InoXman 2012 « Kolektor édition » à la 6 – 4 – 2 – 1


Bon déjà, si vous ne savez pas ce que c’est qu’un InoXman, depuis le temps qu’on vous en parle… Relisez vos fiches, bon Dieu !  : InoXman 2011InoXman 2010 * InoXman 2008 * InoXman 2005 * InoXman 2004 * InoXman 2003

Mais pourquoi « Kolektor édition » cette année ?

Bah paske c’est la première fois que les conditions de marée et d’ouverture du phare permettent de faire l’intégrale des épreuves, soit 11 sections :

* course Tour de Bonne Anse (9,7 km)

* VTT coastering La Palmyre – Le Petit Poucet (6,1 km)

* course Petit Poucet – Pontaillac (8,8 km avec 3 sections nage 0,8 km)

* VTT Pontaillac – Mornac (12,2 km)

* course Mornac – Chatressac (5,5 km)

* kayak Chatressac – Grève à Duret (5,2 km)

* VTT Grève à Duret – La Tremblade (5,6 km)

* course La Tremblade – Galon d’Or (8,4 km)

* VTT coastering Galon d’Or – phare de la Coubre (16,2 km)

* montée descente du phare (300 marches)

* course phare de la Coubre – port de la Palmyre (7,7 km avec nage dans Bonne Anse)

Kolektor aussi pour les conditions météo : très grand beau, mer d’huile ambiance lagon, pas une ride sur l’eau pour la traversée des conches en natation avec mises à l’eau et sorties dans un fauteuil, la Seudre d’une calmitude incroyable pour la section kayak…

Kolektor enfin, à titre personnel, pour le résultat final : 4ème au scratch, avec un plateau relevé d’athlètes survitaminés de 15 à 62 ans, comptant, entre autres, un champion du monde de trail (çui-là, j’ai pô réussi à le taper…)

Voici le récit détaillé de cette entourloupe :

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7h20 du mat’, on embarque à 6 dans le frêle esquif piloté par le Capitaine Philinox, organisateur non-compétiteur cette année : il y a mon groupe de quatre (Sylvinox, Isa, Fred et moi) qui doit prendre le départ dans 20 mn, plus deux clandestins qui doivent partir plus tard mais qu’on embarque dans ce voyage pour économiser un aller-retour : Pit et son frangin Didier. Les boudins dégonflés ne font pas les malins sous la pression excessive exercée par les robustes fessiers, la flottabilité de l’équipage est mise en péril par ces passagers surnuméraires et l’idée de les balancer à la flotte dans Bonne Anse en cas de problème pendant la navette qui doit nous conduire au départ, nous traverse tous secrètement l’esprit…

Finalement la science de notre pilote nous évite chavirage ou échouage et nous débarquons à bon port. Nous rejoignons le drapeau du départ, virilement fiché dans le sable par Toine, membre du premier wagon de la matinée à avoir accosté, aux premières lueurs du jour, sur la Pointe déserte.

 4

Dernières ablutions, puis, la main sur le mat du drapeau, un rapide compte à rebours pour lancer cette journée d’une dizaine d’heures d’efforts non-stop consacrées à faire le tour de la presqu’île d’Arvert. Sylvinox donne le timing, pas trop rapide, on se cale derrière, ça papote peinard. J’arrive à suivre. Il faut parfois trouver la bonne musse dans la végétation sauvage, privilégier les sols plus roulants au détriment des zones en sable mou. La traversée des vasières permet de saloper bien comme il faut nos shoes, la vase se niche entre les orteils formant un écrin protecteur. On déboule sur le port à 9 km/h, en formation Daltons. Rapide ravito et on enfourche les bécanes.

 En VTT, je suis davantage dans mon élément et déroule devant, grosse plaque, Sylvinox dans l’aspiration, d’abord sur le béton du front de mer, puis, à partir du Club Med, sur le sable de la plage de la Grande Côte, après avoir dégonflé les pneus. Un passage de sable très mou nous oblige à marcher en poussant sur quelques centaines de mètres, puis de nouveau on chope du sable plus dur au bord de l’eau. Au bout, on grimpe dans les rochers pour retrouver nos assistants et leur laisser les vélos avant de repartir en course.

