Le raid Canéo dans le rétro – ETAPE 2 : Et vogue la galère…


Mardi 29, 2° jour de raid. La course ayant déjà pris un retard substantiel par rapport aux prévisions, le départ de la deuxième étape, 92 km de kayak sur le canal de Bourgogne, est décalé de 3h. Une navette camion nous achemine de Fontainebleau à Saint-Florentin dans l’Yonne.

Katia et Bréva peuvent enfin tester leur jouet « pour de vrai ».

Ca ressemble assez aux vacances de Monsieur Hulot, crème à bronzer, bob sur la tête.

C’est parti ! l’équipe de Karine Baillet est déjà aux commandes…

Les kayaks en fibre de verre ont déjà fait le trou sur les paquebots en plastok.

Le départ est un joyeux capharnaüm où il faut éviter de découper en deux, à grands coups de pagaie, les kayaks fibres voisins. Heureusement, la plupart de ceux-ci ne restent pas longtemps au contact et filent en tête de course.

Nous démarrons dans la config suivante : Ju à l’arrière et Vaness à l’avant dans une embarcation, Thierry à l’arrière et Olive à l’avant dans l’autre. Mais ça ne colle pas, le kayak mixte est à la ramasse. On essaie une autre config, en inversant Thierry et Ju. Encore trop lent ! Finalement, on trouvera une sorte d’équilibre en mettant dans le même esquif la grosse mule à l’avant avec la dyslexique du bras gauche au pilotage.

On avait prévu d’embarquer un petit poste radio pour s’occuper l’esprit et aider à faire passer le temps, mais ça merdouille pour une histoire de piles. Le voyage se déroule, monotone. On se doutait que ce serait chiant, on n’est pas déçus… Le franchissement de la quarantaine d’écluses rompt la routine des coups de pagaies. A chaque fois, il faut accoster, débarquer, tirer le kayak sur le halage (souvent le talus est haut de 3 à 5 m et revêtu de végétation humide et urticante) porter l’embarcation sur le bitume, la tirer sur l’herbe quand il y en a, remettre à l’eau, réembarquer… On se robotise, les manoeuvres deviennent automatiques. L’ennui nous gagne…

On donne chacun environ 70 000 coups de pagaie sur cette section…

La nuit finit par arriver. On s’autorise 15 mn, pas plus, pour le repas du soir, pris à la va-vite sur une écluse. Plus tard, au milieu de la nuit, on s’offrira un court sommeil en chien de fusil sur une autre écluse, réveillés par le portable au bout de 5mn chrono. On s’endort rapidement dans ces conditions, et on se remet d’attaque très vite aussi.

C’est assez inhumain comme truc. On se dit que même Caligula, le pire des empereurs romains, n’aurait pas osé demander à ses esclaves, dans les trières, un effort comparable. Mais bon, on est venu là en connaissance de cause, alors on assume et on enchaîne…

A la faveur d’un franchissement d’écluse mal négocié, Olive fait une petite poussette sur le kayak de Ju et Thierry qui n’avaient pas eu le temps de s’assoir correctement au fond. Alors v’la t’y pas que l’esquif se met à tanguer, le mouvement s’amplifie suite au manoeuvres desespérées des deux babaches pour rétablir l’équilibre, et badaboum ! les deux passent à la flotte. Dans l’autre kayak, on s’marre un peu, mais pas trop quand même pour ne pas vexer les deux malheureux qui devront finir l’étape trempés des pieds à la tête. C’est ça l’esprit d’équipe !

La nuit se déroule, interminable… On essaie de gérer des courts sommeils réparateurs : un dort 30 secondes à 2 minutes, assis dans son iloire, pendant que l’autre continue à ramer. Il arrive quelquefois qu’on soit réveillé en sursaut, fouetté par les branches des arbres, quand les deux rameurs s’assoupissent conjointement et que le kayak fait un tout-droit sur la berge.

Mais on tient, à notre rythme. Dans la deuxième partie de la nuit, on commence à reprendre des équipes, échouées sur le bord. Certaines dans un état pitoyable. Frigorifiées, épuisées, en détresse. On passe notamment « les Fous de Bassin » avec une « Karine les couettes » méconnaissable sous sa couverture de survie, plus loin la grosse équipe d’Adrien qui ambitionne un podium sur l’extrême, stationnée en état d’hébétitude avancé, désemparés par la longueur du tronçon et accusant un gros coup de mou. On prend conscience que c’est très dur pour tout le monde, que l’organisation a une fois de plus sous-estimé les chronos et les barrières horaires (barrières horreur ?). On continue donc, comme le petit lapin rose (encore un lapin) des piles Duracell qui continue à bouger ses petits bras alors que les autres ont vidé leur batterie depuis longtemps…

On est à moins de dix bornes de l’arrivée quand on reçoit un coup de fil de notre assistance : « Seulement quatre ou cinq équipes sont arrivées, beaucoup plus tard que prévu. Certaines sont encore à 30/40 km de l’arrivée. L’organisation propose, pour le « Raider » de figer la position des équipes à 7h, la balise Géopointer faisant le juge de paix, et de faire une petite mayonnaise pour distribuer des pénalités au prorata des km effectués. Il est aussi possible de terminer l’étape, mais on ne sait pas pour quel bénéfice. » On discute un peu et nous optons pour la stratégie qui nous donne le plus de sommeil car, au rythme où c’est parti, ça risque d’être la principale clé du raid pour ceux qui souhaitent arriver à Marseille. On s’arrête donc et nous demandons à notre assistance de venir nous récupérer. Nous étions dans les 7/8° à ce moment là et on voit, en attendant le camion, nous repasser des extrêmes qui sont, eux, obligés de finir la section.

Pitètre que le choix de ramer encore 1h30 aurait été meilleur pour assurer un podium en « raider », en creusant définitivement le trou avec les équipes loin derrière sur le canal. Mais pitètre aussi qu’on y aurait laissé des plumes et qu’on l’aurait payé très cher sur les étapes suivantes… Au moment où nous avons pris cette décision, on avait peu d’infos sur la règle du jeu, et il a fallu trancher un peu « à l’aveugle ».

On sera crédité d’un chrono de 19h48 sur cette étape.

L’état des mains, au bout de 15 h à jouer les galériens.

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