Le raid Canéo dans le rétro – ETAPE 4 : Voyage au centre de la terre


Transfert en camion pour rejoindre le départ au lac de Naussac :

Cette quatrième étape démarre le Vendredi 1° Août, en Lozère, au bord du lac de Naussac qu’il nous faudra traverser en kayak. Seulement 6 km, juste une formalité après les sections de oufs qu’on vient de manger. Nous mettons à l’eau un peu à l’écart et pouvons ainsi profiter de la quiétude de ce début de journée. Le calme avant la tempête…

Puis nous rejoignons la ligne pour un départ en masse. Ca part assez vite, on expédie la section en moins d’une heure. Au débarquement, moment de panique : on ne trouve pas notre assistance. On les cherche cinq bonnes minutes, le ton monte un peu. Une fois de plus, il faut relativiser : sur un raid d’un millier de kilomètres, qu’est-ce que c’est que cinq minutes, bon dieu ?

On enquille pour 46 km à VTT, ça part groupé au début, puis le serpent s’étire progressivement. On navigue un moment en compagnie de Laurent D., un vendéen qui nous avait contacté il y a quelques mois lorsque son équipe inscrite au Canéo se barrait en sucette. Il a fini par intégrer une autre Team, qui a l’air de bien fonctionner.

Un peu plus loin, on rejoint « Franky et ses drôles de dames » et on fera un bon bout du VTT en leur compagnie. On s’aperçoit à cette occasion que les trois filles sont des vraies pittbulls, relançant sans cesse, s’encourageant, ne lâchant jamais le beefsteak ; un peu dans le genre de la nôtre, koa…

VTT en Lozère, pas toujours roulant…

On subit de sévères attaques de mouches, faut dire que nos tee-shirts n’ont pas été lavés depuis le début…

Des pavasses, de la grosse montée, de la descente qui envoie, quelques soucis d’orientation…

Passage rapide à notre point d’assistance, un peu à l’étroit au bord d’une rue dans un petit village.

Puis c’est le départ pour une marche orientation de 35 km théoriques sur les monts Lozère.

En altitude on rencontre le brouillard avant de passer au premier CP, où nous prenons une pénalité d’une heure pour non-présentation des sacs de couchage, que nous n’avions pas emportés avec nous. Sur cette marche nous nous retrouvons presque tout le temps seuls ; nous croiserons deux fois la route de l’équipe « Pic Saint-Loup », et verrons apparaître une fois, au loin sur un sommet, « Franky et ses drôles de dames ».

Si le début de cette marche se passait sur les chemins, la suite se gère à l’arrache, en composant l’itinéraire avec la carte, au grès des courbes de niveau, des dénivelées, des pièges visibles ou supposés du terrain… De sommets en sommets, on rejoint le pic Cassini, point culminant de notre expédition, avant de redescendre vers la vallée.

Thierry est confronté à ses premiers soucis d’ampoules. Il y en aura d’autres !

Il faut rejoindre le lac en contrebas en suivant les crêtes. Puis une longue montée nous mènera à la Garde-Guérin, but de cette section. La nuit va tomber dans moins d’une heure, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, on progresse à l’arrache en pleine brousse. Vaness nous gratifie à cette occasion d’une crise de panique, à la perspective d’errer une partie de la nuit à la recherche d’un improbable bout de chemin qui devrait nous ramener à la civilisation.

La fin est dure pour Thierry et Olive qui se traînent sur les derniers kilomètres. Lorsque nous arrivons au pointage à la Garde-Guérin, la nuit est entamée depuis belle lurette et il reste encore deux équipes dehors, dont celle de Franky. On est bien claqué et le repas du soir est vite expédié, d’autant qu’un vent terrible frigorifie tout le monde.

Dans l’après-midi, nos assistants avaient eu largement le temps de faire un peu de lessive et de rangement. On pourra ainsi repartir plus tard avec des fringues qui ne rameuteront pas toutes les mouches du secteur.

Dans la descente du pic Cassini, on a dégotté un bois de cerf que Ju a ramené, au péril de sa vie, attaché derrière son sac, risquant en permanence une perforation pneumo-testiculaire.

A peine couché, il faut déjà se lever. Katia qui était venue réveiller Olive d’un suave : « Olive, il est 4 heures. » se voit rétorquer un : « ET ALORS ? » bourru. Ca commence a être bien dur de se lever, surtout avec le vent de psychopathe qui souffle et dans la perspective de revêtir une combin’ pour se mettre à l’eau dans un canyon aux toutes premières lueurs du jour.

Le départ est donné le Samedi matin, à partir de 5h30, toutes les 30 secondes, dans l’ordre du classement. L’équipe arrive à se présenter à temps, malgré un Olive qui tourne à 2 à l’heure et qu’il a presque fallu habiller.

Dans la descente vers le canyon de Chassezac, il ya un piège à éviter : ne pas descendre trop tôt, sinon on rate le premier CP. A une intersection, Ju, qui emmène la carte est prié de bien prendre le temps d’orienter, de ne pas se laisser influencer par les autres équipes, de prendre 5 minutes s’il le faut. Bien entendu, il nous emmène bille en tête, à la suite d’un troupeau, dans le mauvais accès. Caramba ! pas de balise ! Cé koa kon fé ?