Deux minutes pour s’hydrater, manger une barre et c’est reparti au petit trot. Le tracé est très différent de la première section, avec un sol qui tape davantage, plus vallonné aussi avec quelques relances. On recherche, dès qu’il s’en présente, les bas-côté herbeux pour ménager les articulations, la route est encore longue qui nous ramènera à bon port…

La première conche se présente, celle de Saint-Palais. Je me mets à l’eau rapidement pendant que les trois princesses procèdent à de laborieux préparatifs. Je tente le crawl, répété cet été à l’occasion d’une baignade sur la Côte Sauvage qui avait donné des résultats plutôt encourageants. Mais le poids mort des chaussures me tire vers le fond et je n’arrive pas à gérer la respiration, j’ai le cœur qui monte dans les tours, je crois que je commence à me noyer bien tranquillement. Je bascule sur la brasse, en alternant brasse et brasse coulée plus ou moins maîtrisée, mais là encore je me tape trop dedans pour peu de résultat en terme de progression. Il ne me reste plus que la nage indienne pour m’en sortir…

À mi-traversée, je suis repris par les trois autres, Isa dans une brasse impeccable, puis Fred dans un pseudo crawl des plus comiques, et finalement Sylvinox qui lutte en brasse elle aussi. On sort de l’eau, puis course dégoulinante jusqu’à la conche suivante, celle de Nauzan, où le même scénario catastrophe se produit, je sors de l’eau deux bonnes minutes après les autres. La dernière traversée, à Pontaillac, nous conduit devant le casino où nous attend notre assistance. On mange un gros coup de nouilles pour avoir le temps d’assimiler sur la section VTT qui nous fera traverser la presqu’île du Sud au Nord.

Après un départ rock’n roll à forcer le passage au milieu des automobilistes courroucés par un tel manquement aux règles élémentaires du code de la route, nous enquillons sur du goudron, des chemins empierrés, des chemin herbeux au milieu des champs pour rejoindre le port de Mornac. Dès que c’est roulant, on se met en formation, et quand c’est plus technique c’est chacun pour sa peau, alors Fred et moi on se fait plaiz en appuyant un peu sur les pédales et on stationne ensuite aux embranchements pour attendre nos Divas qui cancanent à l’arrière. Fin de la section, nos assistants Mado, Alain, Eric sont là, à l’heure, avec les deux véhicules, au bon endroit. Ce sont des pros qui ont repéré plusieurs fois le trajet pour ne pas faillir le jour J.

Je fais un ravito express et commence à trottiner devant, parce que j’appréhende d’être à la ramasse sur cette section à pied, dans un cheminement très exigeant sur un sol défoncé, à travers une végétation parfois envahissante et agressive, au milieu des parcs à huîtres et des marais. Les trois autres décollent du ravito peu après, je les entends bientôt papoter derrière. J’arrive à ne pas mollir et garder le rythme. Fred joue de l’accordéon : il vient me recoller puis rejoint le groupe des filles à plusieurs reprises. Le soleil tape dur, la chaleur est bien installée. Une immersion pour traverser un chenal se présente, je me jette à plat ventre dans la vase pour ramper vers l’eau qui apporte un rafraîchissement bienvenu.

Fred me rejoint une nouvelle fois et me dit que les filles, derrière, sont un peu en difficulté, elles souffrent de la chaleur, de crampes, voient des petites étoiles… C’est vrai que ça fait un moment que je n’entends plus le son de leurs voix en arrière-plan musical, mais j’étais concentré à fond sur le bout de mes pompes avec comme objectif de tenir sur le même rythme avant de me faire reprendre, le plus tard possible, par la patrouille. Nous finissons ensemble, avec Fred, par une dernière traversée natatoire qui conduit au départ kayak.

