Nos amis les bêtes : Yankell, c’est fou !


Parti bosser à la Réunion en août 2005, Yankell, concurrent sur plusieurs éditions des raids « flyings », s’est rapidement dégotté une place pour la mythique Diagonale des Fous qui se déroulait quelques semaines plus tard. Il finira 77° lors de cette première participation et repiquera au truc l’année suivante en améliorant son classement (59°), Il en fait un court récit ci-dessous.
Pour sa troisième participation (la dernière dit-il ?), à l’édition 2007, il finira 32°, tout simplement !
En lire le compte-rendu hyper détaillé, en deuxième partie de cette page.

Mais jusqu’où s’arrêtera-t-il ?

ile-de-la-reunion

Présentation rapide de la bête :

Prénom : YANKELL

Surnom : YKL

Biotope : ILE DE LA REUNION

Espèce : DEBROUILLARD

Variété : TRES DEBROUILLARD

Age : La petite trentaine au moment des faits

Qualité : Prépare des apéros de toute beauté

Hobbie : Globe Trotteur

v-de-la-victoire

Que faisiez vous le vendredi 20 octobre 2006 à 1h du matin ???

 
Les uns dormaient, certains étaient au départ comme spectateur ou comme serre-files, les autres étaient plus sagement devant leur écran d’ordinateur ou prêts à pianoter sur leur clavier de téléphone portable… moi, j’étais à 1h du matin en tee-shirt et en short à Cap Méchant (Ile de la Réunion) accompagné de 2400 raideurs plus ou moins affûtés sous une très légère bruine !
5, 4, 3, 2, 1, c’est parti pour la 14ème édition de la diagonale des fous, 2ème participation pour ma part. Certains d’entre vous ont suivi mon évolution, mes coups de barre, mes transitions « éclairs » aux postes de ravitaillement… et m’ont même encourager tout du long. Ca fait un bien immense de recevoir un sms à 1h ou 2h du matin quand on est en plein cœur de Mafate ou un coup de fil vers 14h quand on monte depuis déjà 2h le Taïbit et qu’il reste encore une heure de marches à gravir pour atteindre le sommet et plonger dans le cirque sauvage de Mafate.
Merci à zot tout !
 
Point stratégiques pour les intéressés :
L’année dernière, je fais 77ème et cette année dans Mafate je flirte avec la soixante dixième et quatre-vingtième place. Pas en grande forme mais suffisamment pour poursuivre l’aventure à allure pépère, je rallie Aurère (108km en 81ème position avec une groupe de 5/6 fous vers 22h). Nous décollons plus où moins ensemble pour une descente nocturne et rocailleuse vers Deux Bras. Certains de mes coachs de métropole et de la Réunion me proposent d’arriver avec le petit groupe à Deux Bras et de faire la « transition repos » ensemble pour attaquer ensemble la montée mortelle de Dos d’Ane et limiter les dégâts jusqu’à l’arrivée.
Je choisi une autre option (plus risquée semble-t-il mais qui peut rapporter plus…). Je fais alors la toute première partie de la descente d’Aurère avec le petit groupe et finalement décide d’attaquer. Je leur prends un puis 2 puis trois virages. Je fais fumer le galets. Mes jambes et mon entre-cuisses me demandent pardon mais je file dans la nuit bondissant de roches en cailloux, doublant au passage 4 à 5 concurrents. Deux Bras est à vue et les lueurs des mes anciens partenaires de ravitaillement sont encore à mi-pente. Peut-être 5 à 10 minutes d’avance. Il faut en profiter, je sais qu’ils sont plus costauds que moi en côte. Je me fais pointer à Deux Bras fais le plein d’eau, double une bonne dizaine de concurrent en train de se faire masser, de se reposer, de se ravitailler, avale 2 bouchées de rougail saucisse et zouuu, je replonge dans l’obscurité vers la montée infernale de Dos d’Ane. Je sais que ça va être difficile mais il faut se lancer. Je lutte tant bien que mal, me fait reprendre par 4 concurrents mais parvient à Dos d’Ane mi titubant après 2h30 de lutte. Il ne faut pas lâcher. Encore une montée d’une heure et demi et c’est de la « descente » jusqu’à l’arrivée. 2h du matin, j’enchaîne après 10 min de repos. Débute alors un véritable calvaire. C’est la fatigue qui me gagne totalement. Je suis là haut la pluie tombe, il fait toujours nuit, le vent est fort, il fait froid, les yeux me piquent et se ferment de fatigue… c’est dure. Une dizaine de concurrent me double alors que moi, j’avance péniblement. J’essaie de mettre un pied devant l’autre mais c’est dure. Je m’endors en marchant au point d’en tomber, tête dans l’herbe. Sursaut d’orgeuil, coup de téléphone, je me relève, c’est dure et le kiosque d’Affouche ne se montre pas. Ca monte, ça descend… des marches encore des marches. De la boue, ça glisse…. J’intercepte au passage des renseignements auprès des fous qui me doublent pour demander la distance jusqu’au kiosque. 2km, 1km…Y’en a marre … puis enfin : un bruit. Des voies dans la nuit. J’y suis. Je connais bien le parcours après. Même si je souffre je sais que c’est roulant et que mes adversaires ne me doubleront plus autant qu’ils viennent de le faire. Je décide de me dormir 10 min chrono pour ne pas prendre plus de risques jusqu’à l’arrivée. Dringggg ! Réveil en sursaut, je bois mon 40ème (60ème peut-être) verre de coca et repars en même temps que 4-5 fous. Hélas pour eux, les douleurs de mes jambes, de mes pieds et de mon entre-jambes me font toujours douloureusement souffrir mais ma tête connaît ces 13 derniers kms. Le jours se lève, je dépose le petit groupe et « courant » d’une foulée certainement pas très académique, je grignote, 1 puis 2 puis 3 places… L’arrivée approche, je double à nouveau, ça fait du bien.
En bas, tout en bas, au bout de 143 kms de course-marche, 8712m de dénivelé, l’arrivée est là au bout du stade de la Redoute… Ouf !

La suite vous la connaissez : 59ème en 30h20’20″.

Bilan physique : des yeux explosés par la fatigues, très légers échauffements au niveau du dos à cause du frottement du sac, de la glaise sur les main et sous les ongles, un entre-jambes à vif, en sang, un haut de mollet/ genou droit strapé mais atomisé à cause de fibres probablement déchirées, sept ongles de doigts de pied pulvérisés et une ampoule de 6×4 cm au pied droit.
Sinon, tout va bien ! Un grand soulagement de conclure cette épreuve en pensant à certains fous encore au début de Mafate en train de lutter à leur tour.

sieste

Encore merci à tous pour votre soutien. Je vous assure que c’est un véritable réconfort et appui qui n’est pas négligeable.
Merci et à vous de jouer pour la 15ème édition de LA DIAGONALE DES FOUS !
 

