HRP 2013 : Des os de vache faisant office de vaisseau spatial (8/28)


HRP 2013 – 28 jours entre Hendaye et Banyuls

Jour 8 : Des os de vache faisant office de vaisseau spatial

Ça fait une semaine qu’on crapahute, la pensée d’une douche chaude nous titille sérieusement. Dans le jardin d’une maison secondaire, en bord de chemin, on avise un mec qui sirote debout son bol de café en tirant sur une clope. On le sent bien, alors on lui demande s’il ne nous offrirait pas une douche, en expliquant dans quel périple on est engagé. Le premier moment de surprise passé, il accepte. Nous nous retrouvons bientôt au milieu d’une bande de trentenaires Palois(es) amoureux de montagne qui ont fait de cet endroit leur jardin secret.

Nous reprenons la route tout ragaillardis par ces ablutions. Mais on prend direct une douche froide en arrivant au Somport ! Alors qu’on croyait trouver plein de ventas, il n’y a qu’un bistro avec une pauvre arrière-salle dédiée à l’épicerie qui ne contient que de l’alcool et deux/trois friandises. Dans les souvenirs mal rangés y’avait eu une ch’tite confusion avec le Pourtalet…

Kikos devra donc se farcir un aller-retour en stop à Canfranc pendant qu’Oliv, ne pipant pourtant que deux ou trois mots d’espagnol, pourra, en sirotant une bière, constater l’uniformisation poussée à l’extrême au niveau européen des émissions de téléréalité.

À 11 h, Kikos est de retour, les bras chargés de 10 kilos de victuailles. On se fait un gros ptit déj à base de tartines au Nutos et boissons sucrées puis nous nous répartissons la bouffe des jours à venir en chargeant en priorité le sac de Kikos.

Après la station de ski d’Astun (1700m), nous attaquons une rude montée à destination d’un lac. Au col des Moines (2168m), en repassant en France, nous pouvons voir l’Ossau, au loin.

Nous croisons pas mal d’humanoïdes au cours de ces quelques heures, en particulier une armada de bikers, tout de noirs vêtus, partis pique-niquer au lac qui redescendent sur la station avec des sacs poubelle, un jeune espagnol et son chien aussi agiles l’un que l’autre dans la montée, des groupes de randonneurs lourdement chaussés engagés dans le tour de l’Ossau, un quatuor de français avec des sacs pachydermiques, au bord de l’asphyxie, trois mamies en extase devant un gouffre, des bandes de joyeux drilles agglutinés au bord du lac Castérau en plein shooting pour de futures insupportables soirées diapos…

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L’orage gronde une fois de plus. On s’y habitue, mais nous pressentons que ça peut tourner vite et arriver sur nous. La passerelle (1644m) permettant de franchir le gave de Bious a été emportée, alors on cherche un passage pour traverser à l’arrache. Devant nous, un duo est déjà engagé dans la montée, un adulte et un jeune enfant. L’orage devient plus menaçant, nous allongeons le pas et les doublons bientôt. Tout explose quand on débouche en haut. Une bergerie, la cabane de Peyreget (1920m), est à proximité. Nous y demandons l’asile temporaire au fromager en plein travail. Nous ne sommes pas seuls : un Bulgare photographe est déjà dans la place et un couple de jeunes Français vient nous rejoindre, ainsi que le berger. Kikos, le Saint-Bernard, redescend au devant de l’équipage qu’on a doublé dans la montée pour prendre le lourd sac du gamin et leur permettre de gagner l’abri au plus vite.

Tous les chiens mouillés se retrouvent dans un petit local exigüe que le fromager et le berger ont mis à notre disposition. On fait plus ample connaissance.

Le Bulgare fait des études d’hôtellerie en France. Il est passionné de photo et aime la montagne. La veille, il a été pris au cœur d’un gros orage alors qu’il photographiait les éclairs. Il a cru y passer et s’est juré s’il s’en sortait vivant, de faire le bien autour de lui. Il a du bien flipper quand même… Nous l’avons donc rencontré le premier jour de sa nouvelle vie.

Le canadien est français d’origine et fait découvrir à son fils la terre de ses ancêtres. De son sac monstrueux, il sortira des os de vache faisant office de vaisseau spatial, un étrange jeu de plateau à base de pièces réfléchissant et déviant des rayons laser chargés de dégommer le roi adverse, mais aussi des choses plus utiles en montagne à l’image d’un réchaud pour faire chauffer ses nouilles… Pendant que le fils, Alcéo tente de nous expliquer la règle de ce jeu compliqué, le père, François Charles nous charme les oreilles avec des expressions typiques de son pays d’adoption, du genre : « Ces chaussures, j’en suis content, je les ai bien magasinées… »

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L’orage est parti sévir ailleurs. Nous remercions le fromager et le berger pour leur hospitalité et nous apprêtons à partir. Il est tard, mais la douche, les courses, l’orage ont mis une grosse claque à notre prévisionnel de la journée, le point d’arrêt théorique est encore loin devant, il faut donc qu’on enchaîne. Les deux français montent leur tente à côté, ils vont passer la nuit ici. Le Bulgare compte dormir dans le local. Les Canadiens tentent de rallier le refuge de Pombie à notre suite.

 

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Au refuge de Pombie (2032m), nous arrivons au moment de la digestion. Tout le monde profite dehors des dernières lueurs du jour, après le souper. Le temps semble suspendu. Notre arrivée tardive crée un petit évènement qui rompt la quiétude ambiante. Nous prenons des informations sur la suite du parcours auprès de Carine, la gardienne. Les conditions d’enneigement ont un mois de retard par rapport à une année normale, les névés sont très importants. Après Arrémoulit, elle nous déconseille vivement le passage par le refuge de Larribet et nous incite à prendre un itinéraire plus au Sud, en Espagne, par Respomuso. Ses propos sont corroborés par un randonneur expérimenté qui connaît très bien les Pyrénées et semble faire autorité dans le groupe.

Nous repartons pour une heure de descente avant que la nuit ne s’installe définitivement. Dans notre dos, nous entendons « ça fait rêver… ». Peut-être la naissance d’une vocation pour tenter l’aventure une prochaine année ?

À 22h, on plante le bivouac et on mange à la frontale dans une forêt, à une heure de la route du Pourtalet.

Encore une bonne petite journée de récup !

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LE FILM DU JOUR :

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3 Réponses

  1. Ca oui ca fait rêver

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