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Oliv Transpyr dans les Pyrénées 24/29


Mercredi 6 Septembre

Je ne garderai pas un souvenir impérissable de cette nuit en refuge gardé, même si l’équipe est cool et sympa. C’est la dernière fois qu’on m’y prend…  Pourtant, dans mon malheur, je m’en tire bien : y’avait pas de pétomane frénétique… Peut être bien, quand même, un ou deux gaziers subtils, limite chafouins, mais cantonnés à l’autre extrémité du dortoir…

J’ai hâte de me casser et suis le premier levé, ce qui me laisse le temps de prendre une bonne douche chaude.

Je suis également dans le top 3 pour prendre le petit déj. J’y mange copieusement et chourave de quoi me faire les casse-dalle du midi. Au prix de la nuit à mal dormir, je n’ai pas de scrupules, j’aurais tort de m’gêner…

Je quitte le refuge avant tout le monde, ce qui me permet d’être seul quand j’arrive au Port de Ratera, une heure plus tard.

Une brume matinale monte de l’autre versant et plonge le col dans une atmosphère cotonneuse. Vaches et isards vaquent à leurs occupations matinales de ruminants.

Je suis invisible et l’orientation du vent ne porte pas mon odeur à leurs naseaux ce qui me permet de les mitrailler à volonté. Le temps est suspendu, c’est un moment extraordinaire qui compense largement l’après-midi perdu hier et la fucking nuit au refuge.

La brume se dissipe, il me faut maintenant trouver le cheminement cairné qui conduit au Tuc de Ratera (2862 m). Ce n’est pas évident, alors j’opte pour une ascension façon « sanglier », dré dans l’pentu, en visant la crête sommitale. Je progresse par à-coups, escalades rapides, le cœur qui tape dans la poitrine, entrecoupées de courtes pauses destinées à faire redescendre le cardio. Je suis en configuration « gros sac » et c’est bien physique, à cette allure.

Les premiers randonneurs partis après moi du refuge d’Amitges arrivent au col. Ils ont raté de peu le spectacle extraordinaire des isards dans la brume. La plupart poursuivent sur le GR, en basculant de l’autre côté du col, sauf un petit groupe qui s’est arrêté au bord du chemin et observe la fin de mon ascension. Qu’est-ce qu’ils attendent ? Que je me casse la gueule ? Il n’en est pas question. Je débouche sur la crête comme un prince.

Le ciel est maintenant bien dégagé. Une fois au sommet, je jouis d’un panorama exceptionnel sur les crêtes alentour.

J’attaque maintenant une descente longue et difficile, dans une pente raide d’herbes et de caillasses. Je passe une heure à réaliser les 400 mètres de dénivelé de cette piste noire.

Maintenant, je navigue en orient’ pendant plusieurs heures, entre étangs et cols, c’est assez fin, rien ne ressemble plus à un petit lac de montagne que le petit lac d’à-côté, à un petit col que le col voisin… Je dois me fier aux balbutiements de l’aiguille de ma boussole qui peine à s’extirper de sa bulle d’air. La carte détaillée que j’ai prise en photo au refuge, plus précise que mon torchon, m’est d’un grand secours.

Finalement, j’arrive bien claqué au refuge Ventosa I Calvell. Il y a là beaucoup de monde, occupé à la routine de fin d’étape : douche, lessive, bière…

Je suis presque prêt à stopper ici pour aujourd’hui, tellement j’ai puisé dans mes réserves, mais l’accueil y est merdique : employées pas sympa, le wifi c’est pour ceux qui ont réservé la nuit, la douche c’est pareil, et patati et patata. À mon sens, ce n’est pas un gîte mais plutôt une hôtellerie de plein air.

Je suis encore dans le parc naturel avec la sanction à 300 euros pour les campeurs sauvages mais je ne veux pas revivre une deuxième nuit en refuge gardé, et ne demande finalement pas s’ils ont encore de la place pour dormir.

Ne reste plus qu’une solution : enchaîner. Je décide donc de repartir après une petite mousse, le temps de me refaire la cerise.

À côté de moi, sur la terrasse, un couple de retraités Montpelliérains. Je les branche sur le code wifi qu’ils n’arriveront pas à obtenir non plus. Le courant passe bien entre nous, ils ont plein d’humour.

La bière plus ce quart d’heure à se marrer m’ont bien requinqué. Je repars boosté, objectif le refuge de la Restanca, à trois petites heures.