2

Philinox nous cueille à la sortie de l’eau : les filles sont à la ramasse à plus de 5mn derrière, leur allure est très lente, il suit leur progression en direct avec Mygéolive sur sa tablette 4G dernière génération. Il nous conseille alors de scinder le groupe initial, ainsi que les 2 véhicules d’assistance, et de partir ensemble, Fred et moi, sur le premier canoë, les filles poursuivront ensemble l’aventure. Il ajoute que les coureurs devant perdent pas mal de temps sur les ravitos et que si on enquille assez vite, on devrait pouvoir les reprendre à brève échéance. Ni une, ni deux, on arrache sandwiches, bananes et bouteille d’eau des mains de nos assistants et on saute dans la barcasse. Contrairement à Lili qui s’était, à grands cris, aquatiquement verticalisée le long de la cale à son embarquement une demi heure plus tôt, le nôtre se passe sans encombre et nous souquons bientôt à grands coups de pagaie double en direction de l’estuaire.

Sans bourriner outre mesure, nous gardons une bonne allure et une bonne trajectoire, sauf pendant les instants où on grignote à tour de rôle, laissant l’autre gérer les circonvolutions du bateau fou. Au bout de 35mn, les fanions repères sont en vue, ils nous indiquent le bras adéquat dans lequel on s’engage, et qu’on remonte un petit moment. Avant de débarquer, je tenterai un coup de gondole qui ne manquera pas de terroriser Fred, trop peu romantique à mon goût.

Le canoë déposé, on attrape les bécanes pour une section VTT assez courte et roulante. N’ayant plus les princesses à gérer, on appuie sur les pédales. Lorsqu’on arrive au chenal de la Tremblade, le kayak prévu pour traverser n’est pas là ! On déniche finalement Françoise empêtrée dans la vase au milieu des bateaux et des cordages sur la rive en face, qui nous raconte des histoires de crevaisons multiples. On lui répond qu’on s’en fout et qu’elle nous renvoie le transbordeur illico. Thierry apparaît à son tour avec le canoë qu’il nous envoie en ligne droite, le courant étant nul à ce moment.

On va faire une traversée express : on charge les 2 VTT, je nage à côté pour amener les machines en face, les dépose sur la pente vaseuse, renvoie le canoë à Fred qui le rattache au piquet pour les suivants, avant de traverser à son tour à la nage. On grimpe le talus, regagne la route et attaque la dernière ligne droite. On croise Alain, notre assistant, qui venait à notre rencontre pour filmer la traversée. Caramba, trop tard ! Avec les filles, depuis le matin, on ne l’avait pas habitué à boucler les sections VTT aussi vite. Il fait demi-tour et enquille à notre suite vers le point d’assistance.

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Je me ravitaille très vite : une barre, des granulés d’arnica, un comprimé anticrampes, beaucoup d’eau et je démarre, sans attendre Fred, la longue section course à pied qui suit. J’avance à un petit rythme et il me reprend assez vite. Je ne veux pas lui imposer mon train de sénateur et lui propose de filer devant. Et bien, il le fait, l’animal ! Je le vois rapetisser devant et rejoindre, puis dépasser, au loin, le duo Françoise Thierry. Deux traversées aquatiques permettent de rabaisser la température. Avant de me mettre à l’eau, je range soigneusement, dans la poche arrière trouée de mon short, le mini Snikers que je gardais en réserve. Je ne le reverrai plus…

Je me rapproche relativement vite du duo que j’ai en point de mire, à tel point que je me demande si Françoise n’est pas en train d’exécuter des pas de smurf dans ma direction. Je les rejoins, Thierry s’émerveille devant des traces de pas et de fouissage de sanglier dans les claires. J’ai du mal à partager son enthousiasme alors je file devant, à la poursuite du Fred en short rouge. Thierry se tape plus tard une petite accélération pour remonter à ma hauteur, après le pont sur la Seudre, puis il attend Françoise en bouinant dans le sable à la recherche de jolis coquillages, alors que j’attaque la plage. La mer est basse, alors je tente de couper au droit comme je l’ai vu faire à Erik, en filmant l’an passé. Mais le sol est moins homogène avec des passages de flaques ou de sol spongieux. Je ne pense pas avoir gratté grand-chose. Finalement j’atteins les roseaux, au Galon d’Or, comme un automate déglingué.

