Le raid Canéo dans le rétro – ETAPE 5 : Comme une odeur d’iode…


Encore une grosse étape et pis ça va commencer à sentir la fin !!! Au menu : kayak (30), VTT (39), Spéléo (2), March’O (23), VTT (30), kayak (6), Marche (7), VTT (19), kayak (51). Mise à part la dernière, les sections sont relativement courtes et les deux premiers kayak promettent d’être ludiques.

On démarre aux premières lueurs du jour – pour ne pas gêner ni être gênés par les touristes – par la descente des gorges de l’Ardèche. Départ par ordre du classement, toutes les 30 secondes. Il manque un peu d’eau, mais rien de pénible, on se scotchera rarement sur le fond. Nous naviguons dans le courant. Les photographes et cameramen de l’Organisation sont aux endroits stratégiques. Pas mal de passages techniques à la faveur desquels nous mesurons notre manque de pratique, mais bon, on arrive à gérer tant bien que mal… Lorsque nous abordons seuls les zones à problème, ça passe tout seul, mais dès qu’on s’y retrouve à plusieurs embarcations, on fait un peu n’importe quoi. Trop de paramètres à prendre en compte, sûrement…

On observe les Ch’ti raid avec leurs kayaks en fibre, qui débarquent avant les rapides, portent et rembarquent en eau plus calme. Ils ont opté pour cette option car la fin est relativement cool, et ils veulent profiter d’une embarcation rapide. Mais en attendant, ils en bavent pas mal dans le haut…

Dans le début, à noter un chavirage pour le kayak de Ju et Vaness. Ils ne seront pas les seuls, on voit des équipes en train de vider, régulièrement sur le parcours. Nous progressons assez vite mais nous nous faisons reprendre régulièrement au gré des multiples arrêts-pipi de Vaness. La trouille, peut-être ? Dans la seconde moitié de la descente, au niveau d’un gros bloc isolé en sortie de rapides, Ju et Vaness retournent à la baille, avec petite crise d’angoisse en prime, en raison de la difficulté à sortir du tambour de la machine à laver. Plus bas, sur une configuration similaire, c’est Thierry et Olive qui font un parfait tout-droit dans un gros bloc, le nez du kayak plie sous l’effort, se déforme, mais ne rompt pas…

Finalement, on arrive tous les six (nous et les deux kayaks) en relativement bon état au terme de cette descente. Point ravito où notre passage fait penser à l’arrivée d’une nuée de grillons dans une culture Africaine…

Avant, après… Et encore, on a souvent fait bien pire…

C’est parti pour le VTT où on va prendre, dès le début, 400 m de dénivelée dans la tête.

« Les fous de Bassin » de Karine-les-couettes font quelques kilomètres en notre compagnie puis – pfuittt ! – disparaissent. On est ensuite au contact de « Franky et ses drôles de dames », avec qui, une fois de plus, on fera route commune. Les pittbulls sont au taquet et ça envoie bien. On avale les montées, pas de gros soucis d’orient’. Plus loin, on aperçoit l’équipe de « Petit Casino », leader en « Aventure ». Ils roulent en ligne, reliés les uns aux autres par des élastiques. En montée et sur le plat, ça paie, quand la différence de puissance entre les équipiers est trop importante. Par contre, ils le testent aussi dans une descente technique et caillouteuse, alors la sanction arrive assez vite : gamelle, avec beau pet’ à l’épaule pour la féminine. Nous perdons ensuite le contact avec « Franky… », à la faveur d’une nouvelle crevaison sur le vélo d’Olive.

Le temps de réparer, nous sommes maintenant en compagnie des vétos de « Bayer ». Ils avancent plus lentement que nous, mais nous n’arrêtons pas de faire des chassés-croisés avec eux, Ju devenant très fébrile en orient’ : mauvais choix, pauses un peu longues, aller-retour. Ils doivent nous prendre pour des bons gros bourrins décérébrés, et on peut les comprendre… On n’est vraiment pas au top sur cette fin de section.

Nous arrivons tous dans un mouchoir sur le lieu de rendez-vous avec l’assistance, mais notre équipe prend une fois de plus beaucoup de temps pour se ravitailler, se préparer et papoter avec la « famille Trounet », en vacances dans la région, qui nous suit depuis dimanche après-midi.

