Nos amis les bêtes : Erik, l’homme de fer


LA CLASSE !  Erik champion du monde de TRAIL 2011

Erik, champion du monde de trail 2011, 4ème à la Diagonale des Fous 2010 pour sa première participation, ex-triathlète de haut niveau, a participé à plusieurs reprises au mythique raid des flyings et à deux reprises au mythique Ironman d’Hawaii.

Il nous fait ici le récit de l’édition 2005, sa deuxième participation…

contreplongee

Présentation rapide de la bête :

Prénom : Erik

Surnom : Le Viking

Biotope : La côte ouest

Espèce : Bionique

Variété : Unbreakable

Age : La vingtaine bien entamée au moment des faits

Qualité : Gros mental

Hobbie : l’entraînement

Son site perso : http://eriksports.blog4ever.com/blog/index-9350.html

Hawaii 2005
 

Hawaii 2004. C’était la première fois. Des rencontres avec les meilleurs et avec les groupes d’age, des liens qui se créent, le partage d’une même passion dans La Mecque de l’univers Triathlon. Après la première participation, il reste toutefois quelques regrets: « J’aurais pu faire mieux etc. », mais surtout lorsqu’on revient en France, une seule envie… celle d’y retourner !
En 2005, j’ai tenté ma chance une nouvelle fois. Je suis allé à Nice pour la qualification, et malgré un résultat assez éloigné de mes espérances, je n’ai pu cacher ma joie de décrocher le « slot » tant attendu.
Alors à partir de ce moment, c’est le grand bonheur : 4 mois me séparent de mes retrouvailles avec l’île qui nous fait tous rêver… Hawaii !
Oui, quatre mois pour récupérer et se ré entraîner… parfait… Je commence par un mois et demi de récupération, et dès les premiers jours d’août, c’est le début d’une nouvelle phase d’entraînement dans ma saison. Au programme des deux mois qui suivent, ce sera enchaînement longues sorties, « stage » vélo seul dans des régions de France que j’aurai le plaisir de découvrir, mais ce sera aussi un travail axé sur deux points qui m’ont déjà joué de mauvais tours : la nutrition, mon gros point faible, et l’amélioration du mental notamment la concentration.
Le temps passe vite au début, puis à l’approche de la compétition, devient interminable dans l’impatience de se retrouver « enfin » dans l’ambiance Hawaïenne découverte l’année passée.

ENFIN ! 8 octobre : départ pour Hawaii… Je pars cette année avec Céline, mon amie.
C’est un grand plaisir de retrouver dans la salle d’embarquement les visages connus de Bruno Mercier, un ami de La Rochelle, ou de Marc Védrinelle, rencontré pour la première fois un an plus tôt sur l’île.
La journée se passe très bien… 12 heures d’avion jusqu’à San Francisco ! Puis l’après-midi visite des rues de San Francisco dans la bonne humeur avec toute une bande de triathlètes heureux ! Alcatraz, Golden Gate, les rues de San Francisco, le port et ses phoques, autant de lieux historiques que nous pouvons admirer sur notre passage.
Après une bonne nuit, c’est la dernière ligne droite…

Dimanche 9 octobre : départ de San Francisco pour 5 heures d’avion jusqu’à KONA ! Les portes de l’avion s’ouvrent et une bouffée de chaleur nous accueille ! NOUS Y SOMMES !!!
Le reste de la journée se partage entre montage du vélo, essai de celui-ci et décontraction au bord de la piscine après avoir fini de s’installer dans l’appart’.
D’ailleurs ce sera une agréable surprise de découvrir nos colocataires, Sandrine et Damien. Damien Latger, l’unique français qui avec moi représente la catégorie des 25/29 ans. Il est en train de rouler avec les pros lorsque nous découvrons, Céline et moi l’appartement situé à 2 km du centre.
Lundi 10 : La journée commence tôt. Je pars rejoindre le groupe d’entraînement à 8 heures pour faire un Hawi / Kona à vélo, 85 km vent de face. Le retour vélo de l’Ironman en somme ! Belle occasion de renouer avec les champs de lave et le vent de l’île… bref une matinée assez solide… surtout si on en juge par l’état de la peau rougie sous le soleil !
Pour récompense, la piscine avec Céline Sandrine et Damien, puis un petit tour du coté du centre ville pour découvrir les devantures parées des couleurs de l’Ironman et garnies d’articles en tous genres à l’effigie de l’épreuve… « Business is business » !

