Canyons d’automne – Oscuros du Balces et Barranco Fondo


Le dimanche, on fait la route et on pose le camion en fin de journée, au bout d’une piste chaotique, sur un plateau qui domine les gorges du Balces. Un fort vent accentue le froid ambiant. À 18 h on ferme les écoutilles et on se claquemure dans le véhicule. Demain, on a un programme chargé, alors on mange tôt et on se couche avec les poules.

Lundi, le réveil sonne de bonne heure car on a prévu d’enchaîner deux courses dans la journée, en évitant de se retrouver dans la pampa quand la nuit tombera. On prépare les sacs et direction les Oscuros du Balcès. Une fine couche de glace recouvre les flaques d’eau sur les trous de la piste, la marche d’approche en short fait lever les poils tant que le soleil ne vient pas nous caresser les épaules.

On s’équipe avant le premier chaos rocheux. Putain, y’a pas mal d’eau ! ça gicle dans tous les sens, on ne voit pas ce qui se passe dessous. Il va falloir le gérer sécurit et ne pas tenter les habituels trucs ludiques entre les blocs et autres passages en apnée. La puissance de l’eau rend l’ambiance austère et une grande concentration est de rigueur.

On aborde les étroitures, le courant est fort, on peine à garder le contrôle. Pour ne pas se faire embarquer, on encorde celui qui part devant, l’autre le sécurise.

Le passage à fort débit est passé, ça se calme. Quelques rappels sous cascade, de la nage, de la désescalade et c’est déjà la fin de ce canyon assez court, mais tonique dans les conditions actuelles. L’eau n’était pas trop froide, on n’a donc pas eu besoin de mettre systématiquement les capuches.

Marche de retour, ça grimpe ! En plus, on sait qu’on devra se la retaper une deuxième fois cet aprèm, quand on rentrera de la deuxième course. Ça a bien changé depuis notre dernière visite : y’a des pancartes partout, des barrières en bois au bord du sentier, c’est Disneyland ! Heureusement que la crise est passée par là, sinon, emportés par leur élan, les Espagnols auraient construit des télésièges pour accéder aux canyons…

En haut, on tombe sur un groupe du 65. Ils projettent de faire eux aussi les Oscuros du Balcès et nous questionnent sur les conditions. On dit que ça pousse pas mal, mais dans le tas il y a des gens qui ont tout vu, tout fait et ça ne les inquiète pas outre mesure…

Casse-croûte de midi à côté du camion, on lézarde un peu. Maintenant qu’on a bien rechargé les piles au soleil, en route pour un barranco sec, le Fondo. Un peu avant l’attaque du premier rappel en surplomb, on tombe sur un écriteau plastifié écrit en Espagnol, avec des points d’exclamation partout. Ça semble dire que le barranco n’est plus praticable, mais on ne comprend pas très bien pourquoi, ayant laissé le dico dans le camion. On a une trousse à spits avec nous, alors on décide de tenter quand même, on verra bien…

Dès le second rappel, on est fixé : les amarrages ne sont plus en place. On fera donc les deux franchissements suivants en passant la corde autour d’arbrisseaux.

Plus bas, dans les étroitures, on tombe sur un gros bloc éboulé qui bloque le passage. C’est sûrement de ça dont parlait l’écriteau au départ. Mais un relais tout neuf brille au soleil et permet de franchir l’obstacle. Le barranco s’enchaine agréablement jusqu’en bas, avec des étroitures, des oppos, des désescalades sympas… C’est bien physique…

 Une zone médiane dans une végétation luxuriante, une dernière partie dans un monde quasi souterrain…

Finalement, on rejoint le Balcès qu’on remonte pour retrouver le chemin de retour qui démarre à la sortie des Oscuros. Là on tombe sur le groupe du 65 en rando, qui devait tout arracher et, en définitive n’a rien fait de la journée, échaudé par le débit au départ du canyon… On remonte le chemin, pas une pierre n’a bougé depuis le matin…

En arrivant au camion, on tombe sur une silhouette familière : Maryannick, la toubib Nantaise qui vient jouer au docteur sur notre raid, avec son mari Michel et un couple d’amis. Propriétaires depuis peu d’une maison à Bierge, ils étaient aux champignons dans le secteur. Retrouvailles sympa, on convient de manger chez eux le lendemain soir.