Rassasiés, nous attaquons la montée qui nous amène à la section spéléo qui est une traversée « Aven Grégoire » – « Grotte des Fées ». Nous tombons une fois de plus sur l’excellente Annie, préposée à la gestion des équipes très très en colère de devoir attendre pour partir sous terre. Il y a deux heures à patienter, on s’installe au mieux, à l’ombre, dans les cailloux. On est presque toutes les équipes du « Raider » regroupées sur le spot. Une partie des concurrents, emmenée par Pierre, qui compte de nombreux « Gauloises » à son actif, souhaite négocier auprès de l’Organisation une pénalité de cinq heures pour ne pas faire le trou. Pour notre part, nous aimerions bien y aller, si les temps d’attente nous sont justement décomptés. Gilles Lelièvre, le Directeur de course, se rend sur place et apporte son éclairage de la situation, à la lumière de sa très grande expérience des gros raids engagés à l’étranger. Annie, de son côté, conseille de jouer le jeu.

Finalement, après toutes ces palabres, nous entrons dans le trou…

C’est encore un très beau parcours, plus physique que sur l’étape précédente. Il faut savoir bosser avec ses jambes pour ne pas avoir rapidement « les bouteilles » dans les avant-bras. Ju, le moins expérimenté d’entre-nous, s’en tire à merveille, une fois de plus. Il progresse vite, le gaillard !

Par contre, devant, pour Franky et Claire c’est le big cauchemar : leurs coéquipières, Karine et Viviane sont complètement claquées et elles crament leurs dernières cartouches dans les remontées sur échelles et les traversées sur corde au dessus de l’eau. On assiste à de belles crises de nerfs qui nous feraient bien marrer dans d’autres circonstances. Mais on est un peu inquiets pour ces quatre-là, et on voit aussi filer les heures alors qu’on avait les moyens de faire la traversée en deux/trois heures si on n’avait eu personne devant. Pas question de jouer les barbares perso, on reste au contact au cas ou Franky aurait besoin d’aide.

Devant, l’info nous revient que les vétos sont paumés et tournent en rond. L’équipe de Franky part se perdre à leur suite. Olive trouve la musse – un trou à gauche dans la cheminée par lequel on sent l’appel d’air – et remet les égarés dans le droit chemin. Par contre, derrière Ju, ça n’a pas suivi assez vite et nous nous retrouvons de nouveau bloqués par l’équipe de Franky. On continue notre chemin de croix…

Pendant ce temps, Bréva joue au monstre à deux têtes dans le petit lac, à la sortie de la grotte des Fées…

Lorsqu’on sort, au bout de 5 (7 ?) heures, la nuit est bien installée. Un feu de camp sur la plage nous réchauffe et on se ravitaille en puisant dans les gros sacs que nos assistants ont apporté là, à la sueur de leur front. Lydie, affectée au pointage en sortie de grotte, contacte la direction de course pour nous faire part des dernières décisions prises, en raison du retard des équipes, suite aux attentes en spéléo. Elle nous apprend que le VTT (30) entre la marche’O et le kayak est supprimé. Nous devons donc effectuer la marche, puis être transférés par nos assistants en camion, pour rallier le départ de la descente du Gardon, demain matin.

Les 23 km de marche en orientation semblent comporter quelques difficultés : marche dans la rivière au début, orientation assez fine sur la deuxième partie, avec une remontée de canyon sec pour finir. Est-ce que la fin de la nuit sera assez longue pour faire tout ça ?

Comme on n’est pas rancuniers, on part avec l’équipe de Franky, on pourra papoter en marchant, comme ça. Karine a la démarche chaloupée du chimpanzé affublé d’un pied-bot. Faut dire qu’elle a les pieds défoncés et marche avec les chaussures de son assistant de père, trop grandes pour elle. Côté Flying Avent’hure, Thierry et Olive ont eux aussi de gros soucis d’ampoules, certaines à vif, et Vaness souffre d’une cheville, bien gonflée depuis le canyon.