Je prends le temps de vérifier les qualités de masseuse de Mado, mon assistante en lui confiant le soin de remettre en état mon genou, entre les deux bandelettes égyptiennes du plus bel effet que je porte depuis le matin. Fort de ce réconfort, après avoir avalé un dernier ch’tit sandwich au jambon, je saute sur mon VTT. Départ sur un single-track en partie rubalisé par l’Organisation, pas toujours bien roulant dans les montées en sable mou. Lorsque j’arrive aux roseaux, je suis accueilli par des hurlements de bête féroce. En suivant la rubalise rouge, je me dirige dans cette direction pour tomber dans un marais où je m’enfonce jusqu’aux genoux. Ça ne peut pas être par là, je fais demi-tour pour finalement trouver la musse qui part à l’équerre.

Un cri primal me glace les sangs : Lili la Crampe, empêtrée dans cette bauge à sangliers jusqu’aux cuisses, vient de s’affaler à plat ventre dans les excréments et manque de dégueuler. Son compagnon, Toine en a jusqu’au nombril et ne lui est pas d’un grand secours ; ils tentent de s’extraire avec des bâtons posés à plat, qui souvent cassent sous leur poids. Lili monte le ton, Toine prend assez cher… Je les hèle en les informant que le tracé passe dans ma direction. Je leur demande s’ils ont besoin que je vienne les aider à sortir de ce marécage. Pas de réponse, l’ambiance est électrique, je les laisse finalement régler ça en couple (je me dis que s’ils s’en sortent vivants, cet épisode resserrera des liens entre eux) et je file à l’anglaise…

Je m’applique à suivre les consignes bizarroïdes du boss pour rester sur le parcours pendant le single-track : rubalise rouge : c’est bon, verte : c’est la mauvaise direction, une bande de confettis : on ne traverse pas, quand on tombe sur la signalétique jaune : on suit le tracé. Pas d’erreurs, c’est plaisant, je veille à ne pas trop envoyer pour ne pas m’exploser dans un arbre, ou bien péter mon dérailleur sur une souche, j’ai donné y’a pas longtemps… Finalement j’arrive au sommet de la grosse dune qui domine la plage de la Côte Sauvage. C’est à cet endroit que la course avait eu maille à partir l’an passé avec un dangereux fou psychopathe qui voulait foutre tout le monde en prison parce qu’on esquintait la dune. Mais comme Philippe l’avait autorisé la veille au briefing je me tente quand même la descente direct sur la plage.

Ça queute rapidement, je bute sur un mur de sable vertical de plusieurs mètres, je ne veux pas tenter le franchissement improbable qui se terminerait inévitablement par une jambe à l’équerre, une clavicule dans le sac, ou bien une poignée de frein plantée dans le cerveau, alors je longe un long moment la crête dans le sable mou et les ronces, jusqu’à trouver le raccord avec l’itinéraire officiel, où on peut descendre facilement sur la plage, quelques mètres en contrebas.

Je rejoins le sable dur et entreprends de dégonfler mes pneus. Pas de souci pour devant, par contre pour le pneu arrière le produit anti-crevaison a coulé dans la valve, empêchant l’air de sortir. Je me dis que ça va être chiant, que je vais galérer, mais je n’ai pas le choix, je suis obligé de rouler gonflé. Je lance la machine et me retrouve assez vite grosse plaque et deux ou troisième pignon. En fait, le sable est suffisamment dur et c’est un atout de n’avoir pas pu dégonfler, ça me permet de rouler entre 22 et 25 km/h. Cette section s’annonce super bien : ça envoie du steak, le cadre est magnifique, il me reste même un peu d’eau dans le bidon que j’ai oublié de remplir au dernier ravito…

Il y a encore beaucoup de touristes qui profitent du soleil en ce premier week-end de septembre. Je traverse les zones très fréquentées à donf, slalomant entre les baigneurs qui remontent ou descendent à la mer, qui m’aperçoivent au dernier moment en tournant comme des toupies sous l’effet du déplacement d’air. Je franchis les ruisseaux d’écoulement des baïnes sans ralentir, dans des gerbes d’eau, et me tente même parfois des sauts pour passer les plus profondes, avec certaines réceptions un peu borderline.