YKL, octobre 2006

gros-dodo

 

La Diagonale des Fous 07 vue de l’intérieur

globe

Le Grand Raid 07 avait commencé pour moi à Auckland. Au moment de s’inscrire pour cette « Diagonale des fous », j’étais en effet parti barouder autour du monde depuis six mois, sac à dos. Le premier obstacle à franchir, avait donc été de constituer le dossier d’inscription. Et je savais que seuls 2300 noms seraient retenus au hasard parmi toutes les candidatures.
Pour résoudre ce premier problème et fournir les pièces exigées (sans quoi pas de course) j’avais fait confiance à Laetitia, mon amie restée au cœur de l’Océan Indien. Manque de bol, à la case c’était le vide astral pour trouver une photo d’identité. C’est donc de Nouvelle Zélande que je lui avais adressé, collée sur une carte postale, une photocopie de la photo d’identité de mon passeport.
Cette manip de la dernière chance me vaudra l’honneur de proposer à l’organisation l’un des portraits les plus pourris des participants.
Bref, le dossier fut remis en bonne et due forme et quelques semaines plus tard j’avais le plaisir de décrocher le fameux dossard au tirage au sort. Plaisir d’autant plus grand que Daf et Christophe mes deux grands copains raideurs de la Réunion étaient aussi retenus.
Je ne dirai pas que mes randonnées avec mon gros sac à dos autour du monde étaient axées sur la course à venir mais il m’était arrivé d’y penser en traversant l’Île de Pâques, dans les Sounds de Nouvelle Zélande ou sur l’Altiplano bolivien.

reverie
Hélas, ce qui aurait éventuellement pu ressembler à une pseudo préparation, d’ailleurs bien souvent en altitude, s’était interrompu pour les vacances d’été sur la côte Royannaise. Au programme farnienté, beach-tennis, surf et soirées avec les copains n’avaient pas laissé de temps pour la course à pied.
Bien rangé au fond de ma tête, ce Grand Raid 2007 approchait cependant à grand pas. Les autres concurrents et notamment mes dalons raideurs (équipiers NDLR) avaient probablement débuté les sorties en montagne sur leur île. Pas évident de toute façon pour moi d’en faire autant avec les dénivelés à La Palmyre…même si, pour le fun, j’avais participé aux 12km de Vaux/mer et fini laborieusement sous le cagnard la course sur route de St Augustin.

Jour J – 47

sommet

Nous sommes maintenant le 3 septembre 2007. Je suis de retour sur l’île de la Réunion. Le Grand Raid dit « Diagonale des Fous » s’élancera le 19 octobre et l’entraînement n’a toujours pas débuté !
Il reste donc un mois et demi soit exactement 47 jours avant le jour « J ».
Sachant que par tradition et en toute logique (il parait que les recherches l’ont prouvé…) la dernière semaine est consacrée au repos, il ne reste donc plus qu’une quarantaine de jours pour préparer ces 150 km de montées/ descentes et ces 9000 m de dénivelé positif.
En d’autres termes, durant ces 150 km tu grimpes de 9 km et tu descends par conséquent de 9 km… ce qui n’est pas toujours plus aisé ! A peu de chose près, c’est l’ascension puis la descente de l’Everest… De quoi laisser songeur…
Quelques semaines avant le départ, on annonce une modif de l’itinéraire : une partie du sentier de l’effroyable descente du coteau Kerveguen s’est effondrée et ne sera pas praticable. Un ouf de soulagement pour certains car ses échelles vertigineuses et son inclinaison en faisaient frémir plus d’un. Moi j’aimais bien pourtant, j’y doublais des dizaines d’adversaires… Tant pis.
Le problème est déplacé car il faut toujours descendre à Cilaos. Alors pour ça, le gentil organisateur opte pour le prolongement du coteau Kervéguen jusqu’au gîte de la Caverne Dufour (au pied du Piton des Neiges) et descente par le Bloc. Descente un peu moins traumatisante pour les genoux mais allongement de la distance d’une poignée de kilomètres avec augmentation du dénivelé. De toute façon on n’a pas le choix…
On est donc le 3 septembre et il va falloir s’y mettre !
Je chausse ma paire de Salomon XA Pro 3D fraîchement achetée en métropole, je sangle mon petit sac à dos et c’est parti pour une première sortie entre Boucan Canot et La Saline. Au bout d’une heure et demie de footing, c’est l’ennui qui me gagne et je renonce au retour à pied. Ca sera du stop pour rentrer à la case, j’en ai marre ! C’est pas gagné…
L’expérience que j’ai accumulée au cours de mes deux premières Diagonales me fait opter pour une préparation légèrement différente. Je sais que je ne peux plus tabler sur une préparation longue, étalée sur plusieurs mois. Il serait absurde aussi d’envisager une accumulation de sorties dans le temps limité qui me reste, ne disposant pas d’assez de temps pour récupérer. J’opte donc pour la qualité et non la quantité. Ca m’arrange bien car j’aime pas trop beaucoup courir. C’est vrai, au bout d’un moment je m’ennuie !!!
J’axe donc ma préparation sur des sorties pas forcément super longues mais avec du dénivelé. Au programme on retrouvera ainsi 4 descentes/montées Dos d’Ane/Rivière des Galets (3 km et 700 m de dénivelé positif). Le cumul de toutes mes sorties (12 au total ) ne s’élèvera qu’à 30h. De quoi faire sourire les connaisseurs !!!.
Pas de chance, foudroyé par une grosse grippe, la fièvre m’oblige à laisser filer une semaine sans entraînement. Cela réduit encore un peu plus ma préparation. L’arrivée de mon frère Erik une semaine et demie avant le Grand Raid me permet de bénéficier d’une compagnie motivante pour mes deux dernières sorties.
Les 4h de course à petite allure raideur effectuées tous les deux lors de la 1ère sortie semblent peser lourd dans les jambes de mon Ironman de frère peu habitué à ce genre de terrain. Les courbatures, les jours suivants, lui donnent un aperçu des efforts à fournir pendant au moins 30h. Quelques passages vertigineux l’impressionnent aussi.
Trente heures, c’est en effet le temps que j’ai passé sur les sentiers aux éditions précédentes.
Au vu du retard pris à cause de ma grippe et du ras le bol pendant l’une de mes sorties dans le Cirque de Mafate, que j’ai du reste écourtée, une partie du parcours me reste inconnue. C’est pourquoi nous décidons alors avec Erik de marcher deux jours dans Mafate avec le matos de bivouac et les vivres pour repérer cette dernière boucle une semaine avant l’heure fatidique. Nous parcourons ainsi environ trente kilomètres à raison de neuf heures par jour. Marche façon randonnée sportive, harnachés de nos sacs à dos accusant chacun 17 à 18 kg et contenant le matériel de couchage, la nourriture et l’eau. Nous en suons pendant 2 jours ! Les sensations sont quand même bonnes et la fatigue absente.

sentier
Terminé ! Maintenant c’est repos à fond. Orteils en éventail sous les cocotiers , bains de soleil sur la plage et baignades dans le lagon. Arrêt de la prise de glucides de J-6 à J-3 et stockages de réserves sur les 3 derniers jours pour pouvoir surcompenser .

ultrabrite
Accompagné de Laetitia et Erik qui constituent à la fois mon staff technique, mes dévoués supporters , et mon équipe médicale (…) , je me rends à Saint Denis au Stade d’arrivée de La Redoute afin de récupérer mon dossard. Une heure d’attente plus tard je prends en main le « 1641 », deux ou trois souvenirs distribués par les sponsors de l’épreuve ainsi que les tee-shirts de course. Nous rentrons ensuite à Boucan Canot.

Jour « J »

Réveil matinal vers 9h puis sieste d’une heure en début d’après midi avant les derniers préparatifs. Je cuisine des salades de riz et de pâtes et les répartis dans les deux glacières avec le reste de nourriture et les boissons. Vincent Mougin, un copain de Daf nous retrouve à la case puis nous prenons tous les quatre la route du sud, le coffre archi rempli. Pause à Saint Pierre déguster un carri poulet et enchaînement vers St Philippe et Cap Méchant.