Nous sommes tous à la limite de l’épuisement et il est très difficile de lutter contre le manque de sommeil. Ceux qui marchent le plus vite profitent des longues portions pour prendre de l’avance et s’écrouler au bord du chemin à l’intersection suivante, tous phares allumés, afin de dormir quelques courts instants. Quand les autres passent, ils les réveillent et les dormeurs se lèvent pour repartir, comme des robots…

Soudain, des frontales surgissent des ténèbres : ce sont les vétos, en pleine forme, qui viennent se joindre à nous. Bien qu’ils nous assurent ne pas utiliser, pour leurs besoins personnels, les remèdes de cheval consignés dans la pharmacie de leur école à Maisons-Alfort, on conserve un petit doute en voyant la patate qu’ils ont encore, à une heure aussi avancée de la nuit…

Et v’la t’y pas qu’ils se mettent à hurler des chansons dans lesquelles ils clament avoir sodomisé la moitié de la planète et vouloir faire subir le même sort au reste de l’humanité… Bien qu’on apprécie ces chants virils qui contribuent à nous maintenir dans un état de semi-hébétude permettant d’avancer encore, on veille à les avoir toujours à une distance respectable, de préférence devant nous… Un accident est si vite arrivé !

Et là, plutôt à droite ou à gauche ? Thierry oriente avec les vétos. En tout cas, c’est pas la peine de demander son avis à Karine… Elle en a rien à foutre ! Et doit y’en avoir encore une autre qui roupille, allongée, planquée derrière elle.

A la balise de la Pierre Levée, nous arrivons à négocier une micro-sieste collective de 5 minutes. Puis, il faut repartir. Quelques heures plus tard, la troupe claudicante passe le dernier check-point et s’engage dans le canyon sec. Ju est prêt à renoncer, Vaness le booste, et Olive le veille comme un vieux chien fidèle, lui mordant le mollet quand c’est nécessaire, pour le faire continuer à avancer.

La remontée est interminable et dangereuse pour ces organismes au bout du rouleau. La fin n’est pas évidente à trouver d’après la carte. Aussi, au bout d’un moment, les orienteurs visent, après une remontée dans la pente à travers la végétation, un chemin au dessus qui rallongera la fin en nous faisant passer à 200 mètres à vol d’oiseau de l’arrivée, qu’on ne ralliera qu’après quelques kilomètres supplémentaires de détours.

On ne sait pas comment les autres équipes ont géré ce passage. De jour, ça a sûrement été plus facile. On apprendra plus tard que l’Organisation a du lancer des cordes pour sortir une équipe engagée plus en avant dans le canyon.

Sur la fin, les vétos nous lâchent, ils ont les moyens de finir plus vite. On n’en voit pas le bout. Vaness pique une crise de larme ; elle a réussi à tenir jusque là, mais c’en est trop, faut que ça sorte. D’autant plus que la barrière horaire est de nouveau éclatée. Qu’est-ce qui nous attend au contrôle ?

Bonne nouvelle ! La barrière horaire de 6 h pour se mettre à l’eau en kayak a été étendue jusqu’à 8 h 30. Il est 7 heures, on est dans les temps ! Olive réveille les assistants qui en écrasent dans le camion, Bréva prend les commandes avec du caca au coin des yeux, on s’affale sur le matelas et on peut dormir une demi-heure, blackboulés par les virages…

Petit déj’ express et déjà il faut enchaîner. On met à l’eau pour 6 km de descente du Gardon jusqu’au pont du Gard. La plupart des équipes sont parties sur cette section il y a deux heures déjà. On ne verra personne et on devra encore faire la course derrière, toute la journée.

Arrivée au pont du Gard mardi 6 août au matin. Toute ressemblance avec des personnes de votre entourage existant ou ayant existé serait purement fortuite…

On prend le temps de faire un état des lieux de nos bobos avant de repartir. Quand Olive retire ses chaussettes, le spectacle n’est pas beau à voir. Des ampoules éclatées en pagaille, mais surtout un drôle de petit volcan qui s’est formé sous le pansement en double-peau sur un de ses orteils. Lorsqu’il perce cette cocotte-minute, un énorme flot de pus épais s’en échappe, libérant une odeur de charogne. Le trou est profond, l’os n’est pas loin… Un traitement radical s’impose : désinfectant et de l’air ! Pas question de renfermer ça pour l’instant. Il effectue un petit bricolage sur ses tongs Méphisto à 2000 dollars en ajoutant une lanière arrière confectionnée avec de l’Elastoplast. Top tendance ! La section de marche suivante se fera avec cet équipement qui fournira un bon Joker afin de ne pas courir…

Ces sept kilomètres défilent relativement vite. Le tunnel Romain à l’arrivée ne nous pose pas trop de problème et on peut remonter sur les VTT pour 19 km assez soutenus, avec de la très grosse montée et un cheminement un peu à l’arrache sur la fin, le GR étant tout chamboulé. Grosse descente sur la base nautique de Beaucaire, au bord du Rhône.