Un moment, je me laisse embarquer trop à droite et me retrouve prisonnier d’une langue de sable qui finit coincée entre l’océan et une baïne. Je jette un œil à gauche pour jauger l’itinéraire qu’il me faut rejoindre et quelle n’est pas ma surprise de voir un cycliste en short rouge qui progresse au milieu des baigneurs. Putain ! C’est Fred ! keskifoula ? Je pensais ne plus le revoir avant l’arrivée… Rapidos, je charge mon vélo sur l’épaule et entreprends de traverser la baïne, de l’eau jusqu’aux cuisses,  pour rejoindre son tracé. Je remonte sur du sable dur et mets tout à droite, j’arrive dans son dos à 25, j’en rajoute même une louche avant de le passer pour lui mettre un gros vent. Il ne m’a pas vu venir et avance péniblement à 15, la bouche grande ouverte, en recherche d’air. En le doublant, je lui lance : « Eh, Fred, tu pensais pas t’en tirer comme ça ? ». Je ne lui laisse aucune chance de prendre ma roue et bientôt je ne suis plus pour lui qu’un petit point à l’horizon.

Le sable est vierge de toute trace de pneus. La section se termine sur un rythme aussi plaisant, je n’ai à mettre pied au sol qu’une seule fois, sur une centaine de mètres lorsque je rencontre une zone en gros graviers. Finalement je rejoins le phare de la Coubre après une longue poussette dans le sable mou pour franchir la dune. Mes assistants sont fidèles au poste, agréablement surpris de me voir arriver le premier au terme de cette section. Je profite une nouvelle fois un long moment des talents de masseuse de Mado avant d’aller attaquer le phare.

J’arrive au pied de l’édifice et prononce le mot magique qui nous ouvre l’accès à l’escalier de 300 marches. En pénétrant dans le phare, j’entends l’hôtesse d’accueil, dehors, qui hurle à sa collègue, dans le bâtiment en face : « J’ai mon premier InoXman! » elle se pâme : « Il est torse nu ! » Avec tous ceux qui vont débouler derrière, affûtés et affublés comme des gogo dancers, elle se prépare un bel après-midi d’extases.

Pendant qu’on lui administre des sels, j’entreprends la montée, sur un bon rythme, marche après marche, l’œil rivé sur mes chaussures, en m’interdisant de regarder vers le haut, afin que l’interminable colimaçon ne me mette une claque au moral. J’arrive en haut, un dernier raidillon et j’accède à la plate-forme. Un tour rapide, en jetant l’œil alentour, le panorama vaut l’effort consenti, bien que je pense qu’il doit y avoir plus court pour rallier le phare depuis La Palmyre, qu’on  n’est pas obligé de faire tout ce chemin à pied, en nageant, à VTT et en kayak… J’entreprends la descente en prenant garde à ne pas écraser ou précipiter dans le vide quelques touristes empruntés que je double ou croise dans l’escalier. Vers le bas, je tombe sur mon Fred, explosé, assis sur une marche pour reprendre son souffle. Il est dans un sale état…

Il ne me reste plus qu’à attaquer la dernière section de cette longue journée de tourisme hardcore. Les cinq coureurs que j’ai doublés sont arrivés quand je quitte le site du phare. J’ai peu d’avance sur eux et pense être repris en course à pied sur la plage. Je pars en trottinant. Vu qu’il est assez tôt (16h30 environ), j’arrive à me persuader que si j’arrive trop vite, je vais trouver Bonne Anse trop en eau et qu’il va me falloir nager beaucoup pour la traverser. C’est donc complètement déculpabilisé que j’alterne marche et courtes sections de course. Le temps passe, et je ne suis toujours pas repris. En regardant derrière, je vois bien, un moment, une silhouette esseulée – sûrement Fred – mais qui ne gagne pas de terrain. Personne d’autre à l’horizon ! Je me dis alors que si je fais l’effort de courir un peu plus, je devrais pouvoir résister à la charge des 15 pitbulls affamés lancés à mes trousses et franchir le premier la ligne d’arrivée.

