Raid de la Vallée de l’Huisne (2007)


Un peu déboussolés par cette météo qui part en vrille depuis de nombreuses semaines, on décide de s’inscrire à un raid dans le grand nord, pour prendre les puissances maléfiques du ciel à contre-pied. Vaness consulte différents sites et son choix se porte sur le raid de la vallée de l’Huisne, à la Ferté-Bernard, au Nord/Est de Le Mans, ville célèbre pour ses rillettes, ses courses de motos et son école de formation de bergers. On ne regrettera pas cette option nordique, un beau temps tout à fait acceptable ayant dominé pendant tout le week-end. Ju est de la partie et ils arrivent à embrouiller Olive, en mettant en avant le petit nombre de kilomètres en course à pied.

En arrivant, on part un peu aux nouvelles, parce qu’on savait pas grand chose avant de venir. C’est que les zinfos, par ici, ils les distillent… Bon ben, on n’en sait pas plus, ils lâchent rien. Alors, comme on est arrivé un peu en avance et qu‘ils n‘ont pas fini d‘installer tout leur bazar, on fait une petite sieste d‘une heure avant de se préparer et de rejoindre le départ…

On apprend qu’il y a seulement 18 équipes inscrites et présentes sur le grand raid, avec 3 équipes mixtes. Il semblerait que la difficulté des éditions précédentes ait fait s’opérer un glissement des inscriptions en faveur du petit raid. Peu d’équipes, mais du beau monde : des tri-athlètes affûtés et aussi quelques têtes qu’on a croisées sur d’autres raids. Très contents d’avoir assuré le podium mixte, avant même que la première goutte de sueur ait été versée, on fait connaissance avec l’équipe 18, mixte elle aussi, qui a participé à toutes les éditions et semble connaître pas mal le secteur et les épreuves du raid. Ils sont en mesure de nous filer quelques infos sur ce qui nous attend et proposent même une alliance sur la C.O. nocturne « parce qu‘à six, pour trouver une balise, on a plus de chance qu‘à trois ». Comme on n’est pas trop adeptes du jardinage, on décline poliment la proposition.

La première épreuve est un relais canoë & run : c’est à dire deux rameurs qui font une boucle sur le plan d’eau en canoë équipés de pagaies doubles, pendant que le troisième fait le tour en course à pied (1,7 km). Une fois la boucle finie, un équipier descend du canoë et part à pied, pendant que le coureur le remplace dans l’embarcation. Et ça pendant neuf tours…

On n’a pas le temps de mettre de tactique au point. On envoie Ju, le meilleur coureur sur le premier tour, puis Vaness sur le second et on verra ensuite en fonction de comment ça s’passe. Sur l’eau la bataille fait rage. On cherche à optimiser les courbes en passant au plus près des optimists-bouées et il arrive que notre trajectoire interfère avec celles d’autres équipages adeptes de tracés plus sinueux. Alors quelques accrochages ont lieu, qui génèrent des déviations ou des freinages qui profitent aux autres équipes pas concernées par le carambolage. Olive met rapidement les choses au point, en ne se faisant pas que des copains sur ce coup-là…
 
Les tours se suivent et ne se ressemblent pas : des fois le coureur est un peu en avance, des fois c’est le canoë, exceptionnellement tout le monde est raccord. Sur la fin, on double nos potes de l’équipe 18, à qui on vient de prendre un tour. Une petite vanne au passage et on enquille de plus belle. On finit par sortir de l’eau, en septième position, à quelques minutes des premiers. On aurait pu optimiser un peu le résultat, si Ju avait fait cinq tours sur les neuf en course à pied (les 5 impairs), les deux autres se partageant le reste, mais pris par la frénésie du truc, on n’a pas eu le temps d’être complètement lucides. Finalement, le résultat n‘est pas si mal.

Bon ben, c’est fini pour l’instant, on s’achemine vers la pasta-party qu’on honore comme il se doit, puis nouvelle sieste d’une demi-heure dans le camion en attendant que la nuit tombe. On rallie en convoi le départ de la deuxième épreuve de la journée, celle qu’il ne faut absolument pas vendanger pour rester dans la course.

