HRP 2013 : Pas très académique, mais efficace (15/28)


HRP 2013 – 28 jours entre Hendaye et Banyuls

Jour 15 :  Pas très académique, mais efficace

Comme tous les jours, le réveil sonne à 6 heures. Une bonne heure plus tard, les sacs sont faits, nous sommes prêts à partir. Au milieu de la matinée, nous sommes au pied d’un impressionnant versant enneigé qui donne accès au  col de Mulleres (2928m), grosse difficulté de la journée.

Image1

Plein gaz dans la pente, côté gauche, nous apercevons deux points rouges : une cordée équipée de crampons et piolets trace direct vers le haut. Sans équipement spécifique, il va falloir qu’on se la joue plus subtil : nous allons négocier une ascension en crabe, plutôt côté droit, passant d’un îlot rocheux à un autre en empruntant des sections de névés relativement moins exposées. Des barres rocheuses attendent, tout crocs dehors, les candidats à la glissade.

 jour15

Il faut également être très vigilants dans les inévitables franchissements des ponts de neige masquant des torrents prêts à nous engloutir en cas d’effondrement. Leurs grondements menaçants donnent une bonne indication du débit d’eau, là-dessous, et une immersion brutale et involontaire après une chute dans les rochers à travers la neige pourrait avoir de graves conséquences.

 Image2

C’est pourquoi nous sommes bien contents, au bout d’une heure un peu tendue, de rallier une zone plus accueillante où nous prenons contact avec les points rouges qui progressent moins vite, à cause des crampons.

 avant le col de mulleres

En fait il ne sont pas deux, mais trois : il s’agit d’un père, Patrick, et sa fille, Aurore, de Montpellier, accompagnés d’un Golden Retriever, Grim, qui porte son matériel perso dans un harnais. Ils font la totale également et sont partis d’Hendaye six jours avant nous. Ils bénéficient d’une petite logistique qui les rejoint à certains coupages de route, afin de les ravitailler mais aussi de gérer le matériel spécifique (crampons, piolets…). Cette nuit, ils ont bivouaqué un peu au dessus de nous.

Photo souvenir. En parlant tos, Patrick nous solutionne simplement le problème d’alimentation électrique pour la GoPro, en chargeant directement la batterie dans l’appareil, sans transiter par un chargeur. Élémentaire, mais il fallait y penser ! Et on n’y avait pas pensé… Faut croire qu’on commençait à manquer d’oxygène…

Ce problème pourra donc être résolu, lorsqu’on rechargera ce soir. Par contre, ça sera encore la grosse misère pour les bouts de film aujourd’hui… Dommage, car la descente du col de Mulleres un peu plus tard valait bien quelques images…

Mais ce col, il faut d’abord l’atteindre. Nous cheminons tous les cinq ensemble dans les rochers en papotant jusqu’à ce que les différentes techniques d’orientation nous séparent : Patrick se cale sur un point GPS qui vise la crête direct dans les blocs, Kikos navigue avec la boussole en lecture de carte et nous emmène en oblique, sur une astucieuse hypoténuse, à travers une succession de blocs et névés peu pentus dans lesquels on peut tartiner.

Nous atteignons le col, alors que les Montpelliérains galèrent sur la crête. Le basculement de l’autre côté commence par de la désescalade. Nous leur proposons de les attendre pour aider à faire passer Grim, mais ils le sentent bien et nous invitent à enchaîner.

 Image3

Le névé, impressionnant, est le plus pentu qu’on ait eu depuis le début. Des barres rocheuses patientent en bas. On adapte notre matériel en séparant la partie basse du bâton pour s’en servir comme d’un poignard d’une main, alors que de l’autre on se stabilise avec les deux tiers restant. Pas très académique, mais efficace, puisqu’on gardera le contrôle tout au long de la descente.

Au dessus, le trio peine dans la désescalade. Grim montre un peu de réticence mais, à force d’encouragements et de tractions, il finit par passer et ils atteignent à leur tour le névé.

Nous sommes presque en bas lorsqu’on entend quelques cris : Grim se retrouve plusieurs dizaines de mètres sous sa paire de maîtres (hi hi hi). Il s’est stabilisé sur la pente et est invité à rester couché le temps que Patrick et Aurore le rejoignent.

