarque. Le conducteur s’exprime bien en Français, s’intéresse au sport en général. Il me parle, entre autre, du trail organisé ce week-end, qui est un gros évènement, de Kilian Jornet, qui est un enfant du pays…

Soudain, nous doublons les deux Hollandais qui marchent sur le côté de la route en tendant le pouce. Je lance une petite vanne dans leur direction, à travers la fenêtre ouverte. La conducteur me dit « Tou lé connais ? », s’arrête comme un barbare et embarque les deux Bataves, après avoir chargé leurs gros sacs dans le coffre.

Ça m’arrange un peu : je me dis que dans le cas peu probable où il retrouve plus tard des puces dans sa voiture, il pensera forcément qu’elles viennent du type au look craspouille. Hi hi hi !

Le gars arrive sur le parking du complexe hôtelier classieux de l’Hospital de Benasque et se gare comme un prince sur la place réservée number one, juste devant l’entrée, pour débarquer sa bande de pouilleux sous le regard perplexe de ses clients haut de gamme…

On a eu affaire au Big Boss du coin qui n’est apparemment pas sectaire. Une belle personne.

Les Hollandais, après beaucoup de tergiversations, prennent la dernière navette à destination de la Besurta afin de gagner le refuge de la Renclusa pour y passer la nuit.

De mon côté, je fais une grosse bouffe, un peu à l’écart du complexe, mais sous le regard courroucé de l’aide cuistot qui vient vider les poubelles (une pas-belle personne, çui-là), afin de m’alléger et entame, à la frontale, le début de l’étape suivante.

J’ai beaucoup de difficultés à trouver l’attaque du sentier vers le Vall de Remuñe. Je cafouille dans un coteau pentu, sur des herbes glissantes parsemées de trous, entre des bosquets de pins. J’essaie plusieurs attaques dans la zone décrite par le topo, à moins de cent mètres de l’extrémité de la route. Finalement, je trouverai le départ plus loin que prévu. Une demi-heure de cramée pour rien, entorse du genou évitée de justesse…

Je dégote le spot à dormage dans le premier kilomètre de la montée, sur un petit plat, au milieu de bouses de vaches, monte ma tente dans le halo de la frontale et me glisse avec inquiétude dans mon duvet.

La poudre a-telle fait effet ? M’empoisonne-t-elle également ? Ai-je bousillé tous les occupants indésirable ? De toute façon, ce n’est pas très important, dans la mesure où j’en ai certainement encore sur moi. Je m’apprête donc à une troisième nuit de merde, à essayer de ne pas me gratter au sang…

Une chtite vidéo pour conclure :

 

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