La C.O. de nuit est une course au score de 90 minutes qui se dispute sur 2 cartes. Spécificités :
– un départ qui éclate les équipiers dans 3 directions différentes avant qu’ils ne se regroupent avec les documents nécessaires à la course (première carte, définitions de postes et carton de pointage).
– la présence de balises leurres à ne pas pointer sous peine de pénalité
– un azimut à tirer dans un champ
– deux balises à tracer sur la seconde carte
Les autres comprennent tout de suite qu’ils n’ont pas affaire à des Mickeys quand ils voient nos énormes frontales sur la tête, grosses comme des spots de stade de foot.
 
 
On est tous les trois capables d’orienter, ce qui constitue une force de notre équipe. Tout ne repose pas sur les épaules d’une personne, les autres ont un droit de regard sur la carte, on fait des regroupements réguliers pour valider les choix et les tactiques, et quand l’orienteur part en sucette on s’en rend assez vite compte et dans ce cas c’est un autre qui prend la carte. Pour cette course, c’est Olive qui emmène, façon sanglier : droit à travers champs sur la première partie, direct dans l’escalade du talus derrière la 6 pour attaquer la seconde carte, à l‘arrache sur les chemins en estimant la distance de façon intuitive. Vaness assure le traçage, prend l’azimut pointu quand c’est nécessaire. Ju pose les bonnes questions au bon moment, genre : « la 8, elle est bien dans le chemin, elle serait pas plutôt dans le talus ? » ou bien : « Y’en n’avait pas une par-là, avant de redescendre ? »… On tourne la C.O. dans le sens anti-horaire, ce qui nous permet de croiser de nombreuses équipes qui ont pris l’option inverse. On finit par sortir au bout d’une grosse heure avec carton plein, sans erreurs, en quatrième position. On peut aller se coucher à une heure raisonnable, une heure, avec un bilan satisfaisant de cette première journée : on est 3° au scratch, pas explosés et même pas fâchés.
 
Le lendemain, on commence par un p’tit coup de canoë, mais cette fois, on est trois dans l’embarcation. Le départ est donné en ligne, comme aux 24 heures toutes proches. Les équipes s’élancent, Ju bondit comme un psychopathe à l’avant, Vaness plonge à sa suite au milieu et Olive se retrouve comme un babache à essayer de faire décoller le canoë rempli à toc, planté dans le sable, à deux mètres de l’eau. Alors là ça gueule un peu, Ju est sommé de débarquer rapidos et de mouiller ses pompes sinon ça va chier, d’autant que la plupart des embarcations ont déjà décollé, nous laissant scotchés sur la plage.

On finit par prendre le large et on gratte un peu sur le lac, pour sortir dans le peloton de tête au bout. Léger portage puis c’est la rivière, dans le sens du courant. Au début, on a un peu de mal avec les 3 pagaies doubles, tout le monde y va de très bon cœur pour souquer mais c’est tellement désorganisé qu’on se mélange les pinceaux. Alors, on accorde nos violons sur l’homme de proue et c’est avec un bel ensemble qu’on fonce vers le bout de l’étape qu’on atteindra en quatrième position. Pas d’arraisonnement notable à souligner. 


 
On part pour un road-book en course à pied de 8 kilomètres. C’est Ju qui emmène. On jette au passage un regard plein de commisération à un membre du team Endurance Shop, prisonnier des barbelés.

Ju et Vaness astiquent devant tandis qu’Olive est déjà à la ramasse. Regard en arrière sur la longue procession de petits points jaunes lancés à notre poursuite dans les vallons. Olive sait que ces points vont vite grossir et qu’il va être repris par des coureurs à la foulée légère. Mais bon, tous ses voyants sont au rouge et il ne peut pas donner plus. Ju et Vaness tentent quelques questions : « ça va ? » « tu veux boire ? ». Mais l’autre reste mutique, concentré sur son chemin de croix, le maxillaire tendu. Les autres, qui ont appris à reconnaître à ce signe qu’il vaut mieux pas l’emmerder, laissent tomber et continuent à faire la trace. Le calvaire se termine enfin et on retrouve les canoës pour une remontée à contre-courant jusqu’au parc à vélos.