Heure H-2

Arrivée sur le site deux heures avant le départ. Nous nous garons assez facilement dans le champ juste à côté du stade de départ. Pendant qu’Erik et Laetitia visitent l’air de départ, je profite des derniers instants de repos à l’arrière de la voiture en compagnie de Vincent.

Heure H-1

A peine assoupi, c’est déjà l’heure d’enfiler l’accoutrement du coureur et de se diriger vers le parc de départ, via les tentes de vérification de matériel.
Un peu de crème sur les pieds et j’enfile mes chaussures. Je retrouve ensuite de l’autre côté du couloir d’isolement, avec le public venu nombreux, mes deux supporters de choc : Laetitia et Erik. Derniers mots avant le départ qui approche. Impossible de transmettre mon gilet en laine, alors il va falloir que je le prenne pour leur donner une fois sur la route.
Le décompte approche. Laetitia et Erik partent pour prendre de l’avance.
Les organisateurs commentent l’évènement à venir avec un humour qui détend l’atmosphère. L’impatience de certains se mêle à l’angoisse de l’inconnu des autres. Je sais en gros ce qui nous attend……………..ça va être long, dur et pas toujours agréable, loin de là…

Heure H

Dernier regard d’encouragement de la part de Vincent et c’est parti. Aux douze coups de minuit, à la pointe sud de la Réunion, plus question de faire demi tour… 10, 9, 8, 7, 4, 2, 1…
Go !!!

coucou
Les premières lignes s’élancent et l’onde de départ se propage lentement vers l’arrière. En milieu de peloton, à mon niveau, elle nous parvient au ralenti et nous nous mettons en marche au rythme d’un escargot poursuivi par une limace.
Ca va être chaud ! C’est une bousculade générale, une mêlée de 2000 dingues qui s’engagent lentement à l’assaut des 150 km de poussières, de galets, de boue, d’herbe, de ruisselets, d’escaliers, de corniches…

depart-diagonale
Le combat s’annonce rude. Surtout ne pas trébucher pour servir de paillasson à la horde qui me suit. Un coup d’œil à ma montre en passant sous la banderole « Départ » : déjà une minute s’est écoulée.
Après le premier virage ça y est, on commence à respirer, la course est réellement lancée.
A 200m, je repère Laetitia et Erik. Je leur lance mon gilet et enregistre dans ma mémoire les derniers encouragements chaleureux, car c’est plus de 4 à 5h qui m’attendent dans l’ascension nocturne et fraîche du volcan. Déjà une chenille ininterrompue de coureurs progresse, frontale vissée sur le crâne sur un léger faux plat descendant.
Les premières impressions physiques sont bonnes mais les premières pensées sont plutôt sombres : encore une trentaine d’heures avec beaucoup de souffrance.
Dans 150 km, si tout va bien, je serai à la Redoute.
Encore 150 km… ça va être très long, j’en ai conscience.

A l’attaque du volcan

Après 3 km de route, je remonte lentement la file à une vitesse proche des 10 km/h. La route s’élève régulièrement. On commence en douceur et progressivement.

montee-en-douceur
Ensuite, c’est le début des hostilités. On s’enfonce dans l’obscurité des champs de cannes à sucre qui laissent bientôt place à la piste forestière. Les graviers remplacent le macadam et avec ma petite allure footing, je poursuis ma remontée. Déjà beaucoup de concurrents ont adopté la marche active mais pour moi c’est plus économique et plus rentable en petites foulées.
Je franchis les deux postes de ravitaillement et de pointage sans faire de halte. Juste le temps de remplir ma gourde pour l’ascension by night à la frontale de la face sud du volcan actif de la Fournaise. Au pied du sentier (GR2) je suis talonné par Danièle Séroc, la Réunionnaise grande figure de l’épreuve, et parmi les favorites. Dès les premiers hectomètres elle me double et je décide aussitôt de prendre son sillage. Finalement c’est toute l’ascension que je réalise littéralement collé à ses talons. Elle double, je double et c’est de marche en marche, de rocher en rocher que les dizaines de minutes défilent.

ziiip
Quelques glissades involontaires et culbutes incontrôlées plus tard, je commence à ressentir mes psoas, des muscles très sollicités pendant les ascensions. Pourtant, le reste ne va pas trop mal, alors je tiens la cadence. Le rythme est un peu soutenu pour moi sur ces 8 km mais je m’accroche en espérant ne pas avoir à le payer trop cher dans Mafate.
Quelques textos d’encouragement m’arrivent pendant cette montée nocturne puis c’est enfin le sommet, c’est-à-dire la crête du cratère. J’essaie de trottiner en récupérant. Je bois facilement mais ne parviens toujours pas à manger depuis le départ. Les retours du carri poulet de la veille ne me donnent guère envie d’ingurgiter autre chose. Pourtant ce serait indispensable mais je n’y arrive pas.
Je pointe quand même à une surprenante 114ème place. Finalement, je suis allé plus vite que prévu dans l’ascension. Maintenant il va falloir limiter les dégâts et ne pas craquer. De toute façon, les années précédentes, je partais à la 600 ou 400ème place pour remonter dans les cents premiers malgré les blessures.
Si je poursuis à allure tranquille sans me blesser, je devrai pouvoir assurer un résultat équivalent.

descente

Plaine des sables, Piton Textor, Mare à boue

Dans l’obscurité une rumeur, des encouragements à l’adresse des coureurs qui me précèdent. C’est le point de contrôle (PC) de la Route du volcan (Km 31). Je suis parti depuis 4h50 et suis en 91ème position. Normalement Laetitia et Erik devraient s’y trouver. J’envoie un petit texto pour annoncer mon approche. Mais une fois arrivé : personne. Je bois encore, essaie de manger sans y parvenir un petit morceau de pain puis me prépare à repartir.
Erik arrive. Ils étaient en train de dormir dans la voiture avec 4°C en m’attendant. Je reste avec eux. Petit massage, j’enlève les gravillons dans mes chaussures et c’est reparti.
L’aube pointe et je décide de continuer prudemment car j’ai laissé quelques forces dans cette première étape.
Traversée de la Plaine des Sables. Il fait meilleur et on arrive au pied du « mur » qui monte à l’Oratoire Sainte Thérèse.

lever
Le jour se lève, le ciel s’embrase de couleurs pastelles : c’est beau. Les jambes pèsent lourd mais je maintiens le tempo et poursuis rocher après rocher. Je perds quelques places mais je sais que les montées ne sont pas mon point fort.

Une fois là-haut, Erik et Laetitia m’attendent à nouveau. Leurs encouragements me suivent jusqu’au Piton Textor que je ne tarde pas à rejoindre. Rapide stop de cinq minutes. Toujours impossible d’avaler la moindre nourriture solide aussi dès le massage d’Erik terminé et les conseils enregistrés, je poursuis dans la descente à travers les champs qui mène à Mare à boue.
Je dévale à l’économie le terrain herbu, boueux voire glaiseux et glissant.
Le manque de carburant commence à se faire sentir et les jambes sont dures à traîner. Tellement dures et le sol tellement glissant, qu’à deux ou trois reprises, j’exécute de royales envolées, atterrissage boue. Avec une foulée rasante, je me rapproche du PC de Mare à boue (Km 50) où mon staff m’installe dans une chaise longue pour s’occuper de moi.

arome

Une petite fleur, un arôme, que j’ai cueillie dans un champ pour ma supportrice me voit récompensé pas un large sourire. Ca fait du bien d’être suivi ainsi. Il est 7h20 et j’occupe la 118ème place
( 175ème en 06 et 277ème en 05).
Il faut manger sinon je ne tiendrai jamais. Je me force à ingurgiter un morceau de sandwich, une barre de céréales et ça repart.
Cette fois-ci, la séparation avec Laetitia et Erik va être longue puisque je ne les retrouverai que dans vingt kilomètres.