Mardi 11 : Nous allons enfin goûter à l’eau du Pacifique et à ses quelques 24/25°C ! Ce qui devait être une petite demi heure d’acclimatation dans les eaux d’Hawaii se transforme en 45 bonnes minutes de natation avec Damien sur le parcours de la compète’ !
L’entraînement terminé, nous allons chercher notre dossard tranquillement, le tout en Anglais, c’est a dire la débrouille pour certains… la galère pour d’autres (hein Damien) ! Enfin rapidement nous ressortons avec notre bracelet orange fluo… signe distinctif de notre enrôlement dans la galère !
Après quelques magasins nous rentrons en stop, à quatre à l’arrière d’un pick-up, vers notre appartement pour nous reposer et profiter de la piscine…
Pour cette soirée, Hannes, notre agence de voyage spécialisée pour l’Ironman d’Hawaii, nous concocte une soirée bien agréable à bord d’un bateau. Au programme, danses hawaiiennes, repas accompagné de musiques et chants de l’archipel.

Mercredi 12 : La journée passe assez vite puisque dès le début de l’après-midi a lieu la grande parade, où nous devons défiler derrière la bannière « France » en compagnie d’une majorité d’athlètes. Pour nous représenter, René Rovéra dans sa voiture de 9ème l’an passé, ainsi que les autres pros et catégories d’age. Cette petite balade nous fait traverser la rue principale de Kona, Ali’i Drive, qui servira d’arrivée samedi et se termine sur le village Ironman, là où le business reprend ses droits ! C’est d’ailleurs là que nous passerons une bonne partie de l’après-midi, à visiter les stands et à récupérer quelques souvenirs…
La soirée se termine par un petit footing nocturne, le moment le plus agréable pour ne pas fondre sous la chaleur !
Jeudi 13 : Nous avons pris le rythme : natation le matin, après-midi calme à la piscine, puis le soir la pasta-party, grande fête où le repas se déroule agrémenté de danses hawaiiennes et de la présentation d’athlètes et de films de l’épreuve mythique.

Vendredi 14 : J-1 !
Le rituel des veilles de compétition dicte le programme de la journée. Je pars, avant que la chaleur ne soit trop forte, faire un petit tour vélo de 30 minutes, pour vérifier que la machine est ok… ne surtout pas faire de dernier réglage, ils sont faits. Il s’agit juste de se rassurer. Le vélo roule bien : deux-trois accélérations pour « sentir » ses jambes… Tout va bien… le vélo pourra être posé dans le parc sans appréhension. La petite balade vélo s’est déroulée sans soucis et Céline m’accompagne maintenant pour un aller et retour au « Pier », l’embarcadère de Kona qui sert pour l’occasion de parc à vélo et de point de ralliement pour triathlètes. Je viens y faire une dernière petite natation toute en glisse, ou du moins quelque chose qui s’en approche plus ou moins…!
L’après-midi s’annonce excitante, c’est l’heure de la pose des vélos dans le parc, la découverte du site presque entièrement installé, et les premières immersions dans l’épreuve… le début du stress d’avant course. Les sacs de transitions vélo et course à pied sont vérifiés une Xième fois. Les différents autocollants et plaque de cadre placés aux bons endroits et c’est parti en direction du fameux parc… Nous commençons par une vérification du casque réalisée par un premier bénévole, puis la vérification du vélo par un second qui colle un autocollant avec le « M » de IronMan signalant l’aptitude technique du vélo. Un 3ème note notre numéro de dossard pour confirmer le passage et le dépôt du vélo. Enfin nous arrivons devant l’arche d’entrée du parc où nous attendent d’autres bénévoles dont la mission est de nous accompagner dans le parc et de nous le présenter. C’est un Hollandais qui me sert de guide et qui m’amène en premier à l’emplacement de mon vélo (que je dépose après une toute dernière vérification). Mon guide m’emmène ensuite vers les crochets où nous devons suspendre notre sac de transition. Je l’accroche après l’avoir bien entendu vidé entièrement une dernière fois pour vérifier son contenu : chaussures, maillots, ravitaillements, chaussettes, lunettes… c’est bon, tout y est !
C’est après avoir été briefé sur le parcours à emprunter dans le parc par mon guide Hollandais, que je me décide à le quitter.
De retour à l’appartement, l’esprit enfin libre, je pars avec mon amie faire un petit footing de veille de compétition, comme le veut « ma » tradition, pour décontracter les jambes, et peut être aussi pour décontracter l’esprit !
Le dernier repas… des pâtes ! Comme les jours précédents d’ailleurs ! Un petit massage avant un dernier dodo, parce que le lendemain, réveil 3 heures 45 !