Au terme de cinq heures de montées/descentes, nous faisons une halte repas à proximité du refuge de Molières flambant neuf. Il nous reste deux heures pour rejoindre l’Hospice de Vielha..

Plus bas, Oliv se panne dans un petit sentier ridicule en descente : après avoir roulé sur des petits cailloux, sa jambe gauche glisse vers l’avant et tout le poids du corps s’affaisse sur la droite qui se met en flexion totale, alors qu’elle reste bloquée à mi-course depuis des années. Violente douleur, à la limite de la perte de connaissance, hyperventilation, petit break, reprise de contrôle, redémarrage en douceur, précautionneux… 

Plus bas, nous perdons le fil du cheminement et allons zoner dans un immense pla herbeux et marécageux, au milieu de la végétation basse masquant des trous entre les rochers. Et là, bis repetita ! Pelle à l’identique. La douleur est fulgurante. Les nerfs lâchent, quelques larmes d’épuisement coulent. Kikos, pudiquement, tourne la tête…

Il faut sortir de ce terrain impraticable, sur lequel on n’avance pas et qui risque de causer une grave blessure mettant fin à l’aventhure. Kikos retrouve finalement le bon chemin et se charge, jusqu’à l’Hospice de Vielha (1626m), des deux sacs pour soulager un Oliv claudicant, à la traîne derrière.

Nous retrouvons les Montpelliérains qui nous ont repassés pendant la pause repas. Aurore est partie ravitailler en stop à Vielha, Patrick et Grim cherchent un spot pour planter la tente, leur journée s’arrêtant ici. Pour notre part, nous envisagions de continuer un peu, mais vu l’état du genou d’Oliv, ça semble compliqué…

Kikos part à son tour en stop pour ravitailler. Pendant ce temps, Oliv aborde, sur le parking, un groupe de randonneurs français afin de solliciter une aide médicamenteuse. Arnica, antidouleur, pommade apaisante… plus des gros cachetons prescrits à l’origine pour soulager une côte fêlée. Tentative de sieste réparatrice pour laisser agir ce cocktail corsé et essayer d’oublier un moment la douleur lancinante.

Lorsque Kikos remonte avec le ravitaillement, deux bonnes heures plus tard, nous faisons bombance à l‘abri sous un petit toit pendant qu’un magnifique orage dézingue le quartier. Nous regardons les grêlons ricocher sur le sol en engloutissant chacun une baguette entière farcie au Nutos.

Dès que c’est plus calme, on attaque la suite, une à deux heures de montée, en fonction de la résistance du genou en carafe et de l’arrivée de la nuit.

Bivouac au bord du chemin, sur un petit espace relativement plat.

LE FILM DU JOUR :

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4 Réponses

  1. Putain, fais gaffe à toi Oliv…

  2. Ce qui n’est pas dit dans l’histoire
    « Patrick le Montpellieren a glissé (Vmax 17km/h),en haut du col (malgré les crampons) sur 80 mètres et s’est ouvert le mollet gauche avec les pointes.
    Pansement compressif sur une estafilade qui aurait mérité 5 points puis descente rapide vers le bas.

    On se demande a quoi ça sert les crampons !!!!!!!!!
    Donc vigilance, vigilance car un rien peu arrêter une si belle aventure.
    Mais je pense qu’il y avait Saint HRP pour veiller sur nous.

    Dommage que l’on ne se soit pas plus causé en bas, au tunnel de Veilha, j’avais une pharmacie à vous proposer digne de Doctor House.
    Sauf du fil et une aiguille pour réaliser ……….des points, hélas !!!!!!
    .
    Le lendemain le pauvre Grim a failli se faire attraper par 3 Patoux qui voulez le « sodo….ser » lui aussi il a été vigilant et remercie Saint HRP.

    Félicitations pour vos écrits.
    Patrick

    • Yo Patrick

      Apparemment cette journée a été physiquement éprouvante pour nous deux. Ca peut expliquer qu’on n’était pas très causants à Veilha. Heureusement que les d’jeuns étaient là pour gérer l’intendance…
      Oliv

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