Kervéguen

Entre temps, c’est le coteau Kervéguen avec son dénivelé positif régulier et boueux. Une fois de plus, cette section est redoutée.
Je la considère comme l’une des cinq difficultés majeures (3) du parcours. J’adopte une allure marche active, c’est à dire environ 6 km/h. Comme je viens juste de me ravitailler à la voiture, je ne fais qu’un passage éclair au PC de course le temps de me faire pointer.
Je passe ainsi devant quelques concurrents au repos. Ma place reste grosso modo constante.
Par contre, faute de « carburant » j’ai du mal à digérer les efforts réalisés depuis le départ et la lutte contre la boue et le sol humide m’usent. Je faiblis légèrement quand une petite dame de métropole d’une quarantaine d’année me double.
Je décide de m’accrocher à ses baskets pour qu’elle me « tire » pendant plusieurs kilomètres de côte. Quelques descentes un peu techniques me permettent de faire la différence et de m’échapper sans vraiment forcer.
Je me sens petit à petit un peu mieux et suis un peu plus en confiance. Je poursuis en solitaire en doublant même un ou deux raideurs. Par contre, j’espère que les infos de Daf ne sont plus d’actualité car je n’ai plus d’eau et les PC sont encore à une poignée de kilomètres.

casquette-bleue
Le ciel est bien dégagé ce matin, même si ça risque de se couvrir pour la queue de course. Je cherche désespérément dans toute l’eau qui coule autour de moi un filet buvable mais rien. Alors je me rationne dans l’espoir que le PC Kervéguen soit ouvert. Je garde mon train et à ma grande joie, les bénévoles du PC fidèles au poste m’accueillent avec un large sourire.
Se doutent-ils à quel point leur présence me fait plaisir ?
Je grignote parce qu’il le faut et repars sans perdre de temps. Comme la descente du coteau Kervéguen vers Cilaos est fermée pour cause d’effondrement, l’organisation nous a réservé une rallonge, et non des moindres, puisque c’est 300m de dénivelé positif et 3h en plus.
Pas grand chose par rapport à l’ensemble mais encore une ascension supplémentaire !

Descente sur Cilaos

J’arrive enfin à la Caverne Dufour, point culminant. Là on va commencer à s’amuser… Après 20 secondes de pause le temps de serrer mes lacets, c’est reparti ! Je cavale, je bombarde, je surfe les graviers, je dévale la pente abrupte, comme un psychopathe. Je dépose littéralement mes adversaires.

telephone
La fatigue se fait oublier, le moral est au beau fixe. Je prends même le temps de répondre aux appels téléphoniques de ma famille et de mes copains, tout en poursuivant cette descente infernale. C’est un régal. Les touristes montant au Piton des Neiges ou en descendant semblent interloqués et se demandent si je participe à la même épreuve que les autres. Je suis sur mon terrain de prédilection !

Arrivé au Bloc à fond les ballons, je poursuis sur la route pour bientôt faire la jonction avec Erik venu à ma rencontre. Il me suit jusqu’au Stade de Cilaos (Km 69). La foulée est toujours bonne, même si le bitume est moins agréable pour les genoux. Petit sprint final pour le fun avec un concurrent fraîchement doublé.
Je galope depuis 11h et suis maintenant 67ème (123ème en 06 et 169ème en 05).

En franchissant l’entrée du stade, j’aperçois mon copain Daf qui m’ouvre un passage de VIP parmi les bénévoles et le public.
En traversant la pelouse sous un soleil resplendissant, Laetitia et Erik suivis de Daf me montrent la chaise longue et le parasol qui m’attendent. Je m’installe confortablement sous le regard surpris et amusé du public, les talons sur les deux glacières. Pendant que l’un me change chaussures et chaussettes, l’autre me masse les pieds et les jambes et le troisième me nourrit tant bien que mal. C’est toujours difficile de s’alimenter mais je parviens à me mettre un petit truc dans l’estomac.

pause1pause2

J’avale le guronsan trouvé par Daf après avoir retourné la moitié de Cilaos et un cachet d’aspirine qui me permettra je l’espère d’atténuer les douleurs et autres crampes. Une vingtaine de minutes plus tard, je rechausse mes Salomon, adresse un au revoir à mon entourage pour descendre tranquillement dans le fond de la rivière Bras Rouge.

Taïbit, Marla, Roche Plate, Mafate, Col des Bœufs, Aurère, Deux Bras

Je sais pertinemment que le Grand Raid commence maintenant. Malheureusement, j’ai déjà grillé quelques cartouches. La troisième grosse difficulté, celle que j’appréhende encore peut-être plus que les autres, arrive sous mes pieds. Le Taïbit !

soleil
Il est 13h, le soleil est au zénith, ça cogne, ça grille. Sous ma casquette, mon crâne est en ébullition, les gouttes de sueur perlent et tombent à la cadence de mes pas.
Je bois pour m’hydrater au maximum mais l’effort est intense. Les marches à gravir semblent de plus en plus hautes. Je souffle comme un bœuf, je peine.
Je m’accroche tant bien que mal aux concurrents qui me doublent mais inexorablement ils me passent. C’est long…

J’arrive finalement au parking qui donne le départ de la seconde partie du Taïbit. En d’autres termes, je viens de parcourir un peu moins de la moitié en plus d’une heure. Trop dur. Les jambes ont du mal à pousser alors je fais une pause ravitaillement. Pourtant, il ne faut pas trop que je traîne. Un Italien est arrêté et ne repartira probablement pas victime, semble-t-il, d’une entorse à la cheville. Il a craqué.
Le Taïbit a eu raison de lui. Il ne sera pas le seul puisque des dizaines de concurrents parmi lesquels des favoris, m’annonce-t-on, cèderont à l’appel de l’abandon.
La bascule dans Mafate, après l’ascension des 1200m de dénivelé, en décourage beaucoup même parmi les meilleurs.

cailloux

Le lecteur MP3 d’Erik s’avérera être une arme redoutable car il me permet, durant la grimpée, de m’évader tout en suivant un pseudo rythme. Alors je poursuis cette montée, sac au dos. Chaque marche devient plus difficile que la précédente. J’ai la sensation que chaque fois que j’essaie de déplier une jambe, puis l’autre, je fais un effort surhumain, que je bats le record du monde de squat. Mais je suis encore suffisamment lucide pour estimer le temps qui me sépare du col, alors je prends mon mal en patience et têtu avance tête baissée. Il faut croire que mon rythme reste satisfaisant puisque je ne me fais guère doubler.
Depuis le bas de la rivière, c’est peut-être une dizaine de raideurs seulement qui m’ont déposé à leur tour.
Je les retrouverai plus tard quand ce satané Taïbit sera derrière moi.
Je rentre dans le brouillard. A n’en pas douter, c’est le signe que je m’élève et donc que le col approche. Ça rafraîchit l’organisme, ça fait du bien.