Samedi 15 : Jour J !!!
Petit déjeuner bien copieux pour partir le ventre plein, et nous voilà en route avec Damien et nos copines direction le Pier avec en main notre bonnet et nos lunettes de natation. C’est reparti pour un petit défilé devant les bénévoles (ils sont au total 4 à 5000 pour 1800 concurrents !). Le premier inscrit notre âge derrière le mollet droit, 25 ans pour moi, 26 pour Damien. Plusieurs nous indiquent où nous diriger pour une meilleure fluidité, deux autres tatouent notre numéro de dossard sur les avants bras. C’est avec mes deux gros 1-7-4-4 que je prends le couloir qui mène au parc.
Nous retrouvons là une toute dernière fois notre vélo. Nous gonflons les pneus, puis remplissons les gourdes, puis… enfin le rituel normal d’avant Ironman !
Il est 6h30, les pros sont à l’eau, et je cherche vainement parmi les spectateurs un visage connu, pour un dernier mot d’encouragement.
6h45. Après avoir écouté l’hymne américain, les pros s’élancent au lever du soleil. Quant à nous, 1700 groupes d’âge, nous descendons silencieusement sur la petite plage avant de nous avancer dans les eaux du Pacifique.
L’animateur commente le départ des pros alors que nous nageons lentement vers la ligne de départ. Les minutes s’égrènent, les hymnes officiels sont rechantés une fois encore. L’avertissement des dernières minutes est annoncé. La tension monte et nous nous impatientons. Pan ! Le départ tant attendu.

depart-natation-ironman-hawaii

L’eau de l’océan se met à bouillonner et, s’élevant et redescendant au gré de la houle, le paquet grouillant s’étire lentement en direction du bateau faisant office de bouée à 1900m de là. Bien qu’ayant pris un départ que je croyais rapide, je me fais légèrement enfermer. Néanmoins, après quelques coups reçus mais aussi donnés, je réussis à me créer une place tranquille au sein de la « meute ». L’ensemble de la natation se passe bien. Malgré les quelques triathlètes qui zigzaguent et qui me percutent, tout est ok.

transition-natation-velo-hawaii

C’est seulement au bout de 1h et 13 minutes que je sors « enfin » de l’eau. Effectivement j’aurais, au vu de mes entraînements, imaginé sortir dans les 1h05, mais ce n’est pas grave. Ce ne sont que quelques minutes de plus que prévu et la journée est longue, il me reste encore du temps pour compenser ce retard !
Après une transition assez bien réussie au cours de laquelle je me change complètement (c’est la stratégie choisie), je prends mon vélo et m’élance pour les 180 km de champs de lave et de bain de soleil ! Les poches remplies de ravitaillement me permettant de faire l’ensemble du vélo en autonomie et de me consacrer uniquement à mes ravitaillements en liquide, je pars à l’assaut de la longue colonne de cyclistes qui s’étire devant moi. En effet si la natation est mon point faible, le vélo en contrepartie est l’un de mes points forts ! C’est ce qui me permet habituellement de doubler grand nombre de triathlètes (ils seront 750 aujourd’hui à me voir passer!).

velo-ironman-hawaii

Parti sur un bon rythme, je n’ose même pas regarder ma moyenne au compteur, je me contente de rester concentré sur mon alimentation (gels et bananes), et sur ma gestion de course. Effectivement, avec l’expérience de Kona 2004, j’ai réalisé qu’il est plus bénéfique de produire mon effort sur certaines portions du parcours et de récupérer sur des portions plus roulantes. Je roule donc en souplesse jusqu’au 80ème kilomètre, tout en ayant déjà doublé énormément de concurrents, dont Marc Védrinelle. Celui-ci ne manque pas de me crier un encouragement, que je lui retourne bien évidemment.
Nous sommes alors juste avant les 13km de montée vent de face qui nous mènent à Hawi, le lieu de demi tour du parcours vélo. C’est dans cette portion que je dépasse les derniers petits paquets de triathlètes, car j’ai décidé de « faire » la montée sur Hawi, de manière à pouvoir récupérer dans la descente, qui me permettra de rouler à 60 km/h sans quasiment le moindre coup de pédale ! Les longues lignes droites qui s’étalent devant moi sont maintenant bien plus désertes que celles de l’aller. Je poursuis mon effort sans puiser dans mes réserves, sans la moindre fatigue apparente, tout en me ravitaillant régulièrement. J’avale les kilomètres les uns après les autres avec régularité, regardant mon compteur de temps en temps pour connaître la distance restante.

