DoloNice : avent’hures nature en août 2010


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Août 2010. Le plan c’est : via ferrata dans les Dolomites, la Mecque de ce sport de pleine nature. Là où tout à commencé, il y a bien longtemps. Sont de la partie : Magic Daniel, Oliv, Kikos, Lydie (pour la logistique, parce qu’en délicatesse avec ses genoux), ainsi que Hugues, un grimpeur Charentais, qui participe à cette occasion à sa première avent’hure.

Après de nombreuses heures de route, nous traversons le célèbre Val Gardena et atteignons enfin, dans l’après-midi, le passo (col) Sella, lieu de départ de la première via que nous projetons d’entreprendre. L’inévitable orage de bienvenue bastonne autour et nous écoutons les conseils avisés de randonneurs rencontrés au bord de la route-parking, qui nous dissuadent d’aller traîner en altitude sur les versants exposés aux foudres célestes en cette fin de journée. Nous nous rabattons sur un p’tit coup d’escalade sur des couennes au Passo Sella.

Le lendemain, malgré un temps incertain, nous partons relativement tôt pour la via ferrata des Mèisules, l’une des plus verticales des Dolomites.

Passages raides, équipement minimaliste, difficulté soutenue, gaz très présent dans le mur vertical de 200m de la première partie. Suffisamment de prises pour n’utiliser le câble que pour l’assurage et pas pour la progression.

Au final, 700m de dénivelé positif, un plantage d’itinéraire à la redescente qui nous en colle pour deux heures supplémentaires de crapahut.

Une belle journée pour commencer. On dort à l’arrache dans les véhicules, sur un petit parking dans un lacet de la route touristique.

Le lendemain, nous attaquons la via ferrata Brigata Tridentina, sous le passo Gardena. 300m de dénivelé. Une paroi assez verticale, pourvue de nombreuses prises permettant de ne pas tirer sur le câble.

Des échelles vertigineuses, une passerelle au dessus de l’abîme, peu de passages réellement athlétiques mais un parcours soutenu et gazeux que les nuages, montant plus vite que nous, nous empêcheront d’apprécier à sa juste valeur. Une redescente évidente, à cavaler dans les pierriers.

Après avoir été longuement contrôlés sur la route par les carabinieri à la recherche d’on ne sait quoi, nous migrons en direction de la Via ferrata attrezzata Cesare Piazzetta, au passo Pordoi. Cette via, très athlétique au début, avec un pas sélectif à 7 m du départ, voit sa difficulté progressivement diminuer, pour se terminer par des gradins débonnaires qui mènent au sommet du Piz Boè, à 3152m, après 900m d’ascension. 

La pluie étant de la partie, la difficulté en est encore plus corsée. Le tire-câble est incontournable dans ces conditions. Un ferratiste italien, que nous avions doublé dans la marche d’approche, restera au sol, les bras explosés,  à nous regarder grimper, avant de s’en retourner, n’ayant pas réussi à triompher des premiers mètres de la via. Dans le haut, une passerelle nous permettra de faire les guignols. Au sommet, nous sommes dans le vent, la purée de pois. Il fait quelques degrés au dessus de zéro. Nous doublons quelques randonneurs qui sont montés par le téléphérique du Sass Pordoi. Certains, en short, claquent un peu des dents et sont pressés de rentrer. Au cours de la descente, nos chemins se séparent, les plus trempés d’entre nous décidant de redescendre par les moyens mécanique, l’autre moitié de l’équipe à donf dans les pierriers, faisant de nouveaux émules auprès de deux anglais déposés en route, qui nous rejoindront dans la cavalcade en lançant des grands cris de gamins. Petit plantage encore dans l’itinéraire de retour, qui nous fera descendre trop bas. Mais permettra qu’on se la donne dans de grandes parties de glissades en K-way dans les pentes herbeuses trempées. On se retrouve aux véhicules, on se met en slip le chauffage à fond, le tos libérant son eau à qui mieux mieux, et on prend des nouvelles de la météo. Ben, ça risque d’être encore pire demain. Comme si c’était possible ! On décide de migrer vers Cortina d’Ampezzo, le fief du grand guide Angelo Dibona, plus à l’Est, afin de s’en tenter encore une ou deux si la météo le permet.

La pluie n’arrête pas de tomber, mais le lendemain matin le ciel assez dégagé nous incite à entreprendre la via ferrata Giovanni Lipella.