Ouf, je reconnais les lieux. La bascule est là. Maintenant, devant moi, c’est le cirque sauvage de Mafate. Soit environ 13 heures de montées/ descentes dont plus de la moitié du parcours se fera by night. En attendant, je dois avancer au maximum avant l’obscurité pour voir où je mets les pieds. Je descends donc à allure réduite (une fois n’est pas coutume…) car le Taïbit m’a bien entamé. Cinq concurrents en profitent pour me passer comme des avions de chasse. 
Ca commence à faire beaucoup mais mon père, que j’ai régulièrement au téléphone depuis la métropole, me rassure en m’apprenant, via le suivi en live sur internet, que mon écart avec le 50ème est stable.
Dix minutes de pause à Marla (Km 82) où je pointe en 75ème position (95ème en 06 et 141ème en 05)… J’en suis à 14h50 d’efforts !

L’appétit revient peu à peu en mangeant. Je reprends des forces et m’engage sur le sentier descendant vers Trois Roches. J’enchaine sans transition pour les montagnes russes qui mènent à Roche Plate puis au Bronchard. Davantage de montées que de descentes, le découragement et le ras-le-bol me gagnent petit à petit. Coup de blues quand je vois les raideurs qui me précèdent se découper sur une arête sur laquelle il faudra bien que je passe tôt ou tard. Tête baissée à nouveau, je lutte contre la fatigue et les rochers qui entravent ma progression. Je suis limite en eau. J’aurais dû faire le plein à Trois Roches. Tant pis, je ne vais certainement pas faire demi tour ! Alors je patiente jusqu’à trouver sur mon chemin un filet d’eau dans lequel je plonge ma gourde.
Ça fait du bien… Le problème quand on boit sans avoir grand chose dans l’estomac c’est cette impression d’avoir une poche toute molle et gélatineuse qui remue dans le ventre au gré des foulées.
Bientôt des clameurs au loin me parviennent. Elles ne peuvent venir que de Roche Plate.
De plus en plus nettes, j’avance de plus en plus vite. C’est motivant de sentir qu’on se rapproche de la civilisation et d’autant plus quand on sait que l’accueil va être chaleureux et festif. Je traverse le petit bois de filaos et rentre dans l’îlet (Km 90 et 16h50) à la 78ème place (88ème en 06 et 110ème en 05). Je rejoins l’école où une horde de bénévoles m’attendent comme les centaines de raideurs à venir. Ils crient, ils hurlent, ils applaudissent…
Assis, quelques concurrents sont là, l’œil hagard, le visage blême. Ceux là ne peuvent pas terminer devant moi ! Il faut y aller. L’étape à venir ne s’annonce pas de tout repos.
La responsable, avant de partir, bipe électroniquement mon dossard et me demande en anglais d’où je viens, s’attendant à une origine exotique après avoir lu mon prénom. Je lui réponds dans un français impeccable : « je viens de Saint Gilles !». Après cette pause rigolade, il faut poursuivre le chemin.
Juste avant d’arriver au col qui permet de plonger littéralement au fin fond abyssal de la Rivière des Galets, je croise un malheureux raideur à califourchon sur le dos d’un médecin. Pour lui c’est fini. Une entorse à la cheville lui aura été fatale.
Petite piqûre de rappel pour signifier que quelques minutes gagnées peuvent se transformer en heures de calvaire si on n’y prend garde. La descente abrupte qui m’attend doit attirer toute mon attention et toute ma concentration.
Sans réels problèmes, tout en bas, je traverse le lit de la rivière sur quelques galets déposés ça et là, alors que de part et d’autre, se dressent deux colossales murailles.

night

Je connais pour l’avoir repéré à l’ entraînement ce sentier mais on se pose toujours la même question : comment est-il possible de grimper tout là-haut dans les nuages, et par où allons nous pouvoir passer ? Et pourquoi n’avons nous pas dans le matériel obligatoire un baudrier, une corde et un piolet ?
Finalement, en suivant les marques rouges et blanches du GR et les rubalises attachées aux branches, nous arrivons au pied du mur. Le sentier grimpe en épingles. Ça monte bien. Si je ne craque pas, je devrais être à La Nouvelle à la tombée de la nuit. Je garde alors ma petite allure. Cette quatrième et avant dernière grosse difficulté est une innovation par rapport aux éditions précédentes.
Au bout d’un quart d’heure, la falaise est tellement abrupte que je m’agrippe aux câbles tendus contre la paroi pour ne pas prendre le risque de chuter de 300m.

glissant
Le sentier est étroit, glissant et donc dangereux. Et ça monte toujours.
En face sur Le Maïdo le soleil se couche et laisse bientôt place à un embrasement du ciel.
Le rouge et l’oranger s’assombrissent peu à peu et l’obscurité gagne du terrain plus vite que je ne monte.
A priori, je ne fais pas du sur-place puisque je double encore les arbres ! J’avoue que la fatigue est grande et qu’il faut faire des efforts pour rester lucide. Encore plus haut, plus dans le noir, je crois entendre de la musique.
Les yeux picotent, les jambes flagellent, la peau frissonne, je rentre dans un état d’hibernation active. Et si la musique s’échappait du PC de La Nouvelle. Je grimpe depuis plus d’une heure : c’est possible. Le son se fait de plus en plus précis.
Des hourras accompagnent bientôt l’orchestre. Je reconnais les lieux. Je ne suis plus loin. C’est l’arbre sous lequel nous avons planté la tente, au milieu du sentier, avec Erik alors que la nuit tombait et la brume nous enveloppait la semaine dernière. Les messages d’encouragements continuent à faire vibrer mon portable et chaque mot rallume un peu plus la mèche de motivation qui semblait s’éteindre avec le froid.
Des lueurs maintenant percent l’obscurité. J’y suis. J’ai parcouru 97km en 19h et je suis 76ème. L’ascension n’est pas terminée mais la plus grosse partie est achevée.

zombie

Tel un zombi, la frontale allumée, j’avance pour me faire biper puis m’asseoir sur le banc face à la table de ravitaillement. Une bonne soupe chaude saupoudrée de sel pour fixer l’eau dans mon corps. Un carré de chocolat sur un morceau de banane. En dessert, un, deux puis trois toasts au pâté et une bouchée de saucisson. Ça fait du bien. Je mange, j’assimile, je recharge les batteries. Attention les amis, la machine va bientôt repartir.
Je ne perds pas trop de temps pour ne pas me refroidir davantage. Le plein de mes gourdes terminé, je reprends le sentier. Les jambes se dérouillent, se réchauffent petit à petit et je replonge dans la nuit. Je parviens à la plaine des Tamarins après une vingtaine de minutes de grimpette. Enfin un peu de plat. J’alterne marche rapide et course lente mais déjà je quitte la forêt. A nouveau c’est une côte dans les rochers qui m’attend.
Je sais que je n’en ai pas pour longtemps alors je tente de garder mon rythme. Je m’aide parfois des mains pour escalader les marches et ne pas glisser. Effectivement, vingt minutes plus tard, je suis en haut. Mes jambes sont en état de décomposition avancée mais elles me tiennent malgré tout encore debout. Musculairement attaqué, je n’ai pas dit mon dernier mot. Normalement, la descente a le don de me retaper. Bien sûr, les genoux vont en prendre à nouveau un sacré coup mais, pour l’instant, pas de blessures profondes. Peut-être une légère ampoule au niveau d’un orteil. On verra plus tard…
Au Col de Fourche, il fait froid et mon poncho n’est pas de trop. Je le replie dès que la température corporelle remonte sinon c’est le sauna là-dessous.
La descente débute par de grandes marches que je n’hésite pas à sauter pieds joints à la manière d’un skieur de bosses. Une idée me vient. Je dois avoir une seconde frontale de rechange dans mon sac alors je continuerai avec une lampe au front et une à la main.