Vers le 140ème kilomètre, peut-être une légère lassitude, peut-être les côtes, peut-être un décalage de quelques minutes dans mon alimentation, une légère faiblesse se fait ressentir. Je reprends vite une portion de banane avant qu’il ne soit trop tard. Une dizaine de kilomètres plus tard, ça repart, les jambes reviennent. C’est au kilomètre 160 que je double Bruno Mercier, le « challenger » de ma région Poitou-Charentes, avec lequel j’ai fait le voyage Paris-Hawaii. Nous arrivons en vue de l’aéroport.

Il ne reste plus que 15 km.
Je sais que maintenant la partie vélo est gagnée, la fin du circuit est très roulante. A la vue de mon compteur, je n’en reviens pas, je vais descendre sous les 5h00 à Hawaii ! Depuis quelques kilomètres déjà , je calcule de tête la moyenne qu’il me faut réaliser pour faire 5h… et à priori c’est une moyenne tout à fait jouable… je suis aux anges !

virage-velo

On rentre dans Kona. C’est bon, aucun pépin technique, pas de défaillance, voilà une très bonne chose de faite. Je pose le vélo et regarde ma montre… si je retire la natation, j’ai apparemment fait le vélo en 4h50/4h55 : assez énorme ! C’est avec du baume au cœur que je fais ma transition, beaucoup plus rapide que l’année dernière, 2’50 » contre plus de 8′ !
Je repars sans perdre de temps pour la dernière étape, le marathon… 42,195 km à pied sous un gros soleil… et après quelques efforts !
Les premières sensations sont très positives. J’attaque Ali’i Drive, sur les bases de 3h05, pour un aller- retour d’une quinzaine de kilomètres. Je pars avec l’esprit conquérant et me dis que coûte que coûte, cette fois-ci je courrais ! Les kilomètres passent. Je reprends Laurent Lagier (nous nous encourageons mutuellement) puis Benjamin Landier. Je ne manque pas un seul des ravitaillements mis à notre disposition tout les kilomètres et demi.

C’est alors qu’arrive le moment tant redouté. L’endroit où je me suis assis en 2004, vers le 8ème. Un ravitaillement. Comme à mon habitude, un gel et deux à trois verres d’eau pour me rafraîchir et m’hydrater. Quelques minutes plus tard j’ai le ventre en vrac. Le gel que j’avais trouvé un peu chaud m’arrache l’estomac. Je continue tant bien que mal, mais, ne pouvant me retenir, je vomis une fois, puis deux, puis quatre ! Je n’ai plus rien dans le ventre, je suis sans force.
Les Français que j’avais rattrapés me reprennent. Je n’ai qu’une envie : atteindre le ravitaillement suivant, où je mange une banane et me réhydrate. Puis, à très faible allure, courant avec peine, j’atteins le suivant. Je vais ainsi de ravitaillement en ravitaillement. Au bord de la route, une chaise laissée libre par un spectateur. Je m’étais juré de ne plus jamais m’asseoir… mais la tentation est trop forte… juste trente secondes ! Les trente secondes s’écoulent vite et je reprends mon courage à deux mains pour repartir doucement… jusqu’au prochain ravitaillement.
Le carburant arrive progressivement aux muscles et ça redémarre doucement mais ça redémarre. Je me rapproche lentement du centre de Kona. Céline court quelques mètres avec moi en m’encourageant. Je reste concentré pour essayer de reprendre mes esprits. « La » côte, celle qui remonte Palani Drive, 400m de souffrance. Puis le déclic. La côte a du me faire du bien ! Les sensations reviennent petit à petit, mais n’est-ce pas trop tard ? J’ai déjà perdu énormément de temps… peut être 10′, peut être plus… Je reprends mon allure, continue à faire le plein de carburant à chaque ravitaillement. 20ème kilomètre. L’allure est maintenant élevée. Après le coup de barre de la première moitié, ma foulée s’allonge, j’ai l’impression de m’envoler, l’impression de pouvoir aller toujours plus vite, comme dans les grands jours !