J’arrive enfin au drapeau à partir duquel nous étions partis le matin et pique droit dans l’eau vers l’école de voile. L’Organisation avait évoqué de l’eau jusqu’aux genoux, en fait j’en ai jusqu’au menton en marchant sur la pointe des pieds. Si ça ne descend pas beaucoup plus, pour les gens de petite taille, cette traversée ça va être « compliqué » (cf J.O. London 2012 commentateurs franchouillards). Je reprends pied sur le sable et claudique vers le chenal. Traversée dans une nage improbable, en évitant les cuillers des pêcheurs alignés sur le bord en face. Sorti de l’eau, comme un bon petit soldat je récite ma leçon : 90° sur la droite en direction de la contrepointe pour rester sur du dur, face à l’entrée je pique dans la vase vers le port, dernière immersion.

La température de l’eau est fraîche et je dois gérer des crampes aux mollets que j’avais pourtant pris soin de dissimuler habilement entre tibia et péroné. Je vire entre les bateaux, le comité d’accueil est là, dernières agitations et je prends pied sur la cale du port, au bout de 9h54 d’efforts non-stop, franchissant finalement le premier la ligne d’arrivée de cette édition.

Bientôt, les groupies affluent pour poser à mes côtés ; c’est la rançon du succès…  Il faut savoir gérer, feindre la décontraction liée à l’habitude…

Classement

Sur un InoXman, c’est pas parce que tu franchis la ligne le premier que tu es vainqueur de l’épreuve, puisque tout le monde ne part pas à la même heure. L’idée, c’est que l’ensemble des coureurs arrivent à peu près en même temps, avec des départs calculés en fonction des possibilités de chacun.

Perso, pour mon heure de départ, j’avais fait confiance aux compétences de vieux maquignon de Philinox l’organisateur, apte à juger une bête d’un coup d’œil, même s’il s’agit d’un vieux sanglier de réforme qu’on mène à l’abattoir.

Mon temps de course me classe 4ème au scratch sur 16, résultat improbable mais bien réel qui peut s’expliquer par la conjonction de divers paramètres, certains dépendants de ma volonté, d’autre pas…

Ce qui a joué en ma faveur :

Le faible taux de participation à l’épreuve cette année : 16 coureurs, alors que ça peut grimper à 25 certaines fois.

Plusieurs prétendants sérieux au podium qui naviguaient en duo avec un équipier moins performant et ont dû tourner en sous-régime : Gilles avec son fils Hugo, Didier avec son frangin Pit et Thierry avec sa moitié Françoise. J’ai réussi à tirer mon épingle de ce jeu des familles.

Les conditions caniculaires qui ont fait tomber comme des mouches des bêtes de course mal hydratées, comme Pierrot ou Fred. Certains sont arrivé plus de deux heures après l’heure estimée de fin de course à 18h. Il a même fallu dépêcher un escadron de nageurs de combat de la Gendarmerie Nationale pour escorter les princesses Sylvinox et Isa dans leur traversée de Bonne Anse. Tandis que Philinox, aux commandes du Zodiac dégonflé se portait au devant de Gilles et Hugo pour assurer leur sécurité dans cette ultime épreuve. Il sera d’ailleurs vertement accueilli par l’ado, en galère toute la journée depuis la première épreuve du matin, par un : « Si tu crois que je vais monter dans ton truc… ». Un mental de finisher !!!