Début de parcours fléché, puis démarre le circuit VTT1 sur carte au 1/25000° qui comportera deux pétales : un bike and run et un circuit VTT2, fléché. C’est assez bourrin, genre triathlon et faut envoyer du steack. Habituellement, quand l’équipe tourne bien, on gaze pas mal en VTT : Vaness a un super rythme dans les parties techniques et les garçons lui prennent le vent dans les portions roulantes où on progresse compacts. C’est un activité sur laquelle on comptait pour compenser le retard dû au manque d’homogénéité de d’équipe en course à pied. Mais notre beau scénario tombe à l’eau : Olive s’est complètement cramé aux huit kilomètres du matin, il n’a pas récupéré et progresse à l’allure du koala sous Tranxène. Les deux autres, devant, rongent leur frein et des pâtes de fruits en attendant qu’il refasse surface. Des concurrents nous doublent une dizaine de fois, ça ne nous inquiète pas, ça veut dire que dix fois on était devant eux… On optimise les transitions en s’arrêtant le moins possible.
 
 
Sur le Bike & run mémo, Ju et Vaness se partagent un vélo, laissant Olive se refaire une santé sur le sien. On fait une faute qui nous coûte cinq minutes sur ce tronçon : à une patte d’oie, où il fallait prendre à gauche plein Ouest, on se laisse embrouiller par des équipes qui rebroussent chemin et on les suit sur la mauvaise branche, alors que si on avait été seuls au carrefour, on prenait la bonne option. C’est toujours dur de faire complètement abstraction des autres dans ces moments là…

Sur le dernier tronçon VTT, notre course rattrape le petit raid et on a l’impression de gazer mieux. Olive commence à retrouver des sensations alors que Vaness accuse le coup à son tour. On arrive finalement largement dans les délais au parc à vélo. Maintenant subsiste la dernière grosse épreuve : un douze kilomètres de course d’orientation sur carte au 1/25000°. On prend le temps de réfléchir en fonction de la règle du jeu, du prix des balises et de l’emplacement des postes. Vaness et Olive arrivent vite à la conclusion qu’avec à la vitesse de progression de l’équipe il ne sera pas rentable de faire plus que la première balise, relativement proche, alors que Ju est prêt à tout bouffer. Les deux sages arrivent à calmer les ardeurs du jeune étalon qu’ils ligotent avec un bel élastique au bout duquel est attaché le réfractaire à la course. Ju met plein gaz vers le premier poste, Olive en ski nautique sur ses talons, Vaness en zone rouge à leurs côtés. On croise une équipe dont un équipier dégueule au bord de la route et c’est ce qui nous attend si on ne calme pas Ju tout de suite. Alors Olive met un peu de poids sur l’élastique pour ralentir la cadence.
 
On arrive sur la balise, on la pointe. Merde, elle renvoie sur une autre ! Keskonfé ? On l’tente ? Nan, c’est trop loin, on rentre. Ju pousse le curseur à toc et ramène toute la troupe à donf au camp de base. En plein virage, on entre en collision avec les Tamalous qui démarrent la C.O. qu’ils feront en entier en 1h20 pour récupérer deux heures de bonif. Soit un bénèf de 40 minutes. Pour une équipe qui a la caisse en course à pied, ça valait le coup d’être tenté. Pour notre part, on récupère 30 minutes de bonif pour un quart d’heure de course, soit 15 minutes de bénèf. C’est le maximum qu’on pouvait gagner, on l’a bien géré.
 
Pour finir, il ne reste plus que les trois tirs simultanés (arc, carabine et sarbacane) qui seront sanctionnés par des tours de circuit en cas d’échec. On prend cinq tours. Au début on pensait que c’était des tours de plan d’eau et ça nous faisait pas rigoler du tout. Mais quand on voit que c’est un petit circuit ridicule alors là on pousse un gros soupir de soulagement et on va gambader sur les planches et trottiner dans le sable. Une dernière chicane, une dernière ligne droite et c’est enfin l’arche d’arrivée.

Le chrono s’arrête. On pense avoir préservé la première place en mixte. Olive estime qu’au scratch on a dû passer six ou septièmes, Ju est plus optimiste. C‘est lui qui a raison, on a gagné une place sur la deuxième journée pour finir second au scratch, c’est assez inespéré. Notre ténacité a payé, on n’a pas lâché dans les moments difficiles, on n’a pas fait de grosse faute, et on doit profiter des erreurs ou des baisses de régime de certaines grosses équipes.

Les écarts de temps sont minimes, c’est un raid où il faut être régulier et performant partout, se trouer sur aucune épreuve, sinon on le paie cash. Cette édition nous a bien réussi. Indépendamment du résultat, on y a trouvé une bonne ambiance, fait des rencontres sympas, on en gardera un bon souvenir. 

 
 Spéciale dédicas’ à Matthieu le Rastaman, chef d’orchestre du raid.

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