Olive et Thierry, en compagnie de Viviane de l’équipe Franky… décident de remonter le canyon pour aller pointer. Au bout de 10 mn à contre-courant, ils tombent sur les Ch’tis et les Anglais, en tête de la course et dans le bon sens après s’être trompés eux aussi, qui leur déconseillent, vu la distance à parcourir, d’insister par là et d’accéder à la balise par les chemins. En plus, les balises doivent être pointées à quatre, l’idée n’était pas bonne.

Tout le monde redescend, l’équipe se reforme, remonte tout le coteau, prend le bon chemin et accède enfin au bon départ et à la balise après avoir crâmé du temps et déjà pas mal d’énergie à suer dans les combardes. Une journée qui démarre plutôt mal !

Quand on rentre dans le canyon, ça bouchonne grave, les équipes du classement « aventure » qui n’ont pas fait l’erreur d’orient’ du départ sont déjà là et s’agglutinent pour franchir les premiers passages délicats. C’est très difficile de doubler en restant gentlemen, pourtant notre rythme de progression intrinsèque est beaucoup plus rapide et on voudrait bien prendre un petit peu d’air. C’est chose faite au premier rappel. Plutôt que de prendre notre ticket comme à la poissonnerie du Leclerc pour le rappel en rive gauche, on voit la brèche sur une main courante, moins intéressante mais complètement libre, en rive droite. Ca y est, la voie est libre devant et on profite pleinement de la fin de la section technique, rappels, toboggans… Nous cheminons en compagnie de quelques équipes qui jouent encore en « extrême », comme les « Fous de Bassin », ainsi que l’équipe « Cap Opale », avec un équipier grelottant de froid dans son shorty.

Un peu crispé au début, Ju a assuré comme un chef…

La partie basse du canyon est sans intérêt. On marche en veillant à gérer au mieux les glissades pour ne pas nous faire l’entorse ou la fracture qui mettrait fin à l’aventure.

Pendant ce temps, une fois la corvée d’eau effectuée, nos deux assistants, Katia et Bréva, prennent du bon temps…

Fin de la section canyon. On a trois heures pour se changer, se restaurer et faire une liaison camion par de la petite route qui nous emmènera en Ardèche. Les « extrême » s’y rendront par un circuit de 37 km de VTT.

Ca en écrase sec à l’avant comme à l’arrière du camion.

On part bientôt pour 19 km de marche/spéléo/via cordata.

Lorsqu’on approche du départ de la spéléo, on croise plusieurs équipes qui rebroussent chemin, assez remontées : il y a beaucoup d’attente avant d’entrer dans le trou et l’Organisation fait le forcing pour réduire l’embouteillage en adaptant une fois de plus le menu : les équipes devront effectuer un seul des deux parcours spéléo : celui-ci (la Dragonnière de Bannes) ou celui de la fin de l’étape (l’Event de Foussoubie).

Au niveau de la gestion des temps de course, ça ne va pas être fastoche et l’embarras de Gérard Fusil est assez palpable :

Nous décidons de poireauter ici pour faire la Dragonière de Bannes. On vire les plus gros cailloux et on s’installe tant bien que mal pour une pause de deux heures. Celà nous permet de faire plus ample connaissance avec Annie – une Vosgienne ou bien ? – affectée au pointage, qui est une ancienne concurrente des raids Gauloises (6 participations dont une victoire à Madagascar), ainsi que du marathon des sables… Cette pointure, habituée des gros raids en conditions extrêmes (une section de 120 km en bateau gonflable, une rondelle de saucisson pour 10 personnes, à sucer pendant une quinzaine d’heures) nous permet de relativiser les petits soucis de manque de sommeil et d’attente qu’on rencontre sur le Canéo.

Au bout de deux bonnes heures, nous avons enfin le feu vert pour revêtir nos magnifiques combinaisons blanches afin d’aller ausculter ce fameux trou. Olive démarre, Ju à sa suite et puis ça bloque déjà, la féminine de l’équipe précédente semblant un peu en détresse. Vaness et Thierry sont scotchés à l’extérieur une demi-heure, assis au bord du trou, le temps que la situation se décante en dessous. On laisse bien partir devant, parce que ça parpine pas mal dans les rappels et on ne veut pas battre nos adversaires par K.O., c’est qu’on est fair-play nous autres !

Nous finissons par avoir un peu d’espace devant et on peut y aller. De beaux rappels, des étroitures étroites, voire très étroites, un cheminement à trouver à l’aide du topo, on prend tous beaucoup de plaisir, y compris Ju, qui appréhendait beaucoup la spéléo. La naissance d’une vocation, peut-être ?