2-lampes
Le relief des rochers, des galets et des racines se fait beaucoup plus précis pour la pose du pied. Ainsi, je prendrai moins de risques et pourrai courir dans la quinzaine de kilomètres de descente programmée. Au rythme de la musique, je dévale allègrement les pentes, ne faisant que des escales éclairs aux PC. Rapidement je rallie le début du Sentier Scout.
Le moral est bon mais la fatigue pèse lourd sur les épaules.

J’asperge mon visage d’eau et pourtant ça suffit à peine à me tenir éveillé. Mes yeux clignent de plus en plus fréquemment. Col des bœufs, Km 105, 21h de course et 63ème place. Assis au PC je m’alimente un peu et décide de prendre le premier café de ma vie. Je déteste ce goût mais si ça peut me faire tenir, je tente le coup. En deux gorgées cul sec, j’avale cette horreur le nez bouché. J’enquille directement sur un coca pour faire passer le goût et engloutis deux ou trois charcuteries. Je suis prêt à repartir pour le Sentier Scout tout en descente jusqu’au pied d’Aurère.
MP3 greffé sur les oreilles, frontale plaquée sur la tête, torche à la main coup de bombe refroidissante sur les genoux et à l’insertion des quadriceps pour endormir la douleur et yahoo c’est parti pour la grande chevauchée !
Virages, marches, sauts de rochers, je bombarde en grignotant des places. Pas loin d’une vingtaine…
Ca va relativement vite pour une descente de nuit après plus de cent kilomètres.
Je suis content de mes trois armes secrètes : la bombe de froid, la double lumière et la musique. Ça me rassure de me dire ça et la douleur se fait oublier un instant. Seulement la réalité me rattrape vers La Plaque.
La fatigue me gagne à nouveau et mes orteils n’apprécient pas que je trébuche de plus en plus souvent contre les racines et les cailloux.

douleur
Je passe La Plaque, traverse Ilet à Malheur sans sourcilier puis arrive au pied d’Aurère où une petite grimpette de vingt minutes environ m’attend. Toujours aussi laborieux et pénible pour mon moral de devoir monter à pas de larve estropiée ces pentes.
Le passage à l’école PC n’est que de courte durée. C’est le 113ème km, il est 22h44 et je suis 53ème !
Juste le temps d’ingurgiter deux morceaux de bananes, une soupe et des carrés de chocolat, c’est reparti. Je n’arrive pas à relancer la machine. La mécanique semble ne plus vouloir obéir à mon cerveau endormi. Le faux plat montant, qui mène à la bascule vers la Rivière des Galets 600m plus bas, est déjà trop pentu. L’arrivée à ce col à la 53ème place fait germer l’idée de finir dans les cinquante premiers. Pour l’instant j’ai fait 77ème en 05 et 59ème en 06.
Alors j’essaie de mettre de côté mes douleurs grandissantes. Je double encore quelques groupes tout en déroulant au maximum pour tenter de récupérer. Pour continuer de surprendre ceux qui suivent l’évolution de la course, je me fais un plaisir de doubler des concurrents, de gagner quelques places. Je connais bien cette partie jusqu’à Dos d’Âne alors je termine un peu plus tranquillement la fin. Je trottine à environ 8km/h.
Le chemin traverse la rivière à plusieurs reprises jusqu’au PC de Deux Bras, Km 123 que j’atteints en 37ème position (65ème en 06 et 102ème en 05) !
Erik que j’ai régulièrement au téléphone m’y attend depuis 3 heures. Je le retrouve enfin.
Il me masse encore. J’avale un dernier cachet d’aspirine, deux cuisses de poulet et un orangina dont la perspective me faisait saliver depuis plusieurs heures. C’est reparti au tout petit trot, avec mon frère à quelques pas derrière moi pour ne pas me faire disqualifier.
Un breton se joint à nous. Il commence à discuter et finalement grimpe cette dernière difficulté sur mes talons.

Dos d’âne, Colorado

Dos d’Âne se dresse devant nous. C’est mon terrain d’entraînement, la partie du parcours que je connais le mieux, l’ultime obstacle. En temps normal, je monte le rempart en une heure quinze. Cette nuit, ça va être une autre paire de manches.
Nous traversons tous les trois le Bras des Merles et nous lançons dans l’escalade du Dos d’Âne.

dos-d-anerastaman

Au passage, nous doublons, sans grand mérite, un rasta et son pote, tous deux assis sur un rocher, roulant du zamal avant de le fumer et probablement de se lancer à leur tour dans Dos d’Âne. Voulaient-ils entrer en transe, anesthésier leurs douleurs, oublier le dénivelé ? Cette anecdote ne nous empêche pas d’avancer.
Je suis loin d’être au top et comme à mon habitude dans les côtes, je lutte comme un diable. Le but du jeu sera de perdre le moins de temps possible pour dérouler dans la longue descente menant à la Redoute. Thierry, mon équipier du moment, continue de parler surtout avec Erik, derrière moi. Je suis dans le rouge, je ne peux pas trop lui répondre. La conversation me tient éveillé. Je lui propose de le laisser passer devant pour ne pas le ralentir mais il semble préférer notre compagnie. Au passage je reconnais des points de repère et chaque pas nous rapproche du sommet. L’échelle située à la moitié de l’ascension est juste là. Nous escaladons les barreaux puis poursuivons virage après virage.
Je me retourne mais les lueurs des raideurs restent bien derrière, à la même distance.
Je tiens bon. Je repère un virage caractéristique indiquant qu’il me reste 15 minutes. Puis c’est au tour d’un bouquet de bambous : dans cinq minutes, j’y suis.
Dernières marches, nous arrivons, les maisons sont là. Nous sortons du sentier pour fouler le bitume. Je considère qu’une fois au Stade de Dos d’Âne, deux tiers de la dernière difficulté seront parcourus. Je n’y suis pas encore tout à fait. Impossible de reprendre une allure de course alors je continue avec un pas de marche cadencée. Nous suivons les marquages jusqu’à un carrefour et puis plus rien. Plus de rubalise. Droite ? Gauche ? Je ne me souviens plus bien. Derrière nous, assez loin là haut sur la gauche, au fond de la nuit, deux lueurs oscillent au rythme des raideurs.
Ces deux là nous sont certainement passés devant. Que faire ? Thierry propose de prendre la route pour rejoindre le stade. C’est non pour moi. Je préfère faire demi tour même si j’en ai plus que marre. A la recherche du marquage nous finissons par retrouver le bon chemin.
Nous avons perdu environ quinze minutes et quelques places, mais au moins nous sommes à nouveau sur la bonne voie. Une série de marches nous fait accéder à la crête où précédemment nous avions repéré les frontales. Nous empruntons la route et enfin les lampadaires du stade sont là.

chaussure

Il n’y a pas grand monde au milieu de la nuit à Dos d’Âne mais l’essentiel est présent. Laetitia nous accueille accompagnée de notre copine Stéphanie.
Il est bientôt 2h30 du matin soit 26h de course. J’ai parcouru 130km et je suis 38ème (58ème en 06 et 96ème en 05) . Mais ce n’est pas fini. Je n’ai jamais été aussi proche de l’arrivée, toutefois il reste du chemin et notamment presque 1h de montée sur la crête du Piton Bâtard. Comme à chaque point où Laetitia et Erik m’ont rejoint, mon assistance me bichonne. Massage, remplissage de gourdes, photos, alimentation… C’est toujours trop court mais c’est la compétition, ils l’ont compris. Ils sont dedans avec moi et vivent presque tout ce que je ressens.
Le temps resté sur place retarde d’autant mon arrivée et me fait reculer au classement.