marathon-ironman-hawaii

La route jusqu’à Energy Lab passe vite. Elle est malgré tout ponctuée d’une petite anecdote. Lors d’un ravitaillement, alors que je plonge ma casquette dans une bassine à éponges, une bénévole me menace de disqualification ! Oui, de disqualification ! En effet d’après la traduction que je fais de son anglais, elle m’annonce qu’il est INTERDIT de plonger une casquette dans la bassine ! Allons donc, on ne me l’avait jamais faite celle-là ! Voyant que je ne comprends rien, elle me laisse repartir. Je continue donc ma route, en évitant d’utiliser les bassines mises à notre disposition mais dont on ne peut se servir pour tremper une casquette !
Mais j’arrive bientôt dans la zone que tout le monde craint… mais pas moi, peut-être pour l’avoir traversée sans souci l’année dernière ?!?
Cette portion redoutée commence par un passage plutôt agréable : descente avec en contrebas l’océan. C’est là que je reviens sur Bruno. La différence de vitesse entre le moment ou il m’a doublé et maintenant est surprenante ! Se présente ensuite une portion de plat avant le demi-tour. C’est le moment des ravitaillements personnels… Pour moi, rien de prévu ! Les tables garnies mises à notre disposition me suffisent largement. Je poursuis mon retour avant d’arriver au « mur de l’Ironman ». Ce « mur », c’est le moment clé du marathon, le 30ème kilomètre. Il se situe ici en faux plat montant avec vent dans le dos, et c’est la canicule. Nous sommes, qui plus est, aux heures les plus chaudes de la journée et nous avons déjà plus de 8 heures d’effort dans les jambes. A droite comme à gauche, rien que des champs de lave noire. Le soleil nous accable de sa chaleur, mais ce n’est pas tout… la chaleur monte aussi du bitume surchauffé. Ce n’est pas l’enfer… mais ça y ressemble singulièrement !

Malgré tout, je digère ce passage sans trop de mal, et ne tarde donc pas à rejoindre la Highway. Maintenant, je sais qu’il me reste une quinzaine de kilomètres de ligne droite, agrémentés de quelques côtes, les mêmes qu’à l’aller. C’est une file quasiment ininterrompue que je croise sur le retour.
Depuis le vingtième kilomètre, les bonnes sensations sont revenues. Je double des triathlètes les uns après les autres, mais il y en a toujours devant ! Puis, sur cette longue route du retour, alors qu’il reste 10 kilomètres, c’est Laurent Lagier que je rattrape. Je ne manque pas de l’encourager, lui qui, lors de ma grosse défaillance m’avait soutenu. Il me signale, 100 mètres devant, la présence de Benjamin Landier, avec qui je suis sorti du parc vélo. Motivé, je reprends encore confiance et accélère le rythme… mais il reste encore plusieurs kilomètres. Je reviens vite sur le français, mais trop distrait par ces « adversaires » du moment, j’en oublie de rester concentré sur la gestion de ma course. J’absorbe rapidement mes ravitaillements, trop rapidement sûrement.
Maintenant me voilà revenu dans la course, mais il reste 4 à 5 kilomètres, et un Ironman n’est terminé que lorsque l’on franchit la ligne d’arrivée. Spécialement à Hawaii où les conditions ne pardonnent pas la moindre erreur !

fin-ironman

Je rentre bientôt dans la ville de Kona. L’arrivée est à 3 kilomètres. Je m’accroche mentalement mais je souffre physiquement. Voilà le résultat de mes derniers ravitaillements pris avec trop de hâte. Une bonne leçon pour mes prochaines compétitions… rester concentré jusqu’à la ligne.
Dernière côte. Elle est dure, mais je tiens la cadence. Le nombre de spectateurs augmente sur le bord de la route. Me voilà en haut de la dernière difficulté. Il ne reste maintenant plus que 1,5 km avec une grande descente que j’entame. C’est elle qui nous a tous tant fait souffrir dans l’autre sens au 15ème km ! Ma foulée s’emballe. Encore quelques places à grappiller et l’arrivée est toute proche. En bas de la descente, il ne nous reste plus qu’un petit tour pour rejoindre Ali’i Drive. C’est là que je revois Céline qui ne m’attendait pas de si tôt après mon passage calamiteux au 14ème km ! Elle me tend le drapeau français qu’elle m’a fabriqué pour l’occasion, mais je n’ai pas la force de le prendre. Cela m’obligerait à faire quelques mètres supplémentaire et je finis tellement au moral que je préfère me ruer vers l’arrivée !
Je rejoins enfin la dernière ligne droite : 500m au dans la rue principale. Je suis encouragé de toutes parts par des « Good job ! ». Cette ligne droite paraît bien longue. C’est alors que je réalise ! Je vais à nouveau terminer L’Ironman d’Hawaii ! Je m’offre le luxe de doubler encore deux concurrents sur ce final. L’arrivée est là, plus que 100 mètres ! Je pénètre sur le tapis bleu imprimé du « M », symbole de l’épreuve. La joie m’envahit et je savoure alors le résultat de tant d’efforts et de sacrifices. Quelle récompense !

