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Oliv Transpyr dans les Pyrénées 19/29


Vendredi 1er Septembre

Remis à sec, je quitte la cabane dans laquelle j’ai passé la nuit, vers 8 h, en direction du refuge Enric Pujol. Objectif : ne pas perdre les cairns, dans les accidents de terrain de cette large vallée ascendante.

Pendant l’ascension du ressaut sous l’Estany de Llavera, je domine le fond de vallée dans lequel le troupeau d’ovins passe ses nuits, parqué à l’abri des attaques d’ours, sous la garde du redoutable Patou (spéciale dédicace à Estelle).

Le berger vit dans un préfabriqué blanc, avec tout le confort moderne. Il est sur le seuil, nous nous saluons de loin.

J’ai la chance d’être aux première loges pour assister au spectacle des vautours qui prennent des pompes en tournant au-dessus de ma tête.

Lorsque j’arrive au refuge, quatre randonneurs s’apprêtent à le quitter : deux Allemands (c’est fou le nombre d’Allemands qu’on trouve sur ces montagnes, j’en ai vu plus que de marmottes…) et deux Rochelais. L’un des deux est grimpeur et connaît très bien Magic Daniel (même qu’il le trouve un peu grassouillet en ce moment…).

Je me trouve au pied du Mont Rouch, le sommet dont m’avait parlé Titi Cuistot, lorsque nous nous sommes croisés fortuitement au cours de l’étape 8. Il m’avait demandé d’aller le gravir pour lui.

Je laisse une partie de mes affaires au refuge et m’engage donc à 9 h 30, en équipement léger, au sein d’un épais brouillard, dans une ascension hasardeuse. Je ne sais pas bien où je vais, ni où je dois aller. Les sommets sont invisibles, ma carte rocambolesque, je n’ai qu’une vague idée de la direction générale à suivre et progresse sur un azimut approximatif, de cairn en cairn. Afin de sécuriser le retour, je prends des photos à des endroits stratégiques de monticules caractéristiques, au cas où le brouillard s’intensifierait…

Dans ma tête, je rumine : « Putain, peut pas les faire lui-même ses sommets, l’ôt guignol, au lieu de sous-traiter ?… »

Finalement, je rejoins le collet frontière, remonte l’arête au Sud/Ouest et atteins le sommet du mont Rouch de France (2868 m). Car, en réalité, chacun des deux pays a son Mont Rouch, séparés par une profonde brèche. Et comme Titi Cuistot ne m’avait pas précisé lequel je devais faire par procuration, je me dirige vers le Mont Rouch d’Espagne (2864 m).

Pendant la désescalade/escalade de la brèche qui sépare les deux sommets, à l’aller puis au retour, je suis très vigilant :  il y a moyen de s’en prendre une belle et peu de chance que d’autres humanoïdes viennent traîner dans le secteur, à court terme. Je dois conserver mon intégrité physique pour pouvoir quitter ces cimes de façon autonome.

Mission accomplie ! Les deux Monts Rouch sont gravis. Il me faut maintenant redescendre au refuge, en repassant par le Mont Rouch de France. Le ciel se dégage par instant, laissant entrapercevoir un panorama de toute beauté.

De retour au collet frontière, je parcours quelques dizaines de mètres en direction de la France, vers le Nord, pour essayer d’attraper du réseau. J’ai préparé plusieurs SMS pour la famille, les potes… Mais un seul réussira à partir, le plus court (un seul mot) à destination de mes ex-collègues, en réunion de pré-rentrée.

Je lutte pendant une demi-heure, ça se joue au mètre près pour qu’une barre instable s’affiche sur l’écran. Finalement, je lâche l’affaire et entame, déçu, la suite de la descente. J’aurais bien aimé établir le contact, en ce jour une peu particulier pour moi…

Le brouillard est toujours présent sur les hauteurs mais laisse davantage de visibilité. J’ai mémorisé les grandes lignes du cheminement à l’aller, qui est borné par des reliefs, alors je peux me jeter dans la pente, à fond. Le sac est léger, les genoux vont bien, les bâtons assurent l’équilibre. Ce sont de très bonnes sensations. Plus bas, le ciel se dégage.

De retour à Enric Pujol, je fais une grosse lessive/toilette/rasage en plein soleil, au déversoir de l’étang, sous l’œil attentif de la grenouille du quartier, un morceau de têtard entre les dents.

D’un seul coup, le soleil disparaît, ça caille direct. Je remballe tout mon tos dans le refuge, étends le linge et enfile mon duvet par-dessus mon short. C’est dans cet accoutrement que j’accueille, vers 17 h, un jeune couple qui pénètre dans l’habitacle.

Il s’agit d’une jeune Espagnole, petite, volubile, qui s’exprime très bien en Français, familière de la montagne, qui sert de guide à un immense escogriffe Hollandais, coiffé d’un Panama, en chaussures de sport de salle à semelles lisses et lunettes à monture d’écaille, timide limite emprunté, familier des champs de tulipes mais néophyte des sommets. Plus décalé, tu meurs !

J’échange en Français avec la fille, en Allemand avec le mec. Ils communiquent entre eux en Angliche, à toute berzingue. C’est une love-story à son commencement, ils sont attendrissants… Elle vient de le récupérer à l’aéroport de Barcelone et ils sont montés direct sur les Pyrénées.

Nous mangeons ensemble sur la table du refuge et nous couchons à la tombée de la nuit. Sur le fil, mes fringues peinent à sécher, ça risque d’être un peu compliqué demain matin…

Une chtite vidéo pour conclure :

 

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2 Réponses

  1. Hahaha!! oui on est certainement plus serein de croiser Une Patou qu’un Patou…..
    Même si je ne fais pas souvent de commentaires, je suis une lectrice assidue de ton périple transpyrénéen. C’est toujours un plaisir de lire tes aventures!!!! Bravo et respect!!! Bizzzzz

  2. Ouaf !

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