Déjà, quatre adversaires sont passés devant moi. Je les rattraperai dans la descente tout à l’heure après l’ultime ascension. Alors je fais mes aux revoir à Laetitia et Stéphanie restées debout dans la nuit. Engoncées dans leurs pulls et leur vestes elles sont là, sous la lumière tamisée du réverbère, à me voir disparaître et m’enfoncer dans l’obscurité. Il fait froid à cette altitude et à cette heure. Je les retrouverai plus tard, dans quatre ou cinq heures j’espère.
Erik décide de m’accompagner sur cette dernière étape. Ça fera du bien en faisant oublier un peu la fatigue physique et mentale.
D’autant plus qu’il faut repartir et se replonger dans le noir. Nous reprenons la route à petite allure et arrivons au pied du raidillon de Roche Vert Bouteille. Nous l’avons aussi parcourue récemment Erik et moi et il faut compter vingt à vingt-cinq minutes pour l’atteindre.
Ensuite, il y aura quarante minutes de montées entrecoupées de petites descentes. Laetitia et Stéphanie sont au pied de la muraille et nous hurlent leurs encouragements. Bon petit train même si les jambes sont raidies, crampies et douloureuses.

Le genou gauche me fait souffrir. Le ligament latéral me lance terriblement malgré le froid que j’applique grâce à la bombe réfrigérante. Au niveau du dernier virage, deux individus assis dans la pénombre se lèvent et se présentent en stoppant notre progression. Ce sont des contrôleurs « volants ». Ils vérifient rapidement mon dossard qui semble leur convenir. Par contre Erik pose problème. On lui demande ce qu’il fait là. Pour ne pas risquer de me faire disqualifier, il improvise rapidement et prétexte qu’il va au sommet pour supporter un copain qui se trouve en ce moment à Deux Bras. Finalement il ne prolonge pas ses explications et fait demi tour, téléphone aux filles pour qu’elles le ramènent à la ligne d’arrivée. Alors, je poursuis en solitaire comme depuis le départ pratiquement, dans la nuit de plus en plus froide. Je pars à la chasse des trois raideurs qui m’ont doublé à l’étape et à Thierry qui n’ayant pas d’assistance ne m’a pas attendu à Dos d’Âne.

frontale

Ils sont partis longtemps avant moi, donc pas certain, même si j’aperçois leur frontale au loin, que je puisse les rattraper. Je force, je pioche dans mes dernières forces, je lutte contre le mal, j’essaie de combattre mes douleurs et le sommeil. Tout se joue au mental maintenant.
Je monte et parfois je descends. Les marches ne sont pas agréables mais contrairement à l’année passée, le terrain n’est ni humide ni boueux et donc beaucoup moins dangereux. Je marche en côte, trottine sur le plat et en descente. La montre me guide. Je sais qu’il me faudra encore quelques minutes avant de pouvoir espérer trouver le PC du Kiosque d’Affouches. Je me rapproche d’une lueur que je poursuis déjà depuis un bout de temps.

C’est juste avant d’atteindre le kiosque que je double ce concurrent. Il n’oppose aucune résistance surtout qu’il semble boiter bas, comme bon nombre de raideurs que je double depuis un certain temps. Je ne m’attarde pas très longtemps car maintenant, il ne me reste que de la descente et il n’est pas plus question d’avoir de défaillance que de dormir. L’excitation commence à me gagner. L’écurie se rapproche… Je grignote au passage une ou deux bananes, avale deux verres de coca. Je suis à la limite de m’écrouler sur la table tellement je suis fatigué et mes yeux me piquent. Je repars presque aussitôt et continue de m’asperger le visage d’eau froide. Le froid me donne un bon coup de fouet.
Le sentier étroit et sinueux laisse place à la route forestière descendante. Je cours à bonne allure afin de rattraper quelques éventuels coureurs à la dérive et aussi pour faire le trou avec ceux que j’ai doublé récemment. Entre 8 et 10, peut-être 11km/h. Les kilomètres défilent lentement. Je commence à boiter de plus en plus bas.
La douleur au ligament du genou persiste et l’ongle de mon gros orteil droit semble avoir reçu des coups de marteau à force de buter contre les racines et les rochers. L’itinéraire quitte maintenant la piste pour prendre un sentier style montagnes russes. Ça semble durer une éternité, ça n’en finit pas. Finalement, encore à force de patience, le PC de Colorado apparaît. Parcouru 145km en 29h44 et 34ème…
Un autre raideur boîte devant moi. Je vais me le faire, il ne peut pas résister.
Je pointe devant lui au PC, mange un morceau de banane et avant de repartir me renseigne sur le temps de passage du concurrent précédent. Le bénévole me répond trois à cinq minutes. Ces deux minutes de différence changent beaucoup de choses pour moi. Plus que 5 km pour le rattraper, c’est pas gagné. Je suis tellement rincé ! Il regarde sa feuille de contrôle et confirme : ça fait bien cinq minutes qu’il a pointé. Je réfléchis… ça va être tendu.

Alors je repars en marchant juste histoire d’assurer ma place. La descente m’entraîne et le pas de course me gagne. Mes foulées s’allongent, mon allure est légèrement plus rapide qu’un marcheur. C’est la dernière « ligne droite », je n’ai plus rien à donner.
Au bout de vingt minutes, j’ai l’impression d’entendre des voix. Au virage suivant, ce n’est pas un concurrent que j’aperçois mais trois raideurs !!!. Ils marchent plus ou moins paisiblement alors je n’en fais qu’une bouchée. Dix minutes plus tard, je retrouve Erik .

retrouvailles

St Denis, La Redoute

Il est venu à ma rencontre pour m’accompagner jusqu’à l’arrivée. Nous avançons entre marche et trotting. Juste histoire de maintenir l’écart avec le trio que je viens de passer. Je reconnais bien les lieux. Il reste environ cinq minutes jusqu’à la ligne d’arrivée. Au bout de 30 heures et demi ça semble plus grand chose… Il faut tenir.
Soudain je me retourne, j’ai cru entendre un bruit derrière nous. Rien. La fatigue sans doute. Nous continuons à notre petite allure. J’ai toujours très mal aux pieds et à un kilomètre de l’arrivée j’essaie d’épargner au maximum mon gros orteil. Je retire mon tee-shirt de course pour pouvoir enfiler le maillot de l’organisation puisqu’il faut arriver avec. Pas évident dans la descente rocailleuse. Il faut faire attention, ça serait dommage de se blesser si proche du but tant convoité.
Mon sac à dos dans une main, je range mon tee-shirt mouillé de sueur quand tout à coup, j’aperçois à une dizaine de mètres derrière nous, un des cafres que j’ai doublé il y a quelques minutes, surgit de je ne sais où.
Il dévale les blocs de rochers et s’élance à ma poursuite dans la ferme intention, semble-t-il à son regard, de ne faire qu’une bouchée de moi. Hors de question de me laisser faire. Au diable les douleurs, bye bye les ampoules, ciao les tendinites…
Il faut y aller. Je lance à Erik éberlué qui ne l’a pas encore pas vu : « Attention, ça va envoyer !! ».