ligne-arrivee-ironman-hawaii

La foule massée derrière les barrières me félicite, me tend les mains : 9h26′, je passe sous l’arche d’arrivée. C’est un temps excellent pour moi et pour la dose d’entraînement que je me suis imposée.
Jamais je n’aurais pensé réaliser un tel temps sur un parcours comme celui-ci.
Classement général : 121ème sur 1800. Parmi les 120 triathlètes devant moi, 60 professionnels. Et ce résultat avec seulement 15 heures d’entraînement par semaine alors qu’à mon niveau on ne retrouve que des athlètes à 20/25 heures par semaine. C’est un résultat plus qu’encourageant…
Un temps de 9h26′, avec une natation en 1h13′, alors que les meilleurs nagent en 50′ ! Je sais malgré tout que j’ai de gros progrès possibles à faire dans cette discipline. Gagner 10 bonnes minutes ? Oui, c’est tout à fait réalisable. Cela me permettrait de sortir bien mieux classé de l’eau… et d’éviter d’avoir à doubler plus de 700 cyclistes !
Une partie vélo en 4h51′, c’est tout simplement magnifique ! Je pense avoir tiré le meilleur parti de mon volume d’entraînement. Pour progresser encore, c’est possible, mais il me faudrait davantage de temps pour rouler un peu plus…
Un temps de 9h26′, avec un marathon en 3h15′, alors que je perds presque 15′ pour des problèmes dont il reste à déterminer la cause : digestion, stress, ou peut être simplement baisse de concentration. Marathon en 3h15′, alors que les professionnels courent en 2h55′. Ce 3h15′ comme je l’ai couru, cela vaut peut-être 3h00 sur une course parfaite. Mais la course parfaite… pour y arriver, il me faudra encore travailler, je le sais.

La ligne d’arrivée franchie, la fatigue s’abat sur moi et je ne peux m’empêcher de m’effondrer. Mes jambes ne me tiennent plus, elles ont fait leur travail ! Deux bénévoles me supportent et me déposent sur une chaise, 15 mètres après l’arrivée. Je profite de ce premier instant de repos. Je reste assis quelques minutes. Céline est de l’autre coté des barrières. Pour la rejoindre, je me décide enfin à me lever, et avec l’aide d’un bénévole, je longe le couloir qui me mène dans l’enceinte où nous aurons à notre disposition tout ce qui est nécessaire pour récupérer au plus vite. Je retrouve enfin Céline, nous partageons notre joie.
C’est avec elle que je passe directement sous la tente où nous récupérons ma médaille ainsi que mon tee-shirt imprimé du « Finisher » pour lequel nous courons tous !
La médaille autour du cou, je m’arrête ensuite pour la photo officielle, sous la banderole « Ironman World Championship ».
Je rencontre au passage Kalei, mon ami rencontré l’année dernière, chef de la sécurité du King Kamehameha Hôtel, et nous échangeons une accolade pour fêter ce beau résultat. Je me dirige ensuite sous la tente où je me jette sur quelques parts de pizza pour me re-remplir l’estomac avant de trouver une cabine téléphonique pour joindre mes parents en France et leur annoncer la nouvelle. Il est 16h50 à Hawaii, soit avec les 12 heures de décalage avec la France, 4h50 là-bas ! A ma grande surprise, je ne les réveille pas ! Ils m’ont suivi en direct sur le site officiel de l’Ironman qui retransmet en « live » l’épreuve. Mes parents ont ainsi pu connaître tous mes temps de passage en direct, et ils ont vu la vidéo de mon arrivée en temps réel ! Je ne leur ai donc pas appris grand chose et ils connaissaient déjà la performance réalisée !