Les paramètres que j’ai correctement gérés :

Je me suis régulièrement alimenté et réhydraté (5 à 6 litres pour la journée) et j’ai pris de bonnes médecines pour calmer les douleurs aux genoux. J’ai pris soin de mon VTT pendant l’épreuve, gardant en mémoire les bons conseils de tonton Ju : « croise pas ta chaîne » « allège dans les descentes » « fais gaffe aux branches dans ton dérailleur ». J’avais également bien préparé ma machine : chambres anti-crevaison, élastique neuf pour tenir ma poignée de frein brinquebalante, graissage de la chaîne.

Podium

Si le règlement avait été appliqué stricto sensu, j’aurais même pu prétendre à la troisième marche du podium. En effet, l’autre Oliv, le local, qui finit troisième, n’a pas fait l’intégralité du parcours, il s’est fourvoyé dans la partie single track en VTT après le Galon d’or. Mais comme il argue avec une véhémence non simulée que le trajet qu’il a suivi était beaucoup plus long et beaucoup plus difficile que celui balisé par l’Organisation, je me vois mal, humainement parlant, porter réclamation. Cette incroyable quatrième place constitue déjà le parfait hold-up !!!

Et un grand merci à mon assistance : vous avez vraiment été à fond toute la journée…

 

13 Réponses

  1. BRAVO ! T’es une machine. Tu dois redonner espoir à tous les déglingos du monde !
    EUH maintenant le miracle ne se renouvellera sûrement pas, alors profites de ces moments inespérés pour organiser ton jubilé…

  2. bravo Oliv, mais est-ce glorieux d’être le plus grand quand on se surnomme « les Dalton » ? Pas sûr… Et c’est peut être un « écrin protecteur de vase » qui t’a manquée au HRP pour protéger tes pieds ?
    Encore bravo !

    • T’as raison, Alamo
      Quand je redescendrai dans les Pyrénées l’année prochaine pour réussir la traversée, je ferai un crochet préventif par Bonne Anse.

  3. Hello Oliv ,

    Bien vue pour le compte rendu comme pour la prose,
    Tu devrais publier, ça se lit comme les romans à l’eau de rose de chez Arlequin.
    En tout cas bravo pour ton savoir-faire que tu sais faire savoir…
    à très bientôt pour de nouvelles aventhures
    el fakir

    • Putain ! moi qui me défonce à faire des phrases interminables à la Marcel Proust, tu compares mon style à du Barbara Cartland…
      Merci pour le compliment…

  4. c’est nikel on sait que ce WE on pourra compter sur toi pour nous tracter à l’elastok quand on s’ra mort !
    ju

  5. Prose tout aussi magnifique que la perf ,l’ambiance et l’etat d’esprit de cet inoxman 2012 !!!
    A+ BEA

  6. Que de regret de n’avoir pu faire cette edition kolector
    Merci pour le recit : j’y était…
    Alain L’Optimiste

  7. A la ramasse la moitié de la journée, je viens de m’apercevoir que je me suis « gouré » de carburant ……………..il fallait de la bonne humeur et surtout courir torse nu ………..ou à poil, ça n’aurait pas dépareillé les plages !. Je croyais être habitué à la chaleur, ben non !!!. Pourvu que l’an prochain il fasse un temps de cochon…..heu, de breton…………et il y en aura qui feront moins les malins ou les gondoliers !. Bon, c’était une super journée MERCI PHILINOX Pierrot le Breton et Evelyne la Bretonne.

  8. merci oliv de nous faire revivre cette journée
    bravo a tous!!!
    nous assistants avons vraiment passé un « BON MOMENT » pour nous c ‘était une première et nous sommes déjà prets pour l ‘an prochain
    sans oublier les massages bien sur et la camera pour alain
    et finir par une bonne soiree chez sylvinox et philinox

    mado et alain

  9. A te lire Oliv , on sent toute la jubilation à boucler cet INOX .
    Rappelle toi certaines éditions où je t’ai connu moins fringant…
    Félicitations pour ta résurrection.

    Supergirl.

    Merci à Sylvinox et Philinox pour leur accueil

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