Petit casse-croûte apéro avant la disparition du soleil au cours duquel je développe  le principe de « remplitude » : ce type de journée que nous vivons est si intense que le soir du premier jour on a l’impression d’être là depuis presqu’une semaine ; le temps se distord tellement, les minutes que nous passons dans la pampa sont tellement chargées en adrénaline, qu’on est surpris qu’il soit si tôt à chaque fois qu’on regarde l’heure en rentrant au camion.

C’était notre quart d’heure philosophal…

Puis, rapidement, le froid s’installe, on s’enferme dans le véhicule. Un chauffage d’appoint permet de faire grimper le température et de faire sécher les combis qui pendent.

À la veillée au coin du feu au gaz, on évoque les premières fois où on venait en Sierra avec le CAF, quand Kikos avait une dizaine d’année, portait des sacs de tos aussi gros que lui. À l’époque, on mangeait et dormait dans un break Volvo rouge, au milieu de tout le bordel trempé, et on partait le matin dans l’obscurité avec des combis raidies par le gel. On apprécie donc notre relatif petit confort actuel à sa juste valeur.

C’était notre séquence nostalgie…

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8 Réponses

  1. Donc, quand il y a un écriteau qui « semble dire » que ce n’est plus praticable, on y va ?
    Oliv, Prudence est mère de Sureté…
    Ceci dit, quand ils auront mis des télésièges partout, je viendrais avec vous…
    Bravo, et au plaisir de vous lire.

  2. Merci pour ce nouveau récit . C ‘ est sûr Olive t’ es un peu fou mais c’ est comme ça qu’on t’ aime .
    Sylvie

  3. Au fait Oliv, t’es dans les Pyrénées ? Fais attention à tes plantes de pieds !!!

  4. Vous êtes vraiment des « Bêtes », je suis admiratif !!!!
    Gill

    • Nan Gill, on est des tout petits messieurs face à Dame Nature, une fumelle capricieuse, pas facile à apprivoiser…
      Oliv

  5. N’en fait pas trop Olive sinon un jour tu pourras plus les raconter tes histoires…et ce serait dommage parcequ’on se régale bien avec !

  6. Je viens de tomber sur ton blog par hasard. Apparemment, je fais partie de ce fameux groupe du 65… Alors, on n’a pas bien dû se comprendre : nous n’avions projeté aucun canyon ce jour-là car nous étions en famille avec des enfants assez jeunes, nous sommes juste venus nous baigner et sauter dans les vasques de l’arrivée. Et j’avoue que je me sens bien vexée de lire tes propos et de me sentir obligée de me justifier. Alors oui, on connaît pas mal les canyons du secteur, dont les oscuros (même avec un débit un peu supérieur), et c’est tout à fait faisable par des gens ayant de bonnes compétences en eau-vive, comme c’est sans doute votre cas. On ne serait jamais partis faire ça avec des gamins mais c’est vrai que l’envie était là entre adultes, ce qui était impossible pour garder les gosses… On n’est jamais allés au départ du canyon pour voir le débit et être échaudés ! Le voir à l’arrivée me suffit amplement ! Il y a des limites à romancer ce que l’on écrit !
    Il me semble quand même qu’on vous a conseillés sur les conditions superbes d’Otin… J’espère que si l’on se recroise, ce sera plus amical ! Bonne continuation dans vos canyons.

    • Il y avait pas mal d’adultes dans votre groupe. Nous avons discuté avec certains d’entre vous et essayé, dans notre compte-rendu, de restituer l’état d’esprit dans lequel ils étaient.
      A la relecture, le texte est peut être un peu viril, mais nous n’avons pas l’impression d’avoir trahi leurs propos.
      Apparement, ce n’était pas toi…
      La prochaine fois qu’on se croise en Sierra, on discute de tout ça autour d’un apéro…
      oliv

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