Après quelques minutes de débriefing téléphonique avec mon père, je retrouve le parc d’arrivée pour enfin me diriger vers les tables de massages via la tente de réanimation. C’est avec une grande surprise que je découvre là de nombreux athlètes, la plupart recouverts d’une couverture de survie voire même sous perfusion.
Quant à moi, un massage me suffira. Je m’allonge sur une table libre ou une kiné me masse durant une bonne demi-heure. Je m’endors presque sous l’effet de la fatigue et des massages !
Le massage terminé, le corps ayant un peu récupéré, je me dirige à nouveau vers le ravitaillement où je croise les athlètes français que je connais : Bruno, Laurent, Marc, Damien, Olive, Nicolas Tabarant et Petotot… On reparle forcément de l’épreuve, des conditions, des résultats, des faiblesses… de tout !
Nous prenons le temps de discuter, d’apprécier les instants d’après course, alors que nous sommes tous encore sous le coup de la fatigue.
18h30, Damien a terminé sa séance massage. Un peu déçu de sa course, il nous rejoint Céline et moi, et accompagnés de Sandrine, nous décidons de rentrer à l’appartement pour une bonne douche bien méritée, un bon repas… des pâtes pour ne pas changer, et une bonne petite sieste. Juste une petite sieste, avec en tête l’idée de revenir pour acclamer les derniers arrivants, ceux qui partis comme nous à 7 heures du matin, feront tout leur possible pour franchir la ligne d’arrivée avant minuit, heure limite fixée par l’organisation pour des raisons de sécurité… sachant qu’il est impossible de passer sitôt minuit passé ! Cruel, oui, mais il faut un règlement…
A 20 heures le réveil sonne, mais la fatigue est trop grande et nous abandonnons l’idée d’aller encourager les derniers athlètes.

Dimanche 16 octobre :
La nuit a semblé bien courte. C’est pourtant après 14 heures non-stop de sommeil que nous nous réveillons !
Ce soir, c’est la « Award Party ». La cérémonie qui verra les meilleurs de chaque catégorie récompensés. C’est une soirée grandiose avec victuailles et boissons à volonté, qui se déroule dans la bonne humeur et avec tous les triathlètes.
En attendant, nous profitons du reste de la journée avec Céline pour visiter les alentours de Kona.
Nous allons ainsi visiter le « Cap’tain Cook Monument », situé dans la baie où le capitaine anglais se serait fait tuer par des autochtones.
Le rendez-vous est à 18 heures pour la cérémonie, nous ne perdons donc pas de temps pour revenir. Nous y allons avec Damien et Sandrine. A 18 heures précises, nous retrouvons les autres triathlètes français dans l’enceinte du banquet de clôture ou une table nous attend.
Après s’être copieusement servis, nous nous attablons pendant que le speaker commence son animation.
Quelques films sont présentés. Nous pouvons ainsi voir des séquences sur l’avant compétition, sur la course des professionnels, puis sur celle des « age group », c’est à dire les catégories d’âge, sans oublier les bénévoles.
La soirée de clôture se déroule ainsi dans la bonne humeur, un brin de nostalgie dans le cœur de devoir donner fin à ce rêve, qui, durant toute une année, nous a fait vivre, nous a motivé, a pris une grande partie de notre temps. Nous y avons pensé longtemps, et maintenant cela se termine.
Malgré tout, c’est avec motivation que je continuerai à m’entraîner, pour revenir, pour réaliser d’encore meilleurs résultats.
L’Award party se termine et entre triathlètes, nous continuons la soirée pour profiter le plus longuement possible de cette expérience.

Lundi 17 octobre :
L’épreuve est terminée, bientôt nous devrons rentrer, mais avant, il nous reste quelques jours pour récupérer de l’épreuve et profiter un peu de ces paysages qui s’offrent à nous.
Hawaii, une île qui fait rêver beaucoup de gens. Une île souvent comparée au Paradis sur Terre.
Pour beaucoup Hawaii, c’est soleil, plage et cocotier.
Pour moi ainsi que pour beaucoup d’autres triathlètes, bien qu’Hawaii soit une île magnifique, son nom reste dans notre tête un aboutissement. Hawaii, pour un triathlète, est synonyme d’Ironman.
Hawaii, c’est LE mythe.
Je réalise qu’aujourd’hui j’ai terminé 121ème de ce mythe. Mais je reste persuadé que je peux encore parcourir du chemin et réaliser une performance encore meilleure.

Alors Hawaii, à bientôt !

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