La suite s’enchaîne bien, le genou est assez solide pour me dispenser des bâtons dans les descentes de cols.

Je prends un petit thé vers 17 h pour couper une fois de plus cette longue journée. Ça fait déjà 9 heures que je marche et je n’en ai pas terminé.

Un moment, je croise quelqu’un qui peine dans une descente, s’appuyant sur ses bâtons tel un vieillard, comme ça a pu m’arriver à certains moments de la traversée. C’est un Espagnol qui termine une boucle de six jours. Il a mal à un genou. Ça me plaît bien, je me sens moins seul… Sauf que lui, il a une trentaine d’années. Ça risque de pas faire un beau vieux, plus tard…

Bientôt je tombe sur un panneau « La Restanca 1 h 45 » et bien plus tard « La Restanca 2 h 30 » ! C’est quoi cette merde ? Depuis le temps que je marche… Ils veulent me niquer le moral, ou bien ?

Même pas mal ! Je vais gérer. J’ai fait une erreur d’orientation ? Suis partit trop au Nord ? J’y comprends rien, mais j’assume.

Un peu plus tard, nouveau panneau « La Restanca 1 h 15 ». Ah, ça me convient mieux !

Plus bas, je tombe sur un couple d’Anglais qui campent à la vue de tous au bord du Lac deth Cap deth Port, et s’affairent à allumer un feu ! Ils se donnent vraiment les moyens d’attirer sur eux les foudres des gardes du Parc… Ils ne semblent pas être au jus des interdictions, je leur en touche un mot, mais ils s’en foutent… Sont pt’être pleins aux as…

J’arrive à la Restanca vers 19 h. L’équipe est assez sympa, affairée à servir, à l’étage, le repas aux clients. Le patron prend le temps de m’indiquer un spot à dormage pour installer la tente, un peu après le barrage, en me conseillant de planter et déplanter à la faveur de l’obscurité, afin de limiter le risque de me faire chopper.

Je prends congé et redescends au rez-de-chaussée récupérer mon sac pour partir. Une porte attire mon attention, je l’ouvre et tombe sur des sanitaires. Une douche, super, j’y vais !

Sur la porte, à l’intérieur, il est écrit « douche 1,50 euro ». Qu’est-ce que je fais ? Je suis là en catimini, tout le staff est occupé au service du repas, à l’étage, je pourrais m’éclipser sans problème.

Mais comme le patron a été sympa, je décide de remonter payer ma douche. Et cette décision aura des conséquences terribles et imprévues sur la suite de ma traversée…

Je règle donc la douche et remets la question du spot à dormage sur le tapis, car je n’ai vraiment pas envie de me faire griller à la jumelle par les gardes du parc. Je montre au patron, sur la carte photographiée qui est dans mon appareil, une sorte d’abri, en bordure du GR, à peu de distance d’ici et lui demande ce qu’il en pense. Il me confirme que c’est ouvert et qu’il y a possibilité d’y dormir. C’est donc cette option que je prends et pars avant le crépuscule pour une grosse demi-heure supplémentaire.

La nuit est tombée lorsque je dégotte l’abri, en contrebas. C’est pourri ! Le pire endroit depuis le début de la traversée. Un local au sol de terre battue dans lequel l’éleveur entrepose des produits phytosanitaires. Il plane ici une odeur de vieille merde de chien comme celle qu’on peut humer, sur les trottoirs des villes, après la pluie.

Mais ça fait 13 heures que je crapahute, la journée a compté pas mal de passages bien physiques, j’ai la flemme de trouver à la frontale un endroit où planter la tente à proximité, dans un environnement tout défoncé de rochers et de buissons.

J’opte donc pour une installation minimaliste en sortant le moins de matériel possible et, après un repas à l’arrache, me couche dans le coin qui me paraît le moins crainteux.

Une chtite vidéo pour conclure :

 

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3 Réponses

  1. L’erreur a donc été de retourner payer la douche…

  2. Oui, mais l’honnêteté finit toujours par payer un jour ou l’autre…
    Et puis, çà t’a peut-être sauvé d’une catastrophe encore plus violente, genre la foudre des orages des jours suivants qui te tombe dessus, ou un dévissage lors d’une de tes descentes sur les pointes comme sur la vidéo ci-dessus…
    Finalement en conclusion, je vais prendre la défense de ces petites bêtes, elles t’ont peut-être sauvé la vie !!!

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