Une originalité : après la marche d’approche, la via débute par une galerie hélicoïdale de 150m de dénivelé qui nous permet de passer sur la face Ouest. Nous pouvons voir quelques restes d’échelles en bois, vestiges des premiers équipements. Nous allons parcourir toute la journée une paroi d’un grande ampleur. L’ ambiance est assurée, avec parfois quelques passages enneigés. Presque 1200m de dénivelé, avec beaucoup de traversées, sur des grandes vires exposées plein gaz, souvent sans assurage.

Des passages en gradins, un amphithéâtre colossal sur la fin.  On se sent tout petit dans cet environnement. La via se termine à 3225m, au sommet de la Tofana di Rozès, l’un des plus beaux et des plus hauts sommets des Dolomites. Nous sommes comme d’hab’ en plein brouillard.

On croise un couple de Tchèques embarqués dans une rando qui risque de mal finir. Madame parle de mourir, jette ses bâtons de marche, invective son mari plus bas, nous appelle à l’aide. Dans un charabia d’anglais on lui explique que peut être elle ne va pas mourir, c’est pas obligé. Mais qu’il seraient bon qu’ils fassent demi-tour, que le très mauvais temps pointe le bout de son nez, qu’ils n’ont pas emporté de vivres. Des Tchèques sans provisions…

Après ces bons conseils, on les plante là, et on part en cavalant dans la descente, doublant deux couples d’Italiens hilares, baignant dans un nuage de fumée de cannabis. La descente, une fois de plus, nous permet de faire de beaux tout droit dans les pierriers, shuntant les innombrables lacets du chemin de retour.

La pluie s’est de nouveau installée. Il est temps de faire un petit bilan. Nous adhérons peu à l’ambiance générale qui domine ici : rigueur prussienne (on se demande même s’ils ne passent pas la tondeuse sur l’herbe dans les montagnes), grosses bagnoles bling bling (ambiance Gstaadt). Des touristes qui prennent une photo vite fait de tous les parkings, voire à travers la vitre de la bagnole. Et quand même quelques randonneurs, grimpeurs ou ferratistes au milieu de tout ça.

Pendant toute cette semaine, les apparitions du soleil sont de courte durée, le temps est souvent couvert, nuages, brume, brouillard. Il pleut tous les jours, l’orage gronde autour à plusieurs reprises. Les prévisions annonçant des conditions se dégradant encore, nous décidons alors de nous replier sur Nice, là où nous avons vécu l’année dernière une expérience inoubliable, pour explorer de nouveaux canyons. Notre choix se porte sur la vallée de la Roya, dans l’arrière-pays Niçois, à la frontière Italienne.

Sur la route vers la France, nous faisons une pause lavage-baignade dans le célébrissime  lac de Garde, où nous avons la chance inouïe de voir remonter un banc de saumons.

Nous atterrissons dans la vallée de la Roya en pleine nuit, et dormons une fois de plus à la ouaneugaine sur un parking, au bord de la route qui emprunte la vallée, le long de la rivière. Le lendemain, Hugues se procure du matériel individuel de canyon, puisque cette activité n’était pas prévue au programme initial. Pour débuter cette session, nous descendons la Clue de la Maglia, sur les hauteurs de Breil-sur-Roya, parfois décrit comme « le plus beau canyon de France ». Aquatique, avec un niveau d’eau constant, très ludique. Ce canyon étant assez fréquenté, nous venons butter régulièrement sur des groupes qui effectuent un saut ou un toboggan. Ca n’est jamais pénible, l’attente étant de courte durée, et l’avantage est de ne pas avoir à sacrifier l’un d’entre nous pour vérifier la propreté de la réception dans la vasque, pas toujours appréciable du haut (présence de rocher immergé, de tronc d’arbre coincé, mouvement d’eau délicat…). Ce canyon étant très bien équipé, nous pouvons doubler ces groupes à l’occasion du rappel suivant, grâce à notre technique rapide, quoi que pas systématiquement orthodoxe…   

Notre appareil photo numérique étanche, qui nous suit habituellement dans nos expériences aquatiques ayant décidé de se mettre en stand-by, nous avons dû gérer avec un appareil normal dans un bidon étanche. Ce qui donne moins de souplesse d’utilisation et explique que nous ramenions peu d’images des canyons, à fortiori des canyons très aquatiques. Car c’est souvent dans les moments les plus « rock and roll » qu’on a envie de prendre un cliché, mais comme ce sont aussi les plus inconfortables, on n’a pas toujours le temps, ni l’envie, de déballer tout le tos…