Alors dans la seconde je passe deux ou trois vitesses d’un coup et torse nu, sac dans une main, tee-shirt d’arrivée dans l’autre, je saute de rochers en rochers en tentant de repérer le chemin à suivre. L’exercice n’est pas des plus faciles.
Je tente d’enfiler mon maillot.
Je passe la tête, mon adversaire est sur mes talons.
C’est un véritable sprint à un peu plus de 700m de l’arrivée. Il aurait eu un sabre à cannes à la main je n’aurai pas couru plus vite. Je glisse, je me relève, je tombe…
La pente est tellement abrupte et rocailleuse. Par endroit je fais des sauts d’un mètre en contre-bas pour ne pas perdre de temps. Je bloque mes pieds entre deux blocs après une glissade pour me redresser dans le même mouvement. Erik est distancé, il a du mal à suivre, il a été surpris par ce scénario inattendu. Je passe un bras dans une manche du tee-shirt puis le second.
Je glisse, je retombe. Le scénario se reproduit plusieurs fois. Le cafre s’accroche comme une moule à son rocher. Il ne lâche rien, il se rapproche même mais je me dépouille pour rester devant et maintenir la cadence. Les graviers rendent très compliquée cette descente.

en-vrac
Quant aux douleurs, elles ont miraculeusement disparues sous la pression de cette dernière lutte. Mon tee-shirt est enfilé.
Le cafre est à quatre mètres derrière moi. J’endosse mon sac, clipe la sangle ventrale juste avant d’arriver au pont où Laetitia accompagnée de Stéphanie m’attend comme l’année passée. Elle est là mais mon adversaire aussi.
Le terme dévaler ne peut pas être mieux employé.
C’est une véritable ruée, un sprint final. Je crie aux filles qui m’attendent patiemment : « J’vous attends à l’arrivée, y’a sprint ! ». Au cas où elles ne l’auraient pas remarqué !…
Avec le cafre à mes trousses nous avons pris quelques mètres à Erik qui peine à nous suivre.
La descente abrupte laisse place enfin à la route en faux plat descendant.

bitume1
Trois cents mètres de bitume après 150km de pistes et sentiers rocailleux.
Il est toujours là, il maintient la pression. Je lance mes dernières forces pour garder les quatre ou cinq mètres d’avance. Nous traversons la route, je saute un petit muret. L’écart grandi. Finalement il cède prise juste avant l’entrée dans le stade.
Je suis seul, plus moyen de se faire rattraper. Dernière portion de graviers et enfin nous voilà, foulant la piste en cendrée du stade d’arrivée de la Redoute.
Plus que 150m. Il est 6h30 du matin, quelques spectateurs passionnés et matinaux sont là et nous attendent en claquant des mains. Je savoure ces derniers mètres.
Mes douleurs réapparaissent petit à petit mais la ligne d’arrivée est juste là, après ce dernier virage.
Le chronomètre géant affiche 30h36’58’’… Je suis 32ème !

Les bénévoles sont de l’autre côté de la ligne, comme s’ils n’appartenaient pas au même monde, comme s’ils ne pouvaient imaginer ce qui s’est passé de mon côté pendant tout ce temps, comme si j’arrivais d’une autre planète…
Ils ont un large sourire et prodiguent leurs chaleureux encouragements.

heros
Impression d’être un héros qui revient de la guerre, d’être un voyageur de l’au-delà qui à passé de nombreuses heures sur la planète des fous. J’ai l’impression de revenir d’outre tombe, reprendre pied dans la vie réelle, dans le monde des vivants. C’est le soulagement, le bonheur, la médaille autour du cou, avec Laetitia et Erik à mes côtés. Il y a aussi Stéphanie et Virginie qui ont fait le déplacement pour applaudir mon arrivée.
Comment exprimer ces émotions que je ressens à cet instant ? Peut-être un ouf de béatitude, un enfin c’est terminé, une délivrance. C’est une aventure qui prend fin, une souffrance qui s’achève, un épuisement qui me plongera dans un long repos.

debriefing

Nous revenons un instant sur la ligne d’arrivée avec mes deux assistants de choc pour conclure ce grand, très Grand Raid 2007 et immortaliser avec une photo souvenir. Je revêts le tee-shirt de finisher et nous entamons un débriefing, assis sur le gazon du stade. Nous partageons de longues discussions pour essayer d’exprimer ma satisfaction.
J’ai donné le meilleur de moi-même et ne pouvais pas espérer mieux compte tenu de mes capacités du moment et de mon entraînement. Je suis un zombi vidé, rincé mais tellement heureux et fier de n’avoir pas déçu mes accompagnateurs.
Résultat : 32ème en 30h36 (59ème en 06 et 77ème en 05).
Le temps est sensiblement identique à celui des années précédentes mais ne reflète pas la difficulté de cette édition. Le parcours était encore plus sélectif à en croire les résultats des premiers et le nombre d’abandons, y compris des favoris.

coup-de-fil

Quelques coups de fil plus tard et une bière dans le gosier (dont l’effet alcoolisé n’a jamais été aussi sévère…), je me dirige tant bien que mal vers la douche froide des vestiaires puis vers le stand des kinés.
Comme les clients ne sont pas encore nombreux ,j’ai droit à un kiné par jambe !!.
Dans la minute où je m’allonge sur le lit de massage, je sombre profondément dans le royaume des songes. Combien de temps durera ce massage ? Aucune idée. En tous cas, je me réveille dans le coltard, complètement shooté pour rejoindre Laetitia, Erik et Stéphanie.

Nous profitons encore quelques minutes de ce soulagement et encourageons les raideurs qui franchissent un à un, minute après minute, cette ligne d’arrivée qui les obsède depuis si longtemps. Il en reste encore 1300 entre Mafate et Saint Denis. Ils terminent leur seconde nuit de course et poursuivent pour espérer terminer dans les délais réglementaires de 65h.
J’en ai terminé avec ce Grand Raid, cette aventure de Fous inoubliable. Cette Grande Diagonale à une fois de plus tenu toutes ses promesses.
Dans ces conditions, on peut s’interroger : puisque c’est si difficile, pourquoi le faire ?
Parce que c’est difficile, justement. Et parce que, aussi incroyable que ça puisse paraître, j’y trouve du plaisir.
Dans l’après midi, après une longue sieste, nous retrouvons la plage. Nous nous détendons et nous reposons car nous en avons tous les trois un énorme besoin.
C’est le lendemain que nous remontons à Saint Denis pour assister avec émotion aux dernières arrivées. Seulement 1300 des 2300 partants termineront après 65h de souffrance. Remise des prix pour les champions. Je vais moi aussi chercher mes deux lots. Un bon d’achat pour être arrivé dans les cinquante premiers au scratch (7h après le premier…) et un second pour être dans les vingt-cinq premiers seniors.

autographe
Cependant, la meilleure des récompenses restera l’ensemble des sensations, des émotions et des sentiments ressenties et partagées.

arrivee

« Pour moi, les jours difficiles sont simplement des jours où les choses sont moins faciles qu’hier. Et peut-être plus faciles que demain. Mais je considère qu’aucune épreuve n’est véritablement difficile, tant que je lui survis… »
Mike Horn in Latitude Zéro

Une Réponse

  1. ça rappelle des souvenirs, surtout la galère dans les dos d’ânes avant Colorado, et l’impression de béatitude à l’arrivée….

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