Il ne reste plus que la grosse section de kayak et c’en sera fini de cette cinquième étape ! Le vent souffle par moments et on a bon espoir de pouvoir utiliser enfin les voiles… Avant d’embarquer, Vaness et Olive prennent le temps de se doucher, Ju et Thierry de s’empiffrer.

On installe les voiles, on met à l’eau, on borde et c’est parti ! Bof, c’est pas terrible en fait… Ca aide un peu, mais moins qu’on croyait. Par contre, le courant emmène bien. On doit être dans les 10 km/h sans trop forcer. Assez vite, on tombe sur une difficulté : une sorte de gros barrage en pierres que nous tentons de franchir à la barbare. Heureusement, des ados costauds qui jouent dans l’eau à cet endroit viennent nous pousser. Ca râcle, ça tangue, ça force, mais ça finit par passer. On n’a rien pété, mais on a été un peu joueurs sur ce coup : il aurait mieux valu débarquer…

Bientôt, il faut quitter le Rhône pour le Petit Rhône, avant Arles. Les vétos, qui arrivent à notre suite, préfèrent faire un tout droit vers Arles, en rive gauche du fleuve. Hi, hi, hi !!!! Nous allons naviguer un moment sur la frontière entre les régions Languedoc-Roussillon et P.A.C.A. La voie d’eau est sinueuse, le vent est tombé, les voiles ne nous sont d’aucune utilité, il faut déjà les plier. Des I.P.N. chafouins ont été disposés verticalement dans l’eau pour éventrer les kayaks imprudents. L’un d’eux infligera une sévère balafre à l’embarcation de Thierry et Olive dont le nez avait été déjà sévèrement éprouvé dans l’Ardèche.

Les heures passent, monotones. On commence à avoir l’habitude. Pourtant Olive s’endort trop souvent au goût de Thierry. Sa pagaie effleure à peine l’eau. « Chot, tu dors ?! » Ce n’est pas une question, plutôt un constat qui revient de plus en plus souvent. Alors Olive adapte la technique qui avait permis de continuer à avancer en marchant la nuit : une succession de gros bourrinages suivis de micro-siestes de 30 secondes à 2 minutes, le temps que l’autre kayak recolle.

Et c’est ainsi, par à-coups successifs, qu’on avance jusqu’à apercevoir une balise en rive gauche, au bout d’une bonne quarantaine de kilomètres. Cé koa ça ? Putain, l’arrivée déjà ! Plus tôt que prévu. C’est bon ça !

Le comité d’accueil est très virulent, des nuées de moustiques affamés nous sautent dessus et ce n’est pas pour qu’on leur signe des autographes… Bienvenue en Camargue ! On s’asperge de lotion, avant de manger peinards, maintenant que le chrono est arrêté.

La nuit est tombée, on charge les kayaks sur le toit du véhicule à la force du poignet, une poulie de la grue ayant rendu l’âme depuis la veille. Petite navette camion et on plante les tentes au milieu des crottins de cheval, pour quelques heures de sommeil bien méritées.

2 Réponses

  1. Passionnant à vous lire, tant de photos, de visages rejouis, tant de vidéos….
    Si l’on calcule le temps de pause par photos mutiplié par le nombre de clichés, plus le temps cumulé de la vidéo, si on ajoute trois et on retranche 5……
    Argh, je viens de m’apercevoir que vous auriez pu le finir en un jour ce raid !!!!!
    Heureusement que personne, parmi vous, faisait de l’aquarelle, vous auriez fini dernier…..lol

  2. bon ben je vois que tu suis notre récit après avoir suivi et commenté la course ! merci à toi sergio ; sache que tous tes commentaires nous ont été retransmis et nous ont boosté !
    merki…
    ju
    ps: on se racontera ça bientôt pendant le pré rentrée…

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