Après une journée de break consacrée à la logistique et au repérage, avec un p’tit coup d’escalade pour certains, nous attaquons la Bendola, un des plus longs canyons d’Europe (15km, 1400m de dénivelé). Trois mots pour le décrire : éloignement, difficulté, engagement. Donné en 14 heures, sur deux jours, avec un bivouac à l’intérieur. Nous voulons l’enchaîner dans la journée, alors nous démarrons au soleil levant, à 6 heures, à partir de la ligne de crêtes, sur la frontière Franco-Italienne, où nous avons bivouaqué dans le vent, après avoir imposé à nos véhicules des dizaines de kilomètres d’errance sur des pistes défoncées. Ce canyon est très sauvage, engagé. On est coupé du monde, sans possibilité d’assistance à brève échéance, alors la vigilance est relevée d’un cran. La première partie se déroule dans des grandes verticalités, la fin est constituée de nage dans une succession interminable de biefs d’eau froide. On ne rencontre aucun humanoïde mais on croise pas mal de serpents de toutes tailles, qui fuient à notre approche, ainsi que quelques carcasses de gibier mort. La descente se déroule sans accroc, avec une inévitable lassitude sur la fin. Nous mettons beaucoup moins de temps qu’annoncé pour descendre le canyon, mais, n’ayant pas pris la précaution de consulter la carte IGN avant de partir, on se craque à la sortie et on se fait 3 heures de marche supplémentaire, à grimper et descendre dans la pampa, pour retrouver, à la nuit, le véhicule navette, au lieu de la grosse demi-heure prévue sur le topo. On est bien claqué au terme de cette journée d’une quinzaine d’heure d’efforts ininterrompus, et Lydie gère l’abominable navette retour avec quatre compères endormis, peu doués pour soutenir une conversation…

Le lendemain, nous quittons le site de bivouac « des Casernes », sur la crête pour regagner les hauteurs de Breil-sur-Roya, afin de descendre le vallon de Morghé, un affluent de la Maglia.

De grandes verticalités, une succession de rappels, avec une cascade de 58m en point d’orgue. La descente est très peu aquatique à cette époque de l’année, mais la fin, qui se déroule en partie dans la Maglia après un dernier grand rappel dans une gorge étroite où nous retrouvons le fracas de l’eau, nous contraint à emmener aussi le haut de la combinaison.

Le jour suivant, Daniel et Hugues entament le chemin du retour, pendant qu’Oliv, Kikos et Lydie subissent l’orage toute la matinée. Le temps semblant se stabiliser en début d’après-midi, nous décidons d’en tenter un dernier, pour la route.

Notre choix se porte sur le vallon de Neuciora, un canyon très sauvage, quasiment sec, avec un équipement obsolète et minimaliste, qui ne nous laisse pas un souvenir impérissable, mis à part le dernier grand rappel pendulaire de 58m, que nous effectuons avec une corde donnant d’évidents signes de lassitude…

Tout un tas de photos de ces expés : http://h.chaillot.free.fr/DoloNice/

Un mix d’image sur les via ferrata des Dolomites :

Quelques images sur les canyons de la vallée de la Roya :

Le bêtisier du séjour, par Hugues :

3 Réponses

  1. C’est extraordinairement beau parce que c’est incompréhensiblement inutile. Bravo pour ces belles images qui nous sortent de nos plaines poitevines… Un fainéant comme moi, assumant généralement son « anti-sportisme » (c’est nouveau) primaire en perd ses convictions. Les photos sont très belles, le récit passionnant. On ne sait pas si les Tchèques sans provisions sont morts ? Si les italiens cannabisés ricannent toujours ? Encore bravo !

  2. 10 jours passés au coté des Flying, belle expérience. Après un A/R dans le tunnel du Fréjus et une période d’acclimatation de 6 minutes environ je me suis intégré dans le groupe, partageant la purée commune. Malgré les défaites d’Oliv » aux échecs, de Kikos dans la descente des pierriers et de Dany dans les 5+ ils ont accepté de me garder dans le groupe (je ne leur ai pas trop laissé le choix et le public votait pour moi).
    Plus sérieusement, un grand merci pour votre accueil durant ces vacances qui se sont avérées finalement assez courtes.

  3. toujours aussi fous…. mais qu’est ce que vous me donnez envie
    bisous a tous

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