Lorsque nous sortons, il fait déjà nuit. Il faut maintenant cheminer par des GR qui crapahutent pas mal pour rejoindre la via cordata. Nous en cherchons en vain le départ pendant plus d’une heure, hurlons, sifflons, pour établir le contact. Les explications paraissent simples sur le papier, mais nous ne trouvons pas l’accès à la vire. Après avoir râtissé en vain tout le secteur, exploré toutes les possibilités, nous décidons de rejoindre la fin de l’étape par les GR. Il est trois heures du mat’ environ. Mais au bout d’un quart d’heure de descente, nous avons peur de basculer en « Aventure » sur ce coup et nous appelons Amélie, de permanence à l’Organisation. Après une demi-douzaine de coups de téléphone, nous sommes en contact avec le responsable franchissements qui nous assure qu’un guide vient nous récupérer à l’intersection de sentiers. Nous rebroussons alors chemin, récupérons au passage l’équipe Anglaise qui rentrait direct après s’être aussi cassé les dents sur l’accès à la via, et rejoignons le guide au lieu de rendez-vous.

Nous sommes verts en voyant que l’accès à la vire passe par une petite escalade non-rubalisée, introuvable dans l’obscurité. Encore du temps de course perdu en vain, sans parler des heures de sommeil à venir que nous hypothéquons en galérant ainsi sur le parcours…

Le passage en vire est assez impressionnant, même de nuit, au dessus des gorges de Chassezac. On devine bien le gaz en dessous et les marches pour les pieds sont souvent étroites. Ju progresse avec l’aisance d’un hippopotame sous tranxène et nous devons le fouetter pour qu’il continue. Il pense que, de jour, il n’aurait pas pu le faire. Nous, on est sûrs que si : on l’aurait assommé et attaché comme un gros sac à une longe de notre baudrier pour lui faire franchir ce passage…

Nous sortons de la via et rejoignons le point d’assistance suivant par les GR, comme indiqué sur le raid-book, les Anglais bidouillant un truc perso de leur côté. Entre 5 et 6, on s’octroie une heure de sommeil, avant de repartir le dimanche matin pour terminer cette interminable étape (amputée de la fin, qui plus est).

 
La visite éclair, à notre campement, de Docteur House, venu nous assurer de son soutien, nous regonfle à bloc…

Dernier tronçon : du VTT, en suivi d’itinéraire d’abord, puis en orientation ensuite. L’heure de sommeil nous a fait du bien, c’est roulant, alors on envoie du steack, la journée est belle. Mais bientôt, les ennuis mécaniques commencent : crevaison sur le vélo d’Olive, au niveau de l’équipe Belge et d’une autre, en réparation eux-aussi. Malgré le produit anti-crevaison, le tubeless perd régulièrement de l’air et rouler sous-gonflé dans ces chemins Ardéchois farcis de pierres, qui prennent gros de dénivelée ralentit considérablement l’allure. Finalement, on vire tout et on monte le pneu de secours avec une chambre. En même temps, la fixation de selle, sur le vélo d’Olive aussi, bien entendu, menace de rendre l’âme et il faut la ménager, évitant de mettre du poids dessus, en pédalant au maximum en danseuse. Plus loin, c’est l’attache-rapide de chaîne qui saute, sur le vélo d’Olive encore, bien sûr ! Les trois autres y vont de leurs bons conseils et la check-list s’allonge de minute en minute : chaque mètre à parcourir doit faire l’objet d’une analyse anticipatrice des plus fines. Cette fatigue intelectuelle s’ajoute à la fatigue physique, mais jamais il ne vient à l’idée dudit Olive l’envie de brandir son vélo au dessus de sa tête et de le jeter à la gueule des trois autres… C’est ça l’esprit d’équipe !

Après toutes ces galères, nous atteignons la partie VTT’O. Sur un petit cafouillage entre les balises 3 et 4, on se fait reprendre par « Franky et ses drôles de dames », pourtant partis du point d’assistance deux heures après nous ! C’est dire le temps que nous ont fait perdre ces soucis mécaniques. Nous allons rouler de concert avec eux.

Notre idée de départ, sur cette portion, était de faire au plus direct, en choppant juste 4 balises dans l’ordre croissant. Mais on se prend au jeu et on butine systématiquement jusqu’à la n° 6 qu’on cherche pendant 1h15. A 30 mn de pénalité la balise, c’est pas rentable ! Il faut arrêter de faire n’importe quoi et les plus sensés des huit cyclistes parviennent à convaincre les plus joueurs qu’il est maintenant temps de rentrer au plus direct à Vallon-Pont-d’Arc, en ramassant juste deux balises sur la fin du parcours. Finalement, on en prendra 8 sur 11, en gaspillant pas mal de temps. Descente technique, quelques kilomètres de bitume et on arrive dans un champ qui baigne sous un soleil de plomb, lieu de cette fin d’étape.

Douche, rasage, soin des ampoules aux pieds, réhydratation, repas substantiel, sieste… On se requinque au maximum pour aborder dans les meilleures conditions les deux dernières étapes à venir.

2 Réponses

  1. bon, au lieu d’ glander et d’écrire des Co…ries, sur les ordis, y faudrait p’têtre se sortir les doigts et préparer un raid pour les z’aut , maintenant !…

  2. Franchement,moi Z’aussi je voudrais bien participer à une Flying Z’avent’hure concoctée par vous 4!!!
    Ben ,ouais un raid flying aventhure